Quatre ans de prison pour les meneurs de l’expédition punitive de Ravine-à-Malheur

Le tribunal a lourdement condamné les deux Portois les plus impliqués dans l’expédition punitive menée le 2 décembre dernier chez des rivaux possessionnais, au cours de laquelle ils avaient tenté de brûler un véhicule et tiré sur un autre.
La tension était palpable aux abords du tribunal judiciaire de Saint-Denis, alors que comparaissaient mercredi 4 février les trois principaux suspects de l’expédition punitive menée le 2 décembre dernier à Ravine-à-Malheur.
Visiblement, les relations sont loin d’être apaisées entre les deux familles impliquées, originaires du Port et de La Possession. Mais en condamnant les meneurs de ce règlement de comptes à quatre ans de prison dont trois ferme, les juges ont souhaité mettre un terme à un cycle de vengeance et de représailles démarré six mois plus tôt.
"La justice privée n'a pas lieu d'être"
"La peine est à la hauteur du manque d’intelligence dont vous avez fait preuve. La justice privée n’a pas lieu d’être, votre comportement a été inacceptable", explique le président Bernard Molié aux condamnés.
À l’origine, l’inimitié tenace entre le Portois Florian Liestal et un rival, originaire de La Possession. Anciens collègues dans une station-service, ils ont régulièrement échangé des menaces, jusqu’à ce qu’une plainte du second entraîne la condamnation du premier à de la prison pour trafic de cocaïne.
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Lorsqu’ils se revoient à la station le jour des faits, le ton monte rapidement, et Florian Liestal reçoit un sérieux coup de poing au visage. S’il décide d’abord de déposer plainte, il monte en température dans la soirée et décide d’aller régler ses comptes. S’équipant d’un jerrican d’essence, il se fait accompagner de quatre autres personnes dont son oncle par alliance, qui embarque tout le monde dans le 4X4 BMW familial. Direction la Ravine-à-Malheur, sur le terrain familial du rival possessionnais puisque ce dernier n’a pu être trouvé dans son appartement.
"Le coup est parti tout seul"
"A la base je venais pour me battre, mais comme il n’était pas là, j’ai voulu brûler sa voiture", explique Florian Liestal. Mais alors qu’il arrose de carburant l’Audi de son ennemi, son oncle, armé d’un fusil de chasse, tire au moins un coup de feu. La cartouche va percuter le pare-brise d’une autre voiture, à l’intérieur de laquelle se trouvait un frère de celui qu’ils recherchaient.
"J’ai entendu un cri, j’ai paniqué et le coup est parti tout seul" affirme Johan Sadzoute-Imangue, le tonton armé. Le quadragénaire portois, très connu de la justice mais "rangé des voitures" depuis une douzaine d’années, a du mal à expliquer comment il s’est embarqué dans cette histoire. "C’était l’émotion quand mon neveu est revenu blessé. Le fusil, c’était au cas où, mais je n’avais pas prévu de tirer sur quelqu’un", assure-t-il.
"Quand on vient la nuit chez des gens avec de l’essence et un fusil, ce n’est pas pour leur faire du bien", réplique le président. Par chance, l’homme dans la voiture n’est que légèrement blessé, et le groupe prend la fuite sans avoir eu le temps de mettre le feu à l’autre véhicule.
"Ils avaient tout prévu, y compris que ça dégénère"
Rapidement identifiés, tous seront interpellés par les gendarmes dans les jours qui suivront. Initialement ouverte pour tentative d'assassinat en bande d'organisée, l'affaire sera finalement requalifiée en violences avec arme, tentative de dégradation, association de malfaiteurs et transport d'arme. Mais le fusil ne sera jamais retrouvé, malgré les fouilles menées par les plongeurs dans la darse du Port-Ouest, où les assaillants prétendent l’avoir jetée.
"C’est une des zones d’ombres de cette affaire" souligne la procureure Tiphaine Gastineau, soulignant "un contexte inquiétant de vengeance privée, avec une réponse disproportionnée et le risque de s’en prendre aux mauvaises personnes."
Contre les trois prévenus à la barre, elle réclame des peines entre trois et cinq ans de prison, dont une partie avec sursis probatoire. Les deux autres jeunes présents lors de l’expédition avaient déjà été condamnés en plaider coupable à des peines avec sursis probatoire.
Peu avant, Me Anissa Settama avait fustigé pour la partie civile "un plan préparé, concerté, pour aller donner une bonne leçon. Ils avaient tout prévu, y compris que ça dégénère."
"Un dérapage"
"Malgré la fureur de cette journée, les conséquences sont très limitées" tempère Me Jean-Jacques Morel en défense. "Il faut rappeler qu’il y a eu provocation, que mon client s’est fait rosser durant l’après-midi et qu’il a réagi dans la colère et l’affolement", plaide-t-il pour Florian Lestal.
"Le projet, c’était de brûler une voiture, pas de faire du mal à quelqu’un", rebondit le bâtonnier Georges-André Hoarau en défense de Johan Sadzoute-Imangue. "Oui, il a 22 condamnations au casier, mais plus rien depuis 14 ans. Cette expédition punitive, c’était un dérapage."
Florian Liestal et Johan Sazoute-Imangue sont malgré tout condamnés à la même peine de quatre ans de prison dont un avec sursis probatoire, avec maintien en détention. Le troisième larron, moins impliqué, écope de deux ans de prison dont un avec sursis probatoire, aménageables sous bracelet électronique.


