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Nuit de terreur pour une femme et sa fille hébergées… dans la tristement célèbre pension Naze de Saint-François

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 8 juin 2026 à 20H53

La pension Naze dans les hauts de Saint-François, fermée en 2020 après la révélation de conditions d’hébergement indignes et dont la responsable est toujours en attente de son procès, a repris du service. Orientées par l’association Amafar Epe, deux femmes particulièrement vulnérables se plaignent d’y avoir été agressées à trois reprises. Récit.

Beaucoup ont encore en mémoire la misère qui régnait au sein de la pension Naze à Saint-François. Quand l’affaire éclate le 9 mai 2020, 53 personnes en état de grande vulnérabilité y sont hébergées dans des conditions proprement indignes. Pêle-mêle, il y a des sans domicile fixe, des malades nécessitant des soins psychiatriques, des gramounes grabataires et des personnes alitées.

Dans les chambres tristes à mourir règne un silence pesant tandis que dans les couloirs sombres flotte une forte odeur d’urine. La promiscuité dans laquelle vivent les résidents, en principe reclus dans leurs petites chambres dès la nuit tombée, est la porte ouverte à tous les dérapages possibles et imaginables.

Un événement tragique qui a mis l’ARS en panique

A l’époque, et au terme de trois semaines de réflexion, l’ARS passe enfin à l’action. Le samedi 30 mai 2020, des agents du Département, et de l’ARS donc, investissent la pension Naze en plein après-midi pour en confier le contrôle à l’association Saint-François d’Assise. Des professionnels présents sur les lieux parlent d’une situation « indescriptible ».

Le 4 juin, un événement tragique met en panique la direction de l’ARS. Alors même que la pension est sous son contrôle, un résident de 57 ans fait une chute mortelle dans les escaliers extrêmement pentus et étroits qui mènent au bâtiment principal. Jusque tard dans la nuit, un ballet d’ambulances exfiltre les plus vulnérables des pensionnaires sous la surveillance de la police. Il faudra moins de 48 heures à l’ARS pour vider la pension Naze de ses occupants.

Enquête judiciaire et pension fermée

Une enquête judiciaire est ouverte par le parquet de Saint-Denis, confiée à la police. Elle vise à faire la lumière sur l’ensemble de l’œuvre de la direction de la pension Naze. Parallèlement, l’établissement est définitivement fermé. Six années se sont écoulées depuis la révélation de ce scandale mais le procès de la plus grande pension marron de l’île n’a toujours pas eu lieu.

Par contre, la pension Naze a bel et bien rouvert ses portes, accueillant à nouveau des dizaines de résidents. Un public en situation de grande détresse forcément. Des personnes esseulées avec de maigres pensions ou le RSA pour l’essentiel. Parmi elles se trouvent, comme à l’époque, des femmes ou des hommes nécessitant des soins avec des traitements parfois lourds.

Deux femmes en détresse, orientées sur une pension qui renaît de ses cendres

Parmi elles se trouvent une mère et sa fille, toutes deux souffrants de pathologies nécessitant un suivi médical sérieux. Parties en catastrophe de l’île de Beauté, elles ont trouvé refuge à La Réunion le 11 novembre 2025. La mère, une femme battue par son ex-mari dont elle avait divorcé depuis des années, continuait d’être persécutée par lui. Avec leurs maigres économies, elles ont pu se payer une semaine dans un petit hôtel dionysien avant de faire appel au 115, le numéro d’urgence social. Mais impossible pour elles de bénéficier du dispositif en question car, ici, la mère était éloignée de son agresseur.

Souffrant elle-même de lourds handicaps physiques et pour sa fille de 22 ans d’un syndrome de TAR très difficile à vivre, elles ont fait appel au CCAS de Saint-Denis dans l’espoir d’obtenir un logement. Dans l’incapacité de leur offrir une solution d’accueil, le CCAS les a orientées vers l’association Amafar Epe. Cette dernière leur a offert un accueil de jour avant de les orienter… sur la pension Naze. Qui visiblement a fait son grand retour dans les bonnes adresses sociales du nord de l’île. Contactée par Zinfos974 à ce sujet hier, l'association n'a pas donné suite.

Une consommation excessive d'alcool

Ignorant tout de son histoire et de ses démêlés avec l’ARS, le Département ou la justice, les deux femmes s’y réfugient dès le 17 novembre dernier, faute de quoi elles se seraient retrouvées à la rue. Une autre solution d’hébergement leur a bien été proposée par la suite, mais celle-ci consistait à s’installer dans un appartement de la résidence Anthura 2 dans le quartier Fayard à Saint-André. Sans pharmacie, « loin de tous commerces et dans un environnement où les personnes veulent partir à cause de l’insécurité ».

C’est dans ces circonstances que les deux femmes sont restées à la pension Naze. Pour elles, les problèmes ont commencé au mois de janvier dernier quand leurs voisins de chambre se sont mis à s’enivrer. L’un d’eux, la trentaine, « consomme régulièrement alcool et psychotropes depuis l’adolescence », décrit la mère dans un courrier adressé au procureur de la République. Elle y précise qu’il s’adonne massivement à l’alcool avec un autre résident âgé d’une soixantaine d’années.

Une promiscuité malsaine

La promiscuité et le laisser aller sont tels que « le 16 janvier, alors que je lui demandais de réduire le volume de sa musique pour permettre à ma fille malade de dormir, il m’a ordonné de retourner dans ma cage », rapporte-t-elle. Venant d’un homme qui affirme que « frapper une femme est mérité », elle ne cache pas sa crainte qu’il passe à l’action.

Rebelote dans la nuit du 23 au 24 janvier où le plus jeune des deux hommes a fait un scandale en adoptant un comportement violent. « Il a marmonné que je devais partir en maison de retraite ou dans un cercueil », raconte la mère, encore sous le choc. Cette fois, il a été mis à la porte.

« Il donnait des coups de pied dans la porte en disant qu’il voulait me violer »

Le dernier épisode en date remonte à la nuit du 5 au 6 juin dernier. « Je me rendais aux sanitaires quand j’ai été victime d’une agression de la part d’un cooccupant. Celui-ci a tenté de s’introduire de force dans ma chambre en proférant des propos à caractère sexuel particulièrement explicites », a-elle- alerté à nouveau la justice. « Je me suis barricadée dans ma chambre. Il donnait des coups de pied dans la porte en disant qu’il voulait me violer », précise-t-elle.

La femme, en plein désarroi, a contacté la police et les pompiers alors que la responsable de la pension cherchait à l’en dissuader. « Le temps que la police arrive, la propriétaire avait fait coucher tout le monde. Je suis partie à l’hôpital avec les pompiers. » Sur le certificat médical rédigé aux urgences, il est fait état d’une « souffrance psychique » et d’un « état de choc avec manifestations physiques initiales, à type de tremblements et de douleurs thoraciques ».

Après le choc de l’agression, celui de découvrir le scandale révélé en 2020

L’autre choc de la mère de famille a été de découvrir, en faisant des recherches sur internet pendant le week-end, qu’elle vivait dans la tristement célèbre pension Naze de la rue des Macassis dont elle ignorait l’inquiétant passé. Une structure fermée il y a six ans après avoir été au cœur d’un scandale lié à des conditions sanitaires déplorables, à des normes sécuritaires hautement défaillantes et à une gestion en eau trouble.

Comment des associations peuvent-elles aujourd’hui encore orienter ou placer des personnes en souffrance ou en détresse vers une pension dont les dirigeants sont soupçonnés de faits aussi graves ? Comment les autorités alertées par cette mère de famille n’ont-elles pas réagi face à une telle situation ? Autant de questions qui restent en suspens.

C’est d’autant plus troublant qu’il était apparu, en mai 2020, que les autorités avaient fermé les yeux pendant de très nombreuses années sur les dysfonctionnements majeurs de cette pension. Un silence coupable qui s’était soldé par la mort d’un homme de 57 ans, Gilles Mercier, au sujet de laquelle la famille attend toujours de connaître la vérité.

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