Rixe sanglante, mise en demeure... les pensions Naze de nouveau dans le viseur des autorités

Quelques jours après les conclusions de l'inspection menée par l'Agence régionale de santé et le Conseil départemental, qui ont conduit à la mise en demeure des propriétaires de l'ancienne pension de Saint-François (que nous avons pu consulter en exclusivité), une violente rixe entre deux colocataires, révélée par Zinfos974, remet les pensions Naze sous les projecteurs. Les deux protagonistes étaient hébergés dans la seconde structure exploitée par la famille, déjà connue des autorités après la mort d'un résident en 2020. Notre enquête.
Le portail est ouvert. Les montagnes de Saint-François enveloppent la maison dans un calme presque irréel. Rien ne laisse imaginer que cette bâtisse est redevenue, ces dernières semaines, l'objet de l'attention des services de l'État.
En juin dernier, Zinfos974 révélait le témoignage d'une femme affirmant avoir vécu "une nuit de terreur" dans cette adresse longtemps connue sous le nom de "pension Naze", chemin Macassis, dans les hauts de Saint-François. Son récit avait conduit l'Agence régionale de santé (ARS) et le Conseil départemental à diligenter une inspection inopinée.
Entre-temps, notre rédaction a obtenu les conclusions de cette visite administrative. Elles apportent des réponses. Mais elles ouvrent aussi de nouvelles interrogations.
Des anciennes pensions devenues officiellement colocations
Les services de l'ARS et du Département se sont donc rendus sur place le 11 juin dernier.
Premier constat : les investigations ne permettent pas de conclure à la réapparition d'une "pension marron", c'est-à-dire d'un établissement accueillant sans autorisation des personnes relevant du secteur social ou médico-social.
Lire aussi : Nuit de terreur pour une femme et sa fille hébergées… dans la tristement célèbre pension Naze de Saint-François
Autrement dit, les autorités ne considèrent pas, à ce stade, que les propriétaires exploitent illégalement une structure médico-sociale. "Les exploitants déclarent exercer depuis 2024 une activité de colocation", précisent les services de l'ARS.
En revanche, les inspecteurs rappellent une autre réalité administrative. En 2020, après une précédente inspection, l'ensemble des chambres avait été déclaré impropre à l'habitation par arrêté préfectoral. À l'époque, et d'après les révélations du Journal de l'île de La Réunion, onze résidents occupaient les lieux.

Un résident de 57 ans de la pension avait trouvé la mort à la suite d'un malaise et d'une chute, dans la seconde pension, plus bas, chemin des Brumes. Un drame à la suite duquel le contrôle avait conclu à la nécessité de procéder au relogement, dans les meilleurs délais, des résidents y vivant dans des conditions inadaptées à leur situation.
Aucun cas de maltraitance sur personne âgée n’avait cependant été détecté. Quelques semaines plus tard, l'activité de pension avait officiellement pris fin par décision conjointe du Conseil départemental et de l'ARS. Pour le contexte, donc.
Mise en demeure
Six ans plus tard, les inspecteurs constatent pourtant que les chambres chemin Macassis sont de nouveau occupées.
Quatre locataires vivaient sur place lors de leur passage en juin. Et surtout, les travaux imposés par l'arrêté d'insalubrité "n'ont toujours pas été réalisés". "Les chambres sont toujours qualifiées d'impropres à l'habitation", écrivent les autorités.
Conséquence directe : "les propriétaires sont désormais mis en demeure, dans un délai de trois mois, d'effectuer les travaux nécessaires afin d'empêcher toute occupation des locaux à usage d'habitation et d'assurer le relogement des occupants."
Selon les informations communiquées à Zinfos974, ce dossier fera désormais l'objet d'un suivi particulier de l'État.
"Tout est en règle"
Quelques jours après cette inspection, nous décidons de nous rendre sur place, chemin Macassis. La famille Naze accepte immédiatement de nous recevoir. Elle ouvre son portail, répond aux questions, puis propose spontanément une visite complète de la maison. Très assurée.
Le couple assure ne plus exploiter de pension depuis plusieurs années. "On n'a plus de pension. On est en colocation." Ils expliquent accueillir aujourd'hui deux colocataires seulement, chacun disposant d'un bail, d'une chambre privative et partageant les espaces communs.
Au fil de la visite, ils montrent les cuisines, les sanitaires, les chambres disponibles, les parties rénovées et évoquent les travaux réalisés avant la fermeture administrative de 2020.
Lire aussi : Communiqué de presse - Relogement des résidents de la pension Naze
Concernant le contrôle récent de juin de l'ARS et du Département, leur position est constante.
Les parents, qui sont propriétaires, assurent que les inspecteurs n'ont relevé "aucun problème majeur lors de leur passage" et disent surtout être "surpris du courrier officiel faisant suite à cette inspection". "On ne comprend pas", répètent-ils à plusieurs reprises.
Les conclusions obtenues par notre rédaction montrent pourtant qu'une mise en demeure a bien été décidée par les autorités.
La famille qui dit vivre cette affaire comme une blessure
Tout au long de l'entretien, les Naze reviennent sur les années écoulées. Ils contestent fermement les accusations portées par l'ancienne occupante à l'origine de la plainte.
La famille affirme notamment "lui avoir trouvé des solutions de relogement", conteste "les faits dénoncés" et estime que cette affaire lui a causé "un préjudice considérable".
Lire aussi : Procédure de relogement accélérée des résidents d'une pension de Saint-François après un décès
"On voit des mensonges", glisse d'ailleurs Patrick Naze, estimant que leur version des faits n'a jamais réellement été entendue. À aucun moment, ils ne cherchent d'ailleurs à empêcher les questions.
Ils répondent, parfois longuement, parfois avec émotion même. "Nous voulons rendre service, c'est tout."
Une famille, deux pensions dans le viseur
À l'issue de notre visite à Saint-François, nous sommes amenés à nous rendre sur les lieux d'une violente rixe survenue entre deux hommes à Saint-Denis, toujours dans les hauts de Saint-François... chemin des Brumes. Dans la pension où, justement, est décédé un résident dans l'escalier six ans plus tôt.
Sur place, nous retrouvons certains membres de la famille, rencontrés quelques instants plus tôt. Ils ne souhaitent pas s'exprimer davantage sur les circonstances des faits et mettent rapidement fin à l'échange.

Les premiers éléments recueillis permettent toutefois d'établir que les deux hommes impliqués dans cette altercation sont des colocataires de la structure exploitée par la famille Naze.
Contacté par téléphone quelques instants plus tard, le père Naze nous confirme qu'il s'agit bien de deux occupants de cette colocation.
Selon lui, l'un y résidait depuis environ sept mois, l'autre depuis près de deux ans. Une source policière confirme également que les deux protagonistes étaient hébergés dans cette même structure.
À ce stade, les circonstances de cette altercation relèvent de l'enquête judiciaire en cours. Et aucun élément ne permet d'établir un lien entre cette rixe et les conditions d'hébergement de la colocation. Sur le papier en tout cas.
Reste que, d'après nos révélations du mercredi 22 juillet, un homme de 52 ans a été interpellé sur les lieux et conduit au CHU pour des blessures légères. La victime, dont le pronostic vital était engagé, avait été évacuée en urgence vers le CHU. Toujours selon nos informations, ses jours ne seraient plus en danger.
Une deuxième adresse connue… mais pas récemment contrôlée
Cette seconde adresse est connue de l'Agence régionale de santé. Interrogée par Zinfos974, celle-ci indique toutefois qu'aucun contrôle n'y a été réalisé à ce jour, contrairement à l'ancienne pension de Saint-François, plus haut dans la montagne, où était hébergée la femme qui a récemment déposé plainte.
Cette structure, théâtre d'un nouveau fait divers, ne faisait d'ailleurs pas partie de l'inspection menée le 11 juin dernier.
Autrement dit, contrairement au bâtiment principal de Saint-François, les services de l'État ne disposent aujourd'hui d'aucun constat administratif concernant les conditions d'hébergement dans cette seconde colocation.
Lire aussi : Le dirigeant d'un club de quartier bénédictin devant la justice pour avoir payé les faveurs sexuelles d'une mineure
Sur place, les voisins restent extrêmement discrets. La plupart disent n'avoir jamais rencontré de difficultés particulières avec les colocataires de cette seconde "pension" (ou colocation). Personne ne souhaite véritablement commenter le fonctionnement de cette adresse.
Sur place, on nous le répète : "Aucun élément recueilli ne permet aujourd'hui d'établir un lien entre cette rixe et les conditions d'hébergement elles-mêmes. Ni aucun lien avec les profils des locataires." Officiellement... Car l'ouverture d'une enquête pourrait révéler son lot de surprises.
Un dossier amené à durer ?
Les deux situations restent juridiquement distinctes.
Avec, d'un côté, une ancienne pension officiellement transformée en colocation, mais dont les chambres demeurent considérées comme impropres à l'habitation par l'administration, avec une mise en demeure désormais engagée.
De l'autre, une seconde colocation, avec plus de chambres, exploitée par la même famille, connue de l'ARS et des autorités pour avoir été (et être encore aujourd'hui) théâtre de faits divers, mais qui n'a, à ce stade, fait l'objet d'aucun nouveau contrôle administratif.
Entre les deux, un concours de circonstances particulièrement singulier.
Lire aussi : Leur maison menace de s’écrouler depuis 5 ans : la Cinor condamnée à réaliser les travaux de soutènement
Les investigations administratives suivent désormais leur cours. Celles de la justice également concernant la rixe.
Quant à la famille Naze, elle "continue de défendre la légalité de son activité", affirme "respecter le cadre de la colocation" et entend "solliciter un avocat".
Après les conclusions de l'ARS et cette succession d'événements de l'ordre judiciaire, le dossier des anciennes pensions Naze est loin d'être refermé.


