Saint-Louis : alcoolisé, il appelle les gendarmes puis les menace avec un fusil cassé

Un homme de 35 ans a été condamné ce jeudi par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour outrage, menaces de mort envers des gendarmes et port d’arme. Il avait lui-même appelé les militaires, en novembre dernier, en indiquant être armé et vouloir mettre fin à ses jours.
Le 8 novembre 2025, les gendarmes reçoivent un appel. Au bout du fil, Rodolphe R. indique être armé et évoque des intentions suicidaires. Lorsqu’ils arrivent sur place, à Saint-Louis, vers 13h45, les militaires trouvent un homme alcoolisé, agité, au milieu de la rue.
L’intervention bascule rapidement. Selon les éléments examinés à l’audience, le trentenaire se montre menaçant envers les gendarmes, rentre chez lui, puis ressort avec un fusil. Les militaires parviennent à l’interpeller. Ils découvriront plus tard que l’arme était cassée. Les grenades qu’il disait vouloir utiliser contre eux, elles, ne seront jamais retrouvées lors de la fouille du domicile.
Les propos tenus ce jour-là sont au cœur du dossier. Rodolphe aurait notamment lancé aux gendarmes : “Mi sa totoche a ou” ou encore “Mi sa bour a ou”. Il aurait aussi demandé à l’un d’eux de retirer son uniforme et ses protections pour se battre, avant de menacer de revenir pour les “fumer”. Lors de l’interpellation, il aurait également donné un coup de tête dans une visière.
Une détresse sur fond d’alcool et de rupture
À la barre, Rodolphe reconnaît les faits. Il explique avoir beaucoup bu ce jour-là. Il évoque aussi une consommation quotidienne d’alcool, avec plusieurs bières et du rhum. Ce 8 novembre, il venait d’apprendre que sa compagne, avec laquelle il partageait sa vie depuis seize ans, l’aurait trompé. L’homme est père de trois enfants.
Après les faits, il a été hospitalisé en psychiatrie pendant neuf mois. Il est toujours sous traitement. Il indique aussi être allé à la gendarmerie par la suite pour présenter ses excuses aux militaires.
Déjà condamné en 2020 dans une affaire liée à l’alcool, aux stupéfiants et à la conduite, il comparaissait cette fois pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, menaces de mort ou d’atteinte aux biens dangereuses pour les personnes, ainsi que port sans motif légitime d’une arme de catégorie C.
“Le stress vécu par les agents”
Pour les gendarmes, constitués parties civiles, Me Audrey Marimoutou a rappelé la tension de l’intervention. Face à un homme qui dit être armé, qui sort effectivement avec un fusil et qui évoque des grenades, les militaires ont dû gérer une situation potentiellement dangereuse.
L’avocate a demandé l’indemnisation du préjudice moral des cinq gendarmes, ainsi que le remboursement des frais d’avocat.
La procureure a requis quatre mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, ainsi qu’une interdiction de détenir ou de porter une arme pendant cinq ans.
“Il était au fond du gouffre”
Pour la défense, Me Alexandre Flottes n’a pas contesté les faits, mais a insisté sur l’état psychologique du prévenu au moment de l’intervention. “Cette affaire laisse voir en filigrane la détresse d’un homme face aux aléas de la vie”, a-t-il plaidé.
L’avocat évoque une réaction “excessive”, mais replace l’épisode dans un contexte de rupture personnelle, de dépression et d’idées suicidaires. “Il était au fond du gouffre. Il avait perdu tous ses repères”, poursuit-il. Selon la défense, l’appel aux gendarmes montre aussi qu’il sentait pouvoir commettre “un acte irréparable”.
Me Flottes rappelle que l’hospitalisation psychiatrique a duré neuf mois et a eu des conséquences importantes sur sa vie personnelle et professionnelle. “Aujourd’hui, il est là, prêt à assumer ses responsabilités, et il veut retrouver une vie normale”, a-t-il conclu.
Le tribunal est allé au-delà des réquisitions. Rodolphe a été reconnu coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans. Il devra respecter ses obligations dans le cadre de ce suivi, et se voit interdire de porter une arme pendant cinq ans. Il devra également verser 800 euros au titre du préjudice moral des gendarmes, ainsi que 1.000 euros pour les frais d’avocat.


