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Saint-André : une chaudière XXL pour transformer les déchets du Nord et de l’Est en énergie

Ecrit par Philippe Madubost – le mardi 24 février 2026 à 19H54
Le gros oeuvre de la chaudière est terminé, les premiers tests doivent débuter en septembre.

À la centrale thermique d'Albioma, à Bois-Rouge, à Saint-André, un chantier industriel hors normes est en cours. Depuis plusieurs mois, une nouvelle chaudière de plus de 50 mètres de haut est en train de sortir de terre. Une infrastructure appelée à jouer un rôle clé dans la stratégie de traitement des déchets du Nord et de l’Est, par la valorisation en énergie d’environ 70.000 tonnes de déchets par an (CSR), aujourd’hui enfouis. C'est la première du genre Outre-mer.

Par son ampleur, le projet s’impose comme l’un des plus importants chantiers industriels jamais réalisés sur l’île. Après un retard à l’allumage dû aux incertitudes liées au marché initial, le projet est désormais entré dans une phase active, avec un calendrier qui prévoit une mise en service progressive d’ici la fin de l’année.

Du retard à l’allumage dû au marché initial

L’attente aura été longue. Initiée en 2017 dans le cadre du marché de traitement des déchets du Nord et de l’Est, la valorisation énergétique des CSR (combustible solide de récupération) à Bois-Rouge a été retardée par les incertitudes juridiques liées au marché public initial global de traitement des déchets, d’un montant de 243 millions d’euros, attribué à l’époque sans mise en concurrence par le SYDNE à Inovest (Suez). Un marché qui avait fait l’objet d’un recours par Jean-Paul Virapoullé, alors président de la Cirest.

Aujourd’hui, malgré l’impasse institutionnelle dans laquelle se trouve (pour l’instant) le marché de traitement — dont l’échéance arrive en octobre —, la construction de la chaudière CSR avance. Elle constitue le deuxième étage de la stratégie validée par le SYDNE pour le traitement des déchets, après la mise en service du centre de valorisation multifilières (CVMF) d’Inovest à Bel-Air, à Sainte-Suzanne, avec comme objectif de réduire d’environ 70 % les 140.000 tonnes de déchets enfouis chaque année dans le Nord-Est, par une meilleure valorisation. Le troisième étage de la fusée, l’ISDU (installation de stockage des déchets ultimes), doit quant à lui sortir de terre à l’horizon 2028.

Lire aussi : Déchets : le SYDNE dénonce un “monopole” et saisit l’Autorité de la concurrence

À terme, la chaudière d’Albioma doit à elle seule réduire l’enfouissement de près de 50 % par la valorisation du CSR (combustible solide de récupération). Un combustible fabriqué à partir des déchets ménagers non recyclables. Au lieu d’être enfouis, ils sont triés, préparés et transformés pour être brûlés et produire de l’énergie.

C'est dans cet immense hangar que le CSR sera entreposé avant d'être injecté dans la chaudière au rythme de 8 à 10 tonnes par heure.

Un chantier hors normes

Près de 230 personnes se relaient jour et nuit, 23 heures sur 24, sur le site de Bois-Rouge. Le chantier mobilise une vingtaine d’entreprises, avec une main-d’œuvre composée à environ 50 % de salariés locaux, notamment pour le génie civil, la charpente métallique, le montage, l’électricité et la maintenance.

Lancé en novembre 2024 par le démantèlement des anciennes installations de manutention du charbon, le chantier totalise déjà plus de 300.000 heures de travail sans incident, met en avant Albioma. Les opérations de montage se déroulent en journée, tandis que les soudures sont réalisées de nuit. Des contrôles radiographiques sont effectués chaque nuit entre 2 heures et 5 heures du matin afin de garantir la conformité des assemblages.

Le gros œuvre est désormais achevé. La charpente est en cours de finalisation et la pose de la toiture doit débuter prochainement.

Pas moins de 230 personnes dont la moitié de locaux travaillent sur ce chantier XXL selon Albioma.

Une chaudière de 30 mètres “suspendue”

La chaudière constitue le cœur du dispositif. Suspendue sur ses points hauts afin de permettre sa dilatation thermique, elle mesure environ 30 mètres de haut et autant à l’horizontale. En fonctionnement, le cœur du réacteur atteindra une température d’environ 1.200 degrés.

Le CSR, produit à environ trois kilomètres du site dans l’usine d’Inovest (Suez), sera acheminé et stocké dans une fosse de 20 mètres de haut, avant d’être manipulé à l’aide d’un grappin de plusieurs mètres de diamètre. Il sera ensuite introduit dans la chaudière à raison de 8 à 10 tonnes par heure.

La cheminée culminera à 52 mètres de hauteur. Les fumées issues de la combustion feront l’objet d’un traitement complet, comprenant filtres et catalyseurs, avant le rejet d’un air refroidi dans l’atmosphère, après récupération des dernières calories.

La cheminée de la chaudière culmine à 52 mètres.

Production d’énergie et substitution aux pellets importés

La chaudière est destinée à brûler jusqu’à 70.000 tonnes de CSR par an.

Selon Albioma, l’installation ne doit pas être confondue avec un incinérateur classique, mais un équipement de “valorisation énergétique à haut rendement”. La production annuelle attendue est de 66 GWh, soit l’équivalent de la production de la centrale de Sainte-Suzanne. La vapeur produite, à moyenne pression, sera injectée dans les turbines existantes de Bois-Rouge, sans création de nouveaux moyens de production électrique, contrairement au site d’Ileva, également en cours de construction dans le Sud.

Cette nouvelle chaudière permettra de substituer une partie de la vapeur aujourd’hui produite à partir de pellets de bois importés, qui ont remplacé le charbon depuis 2023, à hauteur d’environ 60.000 tonnes par an. C’est près de 10 % du total importé chaque année.

Nelly Noel au côté de Laurent Escande, le chef d'orchestre du chantier (à droite).

Les résidus d’épuration envoyés en métropole

Nelly Noël, responsable RSE et environnement pour Albioma à La Réunion et à Mayotte, indique que le traitement des fumées répond “aux meilleures techniques disponibles définies par la réglementation européenne”.

Un réseau de six points de mesure, appelés “sentinelles”, est déployé autour de la centrale, avec des contrôles des émissions atmosphériques présentés comme plus stricts que ceux appliqués en métropole, afin de garantir le respect des normes en matière de particules et d’émissions polluantes. Albioma assure qu’il n’y a pas d’impact sanitaire à la sortie de l’installation.

Lire aussi : Une unité de valorisation énergétique à Albioma à l'horizon 2027

Les résidus solides issus de la combustion, appelés mâchefers, seront maturés sur site pour être transformés en un matériau de type sable, destiné à une utilisation en sous-couche routière, en substitution aux graves naturelles. Les résidus d’épuration des fumées, considérés comme dangereux, seront quant à eux conditionnés en big bags et exportés en métropole, faute de filière locale, à raison d’environ 8.000 tonnes par an.

C’est dans ce colossal trémis que le CSR sera injecté dans la chaudière, où règnera une chaleur de 1 200 degrés.

Une mise en service attendue d’ici la fin de l’année

Les premiers essais de combustion du CSR sont prévus à la mi-septembre, suivis de trois mois de tests. L’injection de vapeur sur le réseau est attendue d’ici la fin de l’année, si le calendrier est respecté.

Avec un investissement de 140 millions d’euros à Bois-Rouge, cette chaudière CSR constitue une première dans les départements d’outre-mer. À terme, Albioma envisage également de compléter le dispositif avec de la biomasse locale, même si les gisements disponibles restent aujourd’hui limités.

Etiquettes : Albioma | Déchets | Énergie | SYDNE

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