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Rachat du Quotidien : « Il ne faut pas que la clause de cession soit un épouvantail »

Selon le Code du travail, les journalistes peuvent démissionner de leur titre de presse lorsque celui-ci change d'actionnaires, ou est racheté. Cette disposition, la clause de cession, est au cœur des discussions sur le potentiel rachat du Quotidien de La Réunion.

Ecrit par Thierry Lauret – le mardi 05 mars 2024 à 15H35

Soixante-quatre journalistes sur une rédaction en comptant à l’époque cent quatre-vingt cinq ont déclenché leur clause de cession pour quitter la rédaction du quotidien La Provence, l’année dernière, dans le cadre du rachat du titre par le groupe CMA CGM.

Des départs d’abord compensés par le biais de CDD, avant l’annonce en novembre du non renouvellement de 26 CDD afin de réduire la rédaction à 155 journalistes. Secteur en crise structurelle, la presse écrite a vu ses effectifs se compresser au cours de la décennie passée, avec pour corollaire inévitable une baisse de la qualité de l’information. Un contexte que connaissent déjà les 36 journalistes du Quotidien de La Réunion, qui ont vu leurs conditions de travail s’étioler et leurs collègues partir (notamment lors d’un plan social en 2021), sans pour autant que la pérennité économique du N.1 de la presse locale ne soit consolidée.

Si trois candidats se sont positionnés pour racheter le journal, aucun des potentiels repreneurs ne s’est engagé à conserver le moindre journaliste, en arguant de l’incertitude économique liée au coût des clauses de cession. Le principe adopté consisterait à licencier la totalité de la rédaction, puis à en réembaucher un certain nombre par la suite.

Un précédent au Jir en 2021

« A titre personnel, je considère que la clause de cession est une disposition légale et ça me paraît compliqué de vouloir racheter un journal et de vouloir la contourner », estime Flavien Rosso, chef du service des sports du Quotidien de La Réunion. L’article L. 7112-5 du Code du travail dispose du droit dérogatoire au droit commun permettant aux journalistes de démissionner en bénéficiant des conditions identiques à celle d’un licenciement économique.

« C’est issu de la loi de 1935 [sur le statut de journaliste professionnel en France], ce n’est pas un arrangement entre amis », poursuit Flavien Rosso, en enfilant sa casquette d’élu du syndicat SNJ à la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) à La Réunion. « En cas de vente d’une entreprise de presse ou en cas de changement d’actionnaire majoritaire, un journaliste peut déclencher la clause. Elle s’applique parce qu’on considère que le journalisme n’est pas une activité comme les autres : tu t’engages dans une entreprise de presse aussi parce que tu partages ses valeurs. Et que tu n’es plus du tout en accord avec les valeurs que véhicule ton entreprise. Les actionnaires changent et tu considères que tu ne peux plus faire correctement ton travail. »

En 2021, Jacques Tillier avait tenté en vain de s’opposer à quatre journalistes qui avaient fait valoir leur droit à la clause de cession, à la suite d’un changement d’actionnaires provoqué par l’actuel président directeur général du Journal du l’île de La Réunion. Celui-ci avait profité d’une loi Covid permettant d’effacer le passif d’environ 10 millions d’euros de son journal, placé en redressement judiciaire, pour continuer son activité au sein d’une holding spécialement créée.

« Il ne faut pas non plus que cette clause de cession soit un épouvantail », tempère Flavien Rosso. « Toute la rédaction ne va pas sauter sur son chèque pour se retrouver sans travail ensuite ».

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