Saint-Leu : un patron de boulangerie colérique poussé devant la justice par ses employés

Poursuivi pour harcèlement moral à l’encontre de plusieurs employés, un patron de boulangerie de Saint-Leu a comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Il a été condamné à une amende et à une peine d’inéligibilité.
Insultes, brimades, agressivité… Laëtitia* a été la première à trouver le courage de porter plainte. En plus de rabaisser régulièrement les vendeurs à coups de "vous ne servez à rien", "vous ne savez que passer le balai" devant les collègues et même les clients, Jean-Paul* se montre aussi agressif. Dans son bureau, il a cassé un ordinateur et, dans la boutique, la machine à café.
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Laëtitia n’est pas la seule à subir les foudres du patron colérique. Jean-Paul insulte les vendeuses de "connasses" ou de"putes " et les boulangers de" merde". Le portrait dressé par les salariés explique l’important turn-over de cette boulangerie et les nombreux arrêts maladie.
Un autre de ses anciens salariés dénonce des injures raciales. Alors qu’il ne supportait plus l’ambiance de travail et demandait à Jean-Paul son solde de tout compte, le patron lui aurait crié, tout en le poussant vers la sortie :"sale Français, retourne dans ton pays !". Jean-Paul est lui-même installé depuis quelque temps dans le département.
Le divorce comme explication
"Je regrette tout ça", affirme Jean-Paul à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Pierre, près de quatre ans après les faits de harcèlement moral dénoncés. À cette époque, il entamait une lourde procédure de divorce.
Trois salariés ont fait le déplacement jusqu’au banc des victimes. Laëtitia, qui a démissionné, a déjà obtenu un jugement des Prud’hommes pour des faits de harcèlement moral et sexuel, contre lequel Jean-Paul a fait appel. Deux boulangers se sont également constitués partie civile mais sont finalement restés dans l’entreprise, la situation s’étant améliorée après que Jean-Paul a fait des efforts.
Conséquences sur la santé mentale
"Des propos désagréables ou détestables à connotation raciste mais il y a prescription sur cette infraction", précise le parquet, qui voit moins de difficulté à caractériser le harcèlement moral. Surveillance, colère, violence, rabaissement ont des conséquences sur la santé mentale des salariés, rappelle le ministère public. "Il a outrepassé ses qualités de gérant". Inéligible au sursis simple, 16 mois de prison complètement assortis d’un sursis probatoire ont été requis à son encontre.
"S’il y a eu harcèlement moral, il faut savoir ce qui s’est passé pour chaque individu", rappelle Me Nathalie Pothin pour la défense de Jean-Paul.
Le patron s’en tire avec 5 000 euros d’amende dont 4 000 euros avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour harcèlement moral envers Laëtitia. Outre la prescription pour les faits d’injures, le tribunal a considéré qu’il manquait des éléments dans la procédure concernant la répercussion sur la santé mentale des autres salariés qui se sont constitués parties civiles.


