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Quand Macron écoute Virapoullé : une voix que le président de la République écoute encore à La Réunion

Ecrit par S.I. – le mercredi 23 avril 2025 à 15H33

Derrière l’image d’un président rendant visite à une personnalité politique affaiblie, c’est tout un message qu’Emmanuel Macron semble avoir voulu envoyer à La Réunion. Et au-delà, à ceux qui pensent que les “anciens” n’ont plus rien à dire.

Il y a des rencontres qui, bien qu’informelles, ont une portée qui dépasse le simple cadre protocolaire. Celle entre Emmanuel Macron et Jean-Paul Virapoullé, ce mardi à Saint-André, appartient à cette catégorie. Organisée dans la plus grande discrétion, cette entrevue n’était pas une opération de communication. C’était une conversation entre deux hommes, deux générations et deux visions du pouvoir. Mais aussi, peut-être, un signal politique.

Affaibli physiquement mais toujours vif intellectuellement, Jean-Paul Virapoullé ne s’est pas contenté de partager des souvenirs. Il a livré au chef de l’État une feuille de route économique ambitieuse : faire de La Réunion un moteur régional, une île connectée, productive, attractive. 

Une visite amicale aux accents stratégiques

"Recevoir le chef de l’État à la maison, ça n’arrive pas tous les jours", confie Jean-Paul Virapoullé, visiblement ému par cette marque d’attention. Si l’échange, organisé en présence de Dominique Perben, ancien ministre des Outre-mer, et de la famille de l’ancien sénateur, se voulait avant tout amical, il a rapidement pris une tournure opérationnelle. "Quand on rencontre le Président de la République, ça dépasse le cadre amical pour aller au cadre opérationnel", explique-t-il.

Lire aussi : Emmanuel Macron s’entretient en privé avec Jean-Paul Virapoullé

Au cœur des discussions : la nécessité de réécrire une nouvelle page de la départementalisation de La Réunion, avec un accent particulier sur le développement économique. Jean-Paul Virapoullé, fort de son expérience politique, a partagé une vision ambitieuse : faire de La Réunion le "Singapour de l’océan Indien". "Aujourd’hui, c’est la mondialisation de l’économie qui fait la force d’un pays. La Réunion est une terre de travail, de production, mais il y a trop de freins", souligne-t-il.

Un échange sur les leviers du développement économique

L’ancien maire de Saint-André a salué certaines mesures annoncées par le président, comme le financement par crédits d’impôts à hauteur de 80 % pour les investissements dans l’Est de l’île, mais il appelle à aller plus loin. Parmi ses propositions : une simplification administrative pour libérer les énergies entrepreneuriales et la création d’un statut fiscal spécifique, inspiré des modèles de Singapour et de Maurice. "Il faut que La Réunion devienne l’offshore de la France, de l’Europe dans l’océan Indien", insiste-t-il, plaidant pour un régime fiscal attractif "permettant d’investir en Afrique tout en dynamisant l’économie locale".

Jean-Paul Virapoullé a également annoncé la constitution d’un groupe de travail, en collaboration avec Dominique Perben et des élus réunionnais de tous bords pour formaliser ces propositions d’ici juillet. "Avec Cyrille Melchior, Nassimah Dindar, Juliana M’Doihoma, David Lorion et tous ceux qui voudront, de droite, du centre et même de la gauche, nous allons écrire comment transformer La Réunion en terre de production et d’ouverture au monde", précise-t-il.

Une figure respectée, "dopée" par la visite

Malgré des problèmes de santé qui l’ont affaibli, Jean-Paul Virapoullé reste une voix écoutée à La Réunion. Cette visite présidentielle, qu’il décrit comme un "dopant", lui a redonné un élan pour poursuivre sa réflexion sur l’avenir de l’île, "entre deux dialyses", plaisante-t-il. "Cette visite m’a conforté dans l’idée qu’il faut continuer à travailler pour La Réunion", ajoute-t-il.

Interrogé sur la relation entre La Réunion et la République, il se montre confiant : "Les Réunionnais sont à 99,9 % départementalistes et français". Il rejette fermement les velléités de certains mouvements politiques, "comme la gauche LFIste ou les Insoumis", de remettre en cause son amendement constitutionnel garantissant "l'ancrage républicain". Il affirme même, malicieusement, que "déplacer le Piton des Neiges serait plus facile".

Lire aussi : Vidéo - Jean-Paul Virapoullé : "i touche pa à notre statut sans consulte a nou"

Un message aux nouvelles générations d'élus : moins de plaintes, plus d'initiative

À l’attention des jeunes responsables politiques réunionnais, Jean-Paul Virapoullé adresse un message d’optimisme et d’ambition : "Ayez confiance en vous. Utilisez chaque fil de la solidarité nationale et européenne pour vous former dans les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, l’énergie, l’agriculture. Les comptes du développement sont infinis, mais il faut savoir les faire jouer". Il rappelle les progrès accomplis – comme le passage de trois à 48 lycées à La Réunion depuis son époque de maire – tout en soulignant que "le plus dur reste à faire". Enfin, Jean-Paul Virapoullé conclut sur une note critique envers une certaine posture politique : "On passe trop de temps à pleurer. Il y a trop d’élus qui pleurent et pas assez qui créent". 

Au-delà de l’échange privé, la rencontre entre le président et Jean-Paul Virapoullé porte un message d’unité. En annonçant un projet commun avec les élus réunionnais, l’ancien maire de Saint-André appelle à transcender les clivages pour faire de La Réunion "une terre d’opportunités". 

Emmanuel Macron a-t-il entendu ce message ? Difficile à dire. Mais en prenant le temps d’écouter un homme souvent classé comme "baron local", il a reconnu une chose essentielle : que les solutions viennent parfois de ceux qu’on croyait à la retraite.

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