Quand la débilité se fait sublime…

Joseph, de L’Entre-Deux, 47 ans, n’est vraiment pas le délinquant type. Il ne boit pas, ne fume pas, ne s’est jamais fait remarquer par les forces de l’ordre. Dans un si petit patelin, il est difficile de vivre caché même si on veut vivre heureux !
L’affaire qui le conduit dans le prétoire eût été banale, n’eût été le contexte de stupidité absolue qui la baigne. Stupidité, que dis-je, bêtise, con… rie, abrutissement, débilité absolue. Ca confine au divin. On n’a pas de prétexte à se friter avec son voisin, alors on en cherche un. Même le plus mauvais des à peu près.
Ce soir de baptême, petite fête en famille, Joseph s’occupe de la sono, détail qui a son importance comme on le verra.
D’un coup, l’aubaine ! Il entrevoit dans les travées l’homme (34 ans) qui est marié à sa nièce et avec qui il estime avoir un compte à régler.
"Mais qu’est-ce qu’il vous avait fait ?" s’enquiert la présidente. La réponse, on vous la donne en mille, elle vaut son pesant de vavangues : "Ben… Ce boug’ là i trompe sa femme, lu tape à elle et lu tape ses enfants aussi. Ma femme la raconte ça à d’aut’ mondes et na in’ la parti dire à lu que c’est moin que la raconte ça ! Et lu croit que lé vrai. Mi voulais demande à lu à cause".
Trois fois déjà, Joseph a voulu solder la question, ce à quoi l’autre, plus jeune, plus costaud, s’est toujours refusé. Ce qui est raisonnable mais Joseph tient à sa discussion entre quat’ zyeux et traverse la salle en direction de l’ennemi. Ce qui ne tirerait pas à conséquence s’il n’avait un câble électrique en main.
"Pourquoi le câble ?"
"L’était dans ma main, madame la Présidente. In câb’ la sono !"
Refusant de rester sur un refus de confrontation orale, il a utilisé le câble et fichu un souk total dans un repas de baptême qui, jusque là, se révélait un peu morne. Les conséquences physiques n’ont pas été graves.
"Et alors, depuis ça ?" demande la présidente qui tient décidément à tout savoir.
"Ben depu…moin la fâche avec toute la famille !"
Après que le procureur eut pris soin de rappeler que l’excuse de provocation n’existe plus en droit français, Me Ferrante s’est attachée à dépeindre "ces relations familiales compliquées, ces agapes au climat lourd, où chacun reste dans son coin".
On entend bien, mais alors… pourquoi s’inviter "quand on ne s’aime plus", comme dirait Aznavour.
Joseph aura 120 heures de TIG pour méditer là-dessus.


