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Le jeu vidéo se dirige-t-il vers la fin du disque ? Ce qui va changer pour des millions de joueurs

Ecrit par Thomas Laurent – le mardi 28 juillet 2026 à 11H33
Photo d'illustration.

L'annonce de Sony de mettre fin, à partir de 2028, à la commercialisation des nouveaux jeux PlayStation sur disque marque un tournant pour toute l'industrie. Si le numérique s'est déjà imposé dans les habitudes des joueurs, cette évolution ravive un débat de fond : que devient la propriété d'un jeu lorsque tout passe par une boutique en ligne ? Disparition du marché de l'occasion, inquiétudes des revendeurs et mobilisation de défenseurs des consommateurs... le sujet dépasse désormais le simple cadre du jeu vidéo. Notre enquête.

Assiste-t-on aux derniers jours du jeu physique, de la bonne vieille disquette à insérer dans la bécane ?

Tous les joueurs connaissent ce sentiment : rentrer chez soi après une longue journée avec un nouveau jeu sous le bras. S'installer devant sa console, ouvrir soigneusement la boîte, insérer le disque, parfois dans le mauvais sens, puis voir apparaître le traditionnel "Appuyez sur une touche pour commencer".

Pour beaucoup, ce rituel pourrait bientôt appartenir au passé.

Nouvelle étape

Mercredi 1er juillet, Sony a annoncé qu'à compter de janvier 2028, les nouveaux jeux PlayStation ne seraient plus produits sur disque. Ils seront proposés uniquement en version numérique, via le PlayStation Store ou des revendeurs distribuant des codes de téléchargement. Les jeux déjà commercialisés ou prévus avant cette échéance ne sont pas concernés.

Cette décision marque donc une nouvelle étape décisive dans la transition vers le tout numérique. Avec elle disparaît progressivement un modèle qui permettait d'acheter, prêter, revendre ou collectionner des jeux physiques.

Une évolution engagée depuis plusieurs années

La dématérialisation n'est pas une nouveauté. Les joueurs sur PC y sont habitués depuis longtemps avec des plateformes comme Steam.

Sur consoles, la transition s'est aussi accélérée ces dernières années. La PlayStation 5 est commercialisée depuis 2020 en deux versions, avec ou sans lecteur de disque. Microsoft a adopté une stratégie comparable avec certaines Xbox Series, tandis que Nintendo développe également son offre numérique.

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Sony justifie son choix par l'évolution des habitudes de consommation. Selon le groupe, les ventes de jeux physiques représentaient près de 90 % de ses ventes à l'époque de la PlayStation 3, contre environ 20 % aujourd'hui sur PlayStation 5.

Pour de nombreux joueurs, le téléchargement présente plusieurs avantages : accès immédiat, absence de support physique et bibliothèque accessible à tout moment.

Mais cette évolution soulève aussi plusieurs interrogations.

Les revendeurs face à un changement de modèle

La disparition progressive des disques concerne également les commerces spécialisés.

À Saint-Denis, Yann, gérant du magasin Videodrive depuis plus de trente ans, observe cette évolution avec attention.

Selon lui, "le passage au tout numérique risque d'affaiblir le marché de l'occasion, qui constitue une part importante de l'activité de nombreux magasins spécialisés".

Il s'interroge également sur les capacités de stockage des futures consoles. Les jeux deviennent de plus en plus volumineux - certains titres très attendus, comme GTA VI, pourraient dépasser les 200 Go selon plusieurs estimations - ce qui pourrait conduire certains joueurs à investir dans des espaces de stockage supplémentaires.

Pour autant, Yann ne se dit "pas inquiet" pour l'avenir de son commerce.

À ses yeux, les joueurs continuent de rechercher "le conseil, l'échange et la passion qui accompagnent les boutiques spécialisées". Il estime que les formats physique et numérique peuvent coexister et espère que Sony reviendra, à terme, sur sa décision.

Une question de propriété

Au-delà du support physique, le débat porte aussi sur la notion même de propriété.

Lorsque les joueurs achètent un jeu au format numérique, ils acquièrent généralement une licence d'utilisation et non la propriété du logiciel lui-même, comme le précisent les conditions d'utilisation de Sony ou Nintendo.

Autrement dit, l'accès au jeu dépend des règles fixées par l'éditeur et par la plateforme de distribution.

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Cette distinction, longtemps peu visible pour le grand public, alimente aujourd'hui les inquiétudes de nombreux joueurs et associations de consommateurs.

Plusieurs affaires ont déjà illustré les limites de ce modèle, notamment lorsque des contenus numériques ont été retirés ou rendus indisponibles à la suite de changements de licences ou de décisions commerciales.

Une contestation qui dépasse les joueurs

Les critiques ne viennent plus seulement de la communauté des joueurs.

Le collectif Stop Killing Games, lancé par le créateur de contenus Ross Scott, a recueilli plus d'un million de signatures afin d'interpeller les institutions européennes sur la préservation des jeux vidéo et les droits des consommateurs.

Aux Pays-Bas, une association de consommateurs estime que l'abandon du support physique renforce la position dominante de Sony sur son écosystème PlayStation et a renforcé son action en justice contre l'entreprise. Au Mexique, plusieurs responsables politiques ont également annoncé vouloir saisir les autorités de la concurrence.

Le principal argument avancé est que la disparition des disques supprime le marché de l'occasion et réduit les possibilités de concurrence sur les prix.

Un débat qui dépasse le jeu vidéo

Le sujet dépasse désormais l'univers des consoles.

Musique, cinéma, séries, logiciels : de plus en plus de biens culturels sont accessibles sous forme d'abonnements ou de licences plutôt que comme des biens réellement possédés.

Cette évolution pourrait donc nourrir un débat plus large sur les droits des consommateurs à l'ère du numérique.

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Sony présente sa décision comme une adaptation logique aux nouveaux usages. Ses détracteurs y voient au contraire une concentration croissante du contrôle entre les mains des plateformes.

Une certitude demeure : jusqu'en 2028, le disque a encore quelques mois devant lui. Après cette date, c'est toute une façon de consommer (et peut-être de posséder) le jeu vidéo qui pourrait définitivement basculer.

Etiquettes : Jeu vidéo | La Réunion | PU1

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