Affaire du cadavre démembré d’Ilet Coco : "Je mets le couteau sur sa poitrine et je l’enfonce pour qu’elle se réveille…", a prétendu l’accusé

Au deuxième jour de son procès, Amir Madi Combo a joué au chat et à la souris avec la présidente de la cour d’assises et les robes noires qui tentent de lever les zones d’ombre du meurtre de Christelle Jean François et de l’atteinte à l’intégrité de son cadavre. Compte-rendu détaillé de son interrogatoire.
« J’accepte les faits qui me sont reprochés, d’avoir pris la vie d’une personne. » Comme tout au long de l’enquête sur le meurtre de Christelle Jean François, dont il a démembré le cadavre avant de procéder à un certain nombre de manœuvre pour dissimuler son crime, Amir Madi Combo, 35 ans, reconnaît l’intégralité des faits dans ses grandes lignes.

Les choses se compliquent singulièrement quand la présidente de la cour d’assises, Doriane Trombi, entre dans le vif du sujet pour tenter de reconstituer chacune des étapes du crime, accompli par le mécanicien entre le dimanche 21 janvier 2024 où il a retrouvé et tué la jeune femme de 29 ans et le vendredi 26 janvier où il a été confondu par les gendarmes.
« Elle m’a demandé si elle pouvait boire avec moi »
Ayant manifestement cerné la personnalité introvertie de Amir Madi Combo à grands traits, la présidente aborde son interrogatoire à mots feutrés. Sans le brusquer. « Comment pourriez-vous qualifier Christelle Jean François ? », commence-t-elle. « Une personne normale », répond l’accusé. « C’était votre copine ? » « Une copine », rectifie-t-il sans plus. « Vous l’aviez rencontré quelques mois avant dans la rue ? », poursuit la présidente. « Oui », confirme l’accusé, avare de mots.
La présidente insiste. « C’est elle qui m’a abordé. J’étais en train de boire à côté du mur de la gare routière (de Saint-Benoît) et elle m’a demandé si elle pouvait boire avec moi. » La présidente se doit de le relancer pour espérer lui arracher le moindre petit détail. « Elle avait déjà bu. On a partagé ma bouteille. »
Une première « relation sexuelle sans contrepartie »
On finit par apprendre qu’il n’est jamais allé chez elle et qu’elle était déjà venue une fois à son appartement de la cité « Prison Break » auparavant. « Pour boire, pour fumer et pour parler mais pas pour jouer aux jeux vidéo car elle n’aime pas ça. » Une relation simplement « amicale », selon lui. « Cette relation va prendre une autre tournure… », coupe la présidente.
« De temps en temps, elle me demandait un peu d’argent. Je ne lui en donnais pas mais elle insistait. Elle disait qu’elle avait des dettes à payer », lâche Amir Madi Combo.
Et puis il a fini par lui donner 50 euros. Un cadeau alors ? Pas tout à fait. Car dans le même temps, ils ont eu « une relation sexuelle sans contrepartie », explique-t-il. « Ce n’était pas contre de la prostitution », insiste-t-il.
« Elle insistait beaucoup et j’ai fini par accepter contre 50 euros… »
Et la présidente en vient à leur rendez-vous du 21 janvier 2024. « C’est moi qui l’appelle. Je vais la chercher avec l’aide d’un copain qui a une voiture contre 10 euros d’essence. » Ils la récupèrent à la gare routière de Saint-Benoît. Le copain repart et tous deux éclusent des bières à l’appartement d’Amir Madi Combo. Il est prévu qu’il la raccompagne à pied chez elle, en fin de journée. Mais elle ne rentrera jamais.
Cette fois, elle lui aurait proposé d’avoir un rapport sexuel tarifé. « Elle insistait beaucoup et j’ai fini par accepter contre 50 euros… pour qu’elle paie ses dettes. » Un peu à son corps défendant, semble dire l’accusé. « Vous vous forcez ? », demande la présidente. « Oui, mais je ne voulais pas donner de l’argent sans contrepartie », rétorque-t-il.
« Je lui ai dit que c’était une profiteuse, une pute et elle m’a frappé »
A ce stade, la magistrate sait que l’échange entre dans une phase délicate et qu’il va falloir lui tirer les vers du nez. « Comment vous vous organisez ? », demande-t-elle du bout des lèvres. « Elle se déshabille. Je déplace le matelas par terre. Nous avons un rapport sexuel sur le lit », ajoute-t-il, inaudible malgré le micro. « Il y a eu des difficultés ? » « Oui. » « C’est quoi la difficulté ? » « Je n’arrive pas à bander. »
L’accusé raconte qu’il a « fait semblant d’éjaculer » comme pour en finir. Ensuite, la jeune femme réclame son dû. Il s’exécute mais elle lui en aurait demandé davantage. 200 euros. Le ton monte. « Je lui ai dit que c’était une profiteuse, une pute et elle m’a frappé. » Il raconte qu’il a reçu un coup de pied dans les testicules. « C’était douloureux », commente-t-il. « Comment vous réagissez ? », se doit de relancer la présidente. « J’ai rendu les coups en lui envoyant deux coups de poing dans le visage », accouche-t-il à voix basse.
« Elle est tombée sur le matelas »
Alors que la présidente se rapproche du moment fatidique où il a donné la mort à Christelle Jean François, l’interrogatoire devient de plus en plus fastidieux. L’accusé répond par oui ou par non quand il n’a pas la mémoire qui flanche. Ce qui contraint la magistrate à lui poser des questions à la précision toute chirurgicale pour tenter de comprendre ce qui s’est passé dans le huis clos de la chambre à coucher tout d’abord.
Pour savoir qu’elle est « tombée sur le matelas », qu’elle n’a « pas crié », qu’elle ne l’a « pas insulté », qu’elle ne s’est « pas débattue » et qu’elle ne s’est « pas protégée ». Puis qu’il se serait retiré dans le canapé du salon pour se remettre de ses émotions et surtout de ses douleurs au bas ventre.
« Je mets le couteau sur sa poitrine et je l’enfonce »
« Est-elle morte ? », enchaîne la présidente. « Je ne sais pas. » « Elle est endormie ou inconsciente selon vous ? » L’accusé reparle : « Je mets mon oreille sur sa poitrine pour écouter son cœur. Elle ne respire plus. Je lui donne des gifles. » La présidente avance à petit pas. « Vous dites qu’elle ne se réveille pas ? Qu’est-ce qui se passe ? »
Il indique s’absenter pour prendre un couteau dans la cuisine. « Je mets le couteau sur sa poitrine et je l’enfonce », confirme-t-il comme en garde à vue. « C’est quoi le but ? » « Je ne sais pas. J’avais peur. C’était pour qu’elle se réveille… », explique-t-il contre toute logique. Et de conclure son propos : « Je n’aurais pas dû prendre le couteau. Je regrette. »
« Est-ce une façon de l’achever comme un animal qui souffre ? »
Les réponses qui suivent ne font que démontrer qu’il est difficile de se mettre dans la tête de l’accusé. « Vous l’auriez donc poignardé pour savoir si elle était vraiment morte ? » « Oui. » « Quitte à provoquer sa mort ? »
« Je ne sais pas. » « Vous vous êtes peut-être trompé en pensant qu’elle était morte et vous avez donc aggravé les choses… » « Ce n’était pas mon intention », lâche le désarmant Amir Madi Combo.
« Est-ce une façon de l’achever comme un animal qui souffre ? » « Non. » « Par contre vous n’appelez pas les pompiers ? », poursuit la présidente. « J’étais tétanisé par la peur », commente-t-il. « Y-a-t-il eu des signes d’agonie, des râles ? » Silence de l’accusé.
« Je voulais appeler la police et les gendarmes mais j’avais peur… »
Amir Madi Combo passe la journée du lundi 22 juillet seul dans son appartement, enfermé avec le corps sans vie de Christelle Jean François. « Que faites-vous à votre réveil ? », continue la présidente. « Je vais dans la chambre et elle est toujours dans la même position. Je suis resté avec le corps. » « Toute la journée du 22 juillet ? », persiste-t-elle. « Oui. » Il indique qu’il passe son temps « à réfléchir ». « A quoi ? », s’intéresse la magistrate. « Je voulais appeler la police et les gendarmes mais j’avais peur… » Il assure n’avoir pas songer à s’enfuir. « Vous pensiez vous en tirer ? » Il répond par la négative.

« Le mardi 23, le jour se lève ? », positive la présidente. « J’ai déplacé le corps dans la salle de bain », indique l’accusé. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il attend la visite d’une connaissance, « le coupeur de viande » qui gère les rituels sacrificiels de Saint-André à Saint-Benoît. Celui qui a mis les gendarmes sur sa piste, ce même 23 janvier, en révélant d’abord aux pompiers qu’il avait vu une femme inanimée dans la salle de bain de l’appartement numéro 72.
« Vous avez plutôt joué au chat et à la souris avec les gendarmes… »
Interrogé sur cet épisode, Amir Madi Combo livre une version inédite. « J’ai ouvert la porte et je lui ai montré volontairement Christelle dans la baignoire. Il a vu et il s’est en allé… », déplore-t-il. L’accusé présente la chose sous un jour nouveau comme s’il avait jeté une bouteille à la mer avec l’espoir que son visiteur l’aide à se dénoncer. « Je voulais qu’il appelle la police mais il ne m’a rien dit. J’ai cru qu’il n’allait pas le faire… », se plaint-il en quelque sorte. « Ce n’est pas ce qui s’est passé. Vous avez plutôt joué au chat et à la souris avec les gendarmes… », recadre la présidente.
« Il est midi et vous passez à l’action tout de suite sur le corps quand il sort… », accélère la maîtresse des horloges. Le mécanicien acquiesce. L’heure est grave. A nouveau, il écourte ses réponses. « Vous avez fait ça dans la baignoire ? » « Non. Je sors le corps de la baignoire et je le mets par terre. » « Vous utilisez quoi ? Le couteau de la veille ? » « Oui. » « Le corps est souple, facile ou difficile ? » « Difficile. » Il avoue avoir « commencé par les bras ».
« Il y a du sang partout. Comment vous l’expliquez ? »
« Comment fait-on pour démembrer un corps ? », pousse la présidente. « Je ne me rappelle pas. » « On coupe, on arrache, on vise les articulations ? », le bouscule-t-elle. Silence pesant dans la salle où tout le monde semble retenir son souffle. « Ensuite les jambes ? » Silence encore.
« Pourquoi ne pas l’avoir déplacé sans la démembrer ? », le presse-t-elle. « Elle était trop lourde. » « Ça vous prends combien de temps ? » « Je ne sais pas. » « Les pompiers vous appellent à 13h27 ? Vous aviez fini de découper Christelle Jean François ? », poursuit la présidente. « Je ne sais pas. »
L’avocat général tente à son tour de le faire parler. « J’ai déjà tout dit », coupe l’accusé. « Non, car il y a plein de question auxquelles vous n’avez pas répondu ? » Et de poursuivre : « Il y a du sang partout. Comment vous l’expliquez ? » « Je ne sais pas. » « Et cette empreinte de main ensanglantée ? » « Je ne sais pas. » « Vous ne nous aidez pas beaucoup à comprendre ? » Silence.
« J’avais peur d’aller en prison pour un truc à la con »
« Pourquoi ne pas lui avoir porté secours quand vous l’avez mise KO à coups de poing ? » « Je ne comprends pas la question », passe-t-il avant de raviser : « J’avais peur. » « De quoi ? » « D’aller en prison pour un truc à la con », a-t-il dit aux gendarmes en se référant à de fausses accusations de viol qui lui ont valu une garde à vue par le passé. Mais pas de prison car il a été innocenté dans la foulée. Ce que ne manque pas de lui faire remarquer le magistrat.
Et puis l’avocat général relève l’incohérence du coup de couteau. « Vous ne nous avez pas dit pendant l’instruction que vous croyiez qu’elle était morte ? » « Je ne sais pas. » Pour le magistrat, cette réponse « mène à une impasse ». « Pourquoi dans ce cas l’avoir poignardé au cœur ? Ça n’a pas de sens », relève Antoine Tur. « J’avais bu », élude l’accusé. Quant aux autres questions, il les balaie d’un revers de main, oscillant entre « je ne sais pas » et « je ne souhaite pas répondre ».
La présidente prend les deux couteaux en main pour tenter de l’amadouer
Quant à la présidente, elle tente un coup de poker en faisant ouvrir exceptionnellement les scellés. Debout face à l’accusé, derrière le grand pupitre qui surplombe la cour d’assises, Doriane Trombi prend en main les deux couteaux repêchés dans la Rivière des Marsouins un peu à la manière des Génies et des Gardiens de l’Au-delà.
Elle espère sans doute provoquer un électrochoc chez l’accusé en lui demandant lequel des deux couteaux à manche noir a pu servir à sectionner les bras et les jambes de la victime, près de 36 heures après le meurtre. Peine perdue car l’accusé lève tout juste les yeux vers elle, lui opposant un mur de silence.


