"Loyers occultes", "contrainte morale", "pressions" … Le "système Caro" sur les commerçants de Saint-Gilles sanctionné de quatre ans de prison avec sursis

Quatre ans de prison avec sursis ont été prononcés à l’encontre de l’ancien élu de la CCI Paul Caro, reconnu coupable d’avoir extorqué pour près d’un demi-million d’euros de loyers occultes les commerçants qui occupaient de façon précaire ses locaux sur la plage des Roches-Noires entre 2013 et 2019. « Un système de contrainte morale », a dénoncé le ministère public.
« Pas des méthodes mafieuses, avec des nervis qui viennent intimider ou mettre le feu, mais un système plus subtil, avec des outils juridiques et une position de force qui constituent une contrainte morale », résume le ministère public à propos du « système Caro » imposé à une demi-douzaine de commerçants saint-gillois durant les années 2010.
Jugé vendredi 9 octobre devant le tribunal correctionnel pour extorsion, blanchiment de fraude fiscale et abus de biens sociaux entre 2013 et 2019, l’homme d’affaires saint-paulois Paul Caro, 79 ans, a été déclaré coupable de l’ensemble des infractions et condamné à la peine de quatre ans de prison avec sursis probatoire et 150.000 euros d'amende. L’ancien élu de la CCIR, excusé pour raisons de santé, n’a pas assisté à son procès.
La "précarité" comme moyen de pression
L’affaire éclate en juillet 2019, quand les gendarmes prennent « la main dans le sac » l’homme détenteur de plusieurs locaux commerciaux sur la plage des Roches-Noires à Saint-Gilles-les-Bains, en train de se faire remettre une enveloppe contenant 2.700 euros d’argent liquide par l’un de ses locataires. Destinataires d’un signalement de la direction régionale des finances publiques (DRFIP), les militaires de la section de recherches enquêtaient depuis plusieurs mois déjà sur les activités suspectes de Paul Caro, soupçonné de dissimuler d’importantes sommes en espèces au fisc et placé sous surveillance. D’ailleurs, 25.000 euros en cash sont retrouvés planqués dans son appartement saint-gillois lors de la perquisition.
Petit à petit, les victimes commencent à révéler un système de perception de « loyers occultes » à l’œuvre depuis des années dans ce « carré Caro ». Un glacier, des gérants de snack et d’autres restaurateurs de cette place prisée des touristes expliquent comment, titulaires d’un simple bail de location-gérance d’une durée d’un an, ils étaient « sous la pression constante » de Paul Caro qui réclamait un loyer supplémentaire en espèces, sous peine de les « dégager » de leur emplacement.
Tenus à la gorge par leurs investissements réalisés pour faire fonctionner leur établissement, maintenus dans une « précarité fragilisant leur équilibre », les commerçants devaient passer à la caisse chaque mois, Paul Caro lui-même ou sa compagne passant relever les compteurs.
"Vente de citrons" et "complot des gendarmes"
Et gare à ceux qui, à une époque, ont essayé de refuser. Comme cet artisan glacier qui, le 31 décembre 2018, va apprendre que Paul Caro a débarqué dans son échoppe, coupé l’électricité et vissé les volets pour l’empêcher de revenir. Quelques semaines plus tard, le commerçant qui refuse toujours de céder au chantage est soudainement « agressé sans sommation par trois hommes qui le passent à tabac, lui cassant sept dents », relate son avocat, Me Laurent Payen. L’enquête ne permettra pas de remonter aux auteurs ni de démontrer que l’agression a été commanditée par Paul Caro. Mais la victime en est encore persuadée aujourd’hui.
Paul Caro, lui, conteste les faits dès son interpellation en flagrant délit, évoquant avec une certaine mauvaise foi avoir « vendu des citrons. » S'il échappe à la détention provisoire moyennant une caution de 70.000 euros, l'homme est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 7 juillet 2019. Tout au long de l’instruction, il soutient que les espèces correspondent « à une partie du loyer que les commerçants préféraient verser en liquide » pour contourner les impôts et n’hésite pas à parler d’un « complot des gendarmes. »

Le fisc aussi lésé
« Mais le seul à qui bénéficient ces espèces, c’est bien lui », dénonce Me Yannick Mardenalom, pointant « la voracité » du mis en cause. Selon les estimations de l’enquête, ce sont plus de 480.000 euros en liquide qui auraient été extorqués aux gérants sur la période. Les investigations bancaires démontrent encore que Paul Caro ne faisait jamais de retrait bancaire, pas plus qu’il ne payait ses dépenses du quotidien avec sa carte bleue ou son chéquier malgré un salaire de 5.000 euros versé par sa société Plazza Créole.
Tout ce liquide blanchi dans ses dépenses quotidiennes aura ainsi échappé aux comptes de sa société, mais aussi à l’impôt durant toutes ces années. « Il a lésé ses locataires, mais également l’intérêt public et rompu ainsi l’équilibre social », relève la procureure-adjointe Sylvaine Schumacher en requérant, pour ces faits « d’une particulière gravité », la peine de quatre ans de prison avec sursis probatoire, une amende de 150.000 euros et dix ans d’interdiction de gérer.
Une "faribole" pour la défense
En défense, Me Alain Rapady va tenter de démontrer que ces remises d’espèces relevaient « d’un fonctionnement avec l’accord des commerçants. »
« Le système de location-gérance n’est pas forcément un avantage pour le bailleur, qui prend le risque de devoir indemniser les salariés en cas de défaillance de l’entreprise », souligne l’avocat, dénonçant « une faribole. »
La relaxe générale a beau être plaidée, le tribunal ira plutôt dans le sens des réquisitions du parquet, déclarant Paul Caro coupable de l’ensemble des faits. Il a l'obligation d'indemniser les parties civiles, alors que les juges ont également prononcé la confiscation de son assurance-vie d'un montant de 110.000 euros saisie durant l'enquête.
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