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SMS, humiliations et burn-out : une vaste affaire de harcèlement jugée au tribunal

Ecrit par L.C – le jeudi 29 janvier 2026 à 11H43

Le tribunal correctionnel s’est penché sur une affaire mêlant harcèlement moral et harcèlement sexuel au sein d’une entreprise. À la barre, Jean-François C. , le dirigeant, contestait l’ensemble des faits dénoncés par plusieurs salariées et anciens collaborateurs.

Il aura fallu près de 4 heures au tribunal correctionnel de Saint-Denis pour instruire ce dossier. Commençons par le commencement : en 2018, le parquet de Saint-Pierre reçoit le courrier d'un homme dénonçant des faits de harcèlement dans son entreprise. Parmi eux, celui à l'encontre de John*, salarié depuis 2013, qui explique subir depuis près d’un an une pression constante de la part de son employeur. Une enquête est ouverte. En parallèle, d’autres signalements et plaintes émergent, dont des courriers écrits cette fois-ci au parquet de Saint-Denis.

John*, épuisé, décrit humiliations répétées, reproches injustifiés, menaces de licenciement, harcèlement téléphonique et pression constante. Le 22 janvier 2018, son médecin l'arrête pour burn-out. Il ne reprendra jamais son poste.

Jeu de piste pour les enquêteurs

Peu à peu, les enquêteurs vont entendre plusieurs salariés sur ces allégations portées contre leur employeur. Certains d'entre eux décrivent un climat de travail dégradé. Les faits qu'on impute au grand patron sont récurrents dans les auditions : propos injurieux devant les collègues, « reste pas plantée comme une conne », critiques répétées sur leur travail aussi soudaines qu'injustifiées, absence de récupération des heures supplémentaires, menaces de licenciement, chantage, appels téléphoniques répétés… Bref, la liste est longue.

Certains témoins laissent à penser que le big boss mandate certains employés pour en espionner d'autres. L'auteur du premier courrier lui-même explique que son patron lui a demandé de surveiller l'un de ses collègues, se présentant comme un « espion ». Au fil des auditions, les enquêteurs mettent à jour plusieurs versions concordantes, et certains des salariés semblent réaliser par la même occasion être victimes de harcèlement.

« La faire jouir avec le régime moteur »

Or, ce qui est au cœur de ce dossier, c'est le harcèlement sexuel supposé à l'encontre de quatre femmes salariées. Elles décrivent des comportements à caractère sexuel persistants. Propos déplacés, drague insistante, SMS équivoques, exposition à un calendrier pornographique, attouchements, invitations répétées au restaurant, confidences imposées sur la vie sexuelle du dirigeant. Le patron aurait proposé à l'une d'elles de l'emmener faire un tour en voiture pour « la faire jouir avec le régime moteur ».

L’une évoque deux mains aux fesses et une tentative de baiser. Une autre rapporte des propos crus, des caresses de la main et des remarques sexuelles après avoir refusé une invitation. Une ancienne aide-comptable raconte avoir été saisie par le visage pour être embrassée, puis menacée de « tout perdre » en cas de refus. Une autre encore décrit un comportement tactile récurrent, allant jusqu’à des gestes déplacés sur la poitrine.

À chaque fois, les victimes décrivent le même schéma : une phase de séduction insistante, suivie d’un changement brutal d’attitude lorsque les avances sont repoussées.

Plusieurs plaignantes ont été placées en arrêt de travail pour burn-out ou malaise, l'une d'elles s'est même vue reconnaître le statut de maladie professionnelle. Certaines n’ont jamais souhaité déposer plainte, par peur ou lassitude.

L'enquête, débutée en 2018, a permis de réunir différents écrits et échanges avec le patron. Les victimes, réentendues en 2024, confirment leurs déclarations sans variation notable.

À la barre, la thèse du complot

À l’audience, Jean-François C. nie l’ensemble des faits. Il parle de machination montée par un ancien cadre, décrit comme le « grand marionnettiste » de l’affaire. Il conteste être l’auteur des SMS produits, affirme ne pas reconnaître les messages, et évoque un complot interne nourri par des rancœurs professionnelles.

S’il reconnaît être colérique et paternaliste, il réfute toute insulte, tout harcèlement sexuel et tout attouchement. « Je n’ai jamais traité mon personnel de con ou de conne », affirme-t-il, tout en admettant « monter parfois dans les tours ». Pour appuyer ses dires, son avocat brandit des écrits de certains employés toujours actifs ou à la retraite, fustigeant les accusations dont leur patron fait l'objet.

Le parquet requiert du sursis probatoire

Pour la procureure, les récits se rejoignent. Horaires, pression morale, propos sexuels, humiliations : les témoignages convergent. « Ce ne sont pas des plaintes en cascade, mais des auditions qui finissent par révéler un système », souligne-t-elle. L’argument du complot ne convainc pas. Par ailleurs, le ministère public souligne qu'avant les auditions pour les faits de harcèlement sexuel, des mails internes évoquaient déjà ce type de faits.

Le parquet requiert deux ans d’emprisonnement avec sursis probatoire, une obligation de soins, le versement de dommages et intérêts aux parties civiles, ainsi qu’une amende de 5.000 euros avec exécution provisoire.

La défense plaide un dossier monté de toutes pièces, montrant que certains plaignants avaient des griefs évidents contre leur patron et qu'une intelligence commune aurait pu aboutir à une vendetta contre Jean-François C. Ses avocats reconnaissent des excès d'impatience de leur client, mais réfutent tout fait de harcèlement.

Sans antécédents judiciaires, Jean-François C. attend désormais le délibéré. La décision du tribunal doit être rendue le 3 mars prochain.

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