Prix de la canne, dette, CMU : la CGPER et l’UPNA passent à l’offensive

Environ 80 planteurs se sont rassemblés ce mercredi 28 janvier 2026 devant l’usine Téréos de Saint-Louis pour une annonce politique majeure dans le monde agricole. La CGPER et l’UPNA ont officialisé leur rapprochement en vue des élections des commissions mixtes d’usine (CMU) d’avril prochain, avec la volonté affichée de porter un projet commun pour redonner un avenir économique aux producteurs de canne.
C’est devant l’usine du Gol que la CGPER et l’UPNA ont choisi de sceller publiquement leur rapprochement. Comme vous l'avait révélé Zinfos 974, Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, et Dominique Clain, président de l’UPNA, ont confirmé ce qui se murmurait depuis plusieurs semaines : les deux organisations feront liste commune lors des prochaines élections des CMU.
Lire aussi : "Travailler sur un projet commun dans l’intérêt de l’agriculture réunionnaise" : la CGPER et l’UPNA font l'union
“Après les élections de la Chambre d’agriculture, on a commencé à échanger avec l’UPNA. On a tiré un constat simple : si on avait été ensemble, les résultats auraient été totalement différents”, explique Jean-Michel Moutama. “On s’est vus, on a fait trois ou quatre réunions, et on s’est dit qu’il fallait préparer quelque chose.”
Pour Dominique Clain, l’enjeu est vital : “Les CMU, c’est là que se décide le prix de la tonne de canne entre les planteurs et les industriels. Si on ne reprend pas ça dans l’urgence, ça va être compliqué de sauver la filière.”
Les deux hommes l’assurent : il ne s’agit pas d’une fusion, mais d’un projet commun et d’une stratégie commune. “Aujourd’hui, on est là pour acter une liste commune CGPER-UPNA, et surtout un projet commun. Ce projet, c’est simple : que les producteurs puissent vivre de leur travail”, résume Jean-Michel Moutama.
“Comment fixer un prix si on ne connaît même pas nos coûts ?”
Très vite, les discussions ont glissé vers le cœur du problème : la rentabilité, ou plutôt l’absence de rentabilité, de la filière canne. “La filière canne, c’est une des seules filières où les producteurs n’arrivent plus à vivre”, lâche le président de la CGPER.
“Quand je pose la question aux instances, quel est le coût de la production d'une tonne de canne ? Personne n'est capable de le dire. Ça coûte combien de faire une canne longue machine ? Coupée à la machine péi ? Ça coûte combien une canne coupée à la canne tronçonnée ? Ça coûte combien une canne coupée manuellement ? Impossible de le dire.”
Jean-Michel Moutama
L’idée défendue par les deux syndicats est de faire réaliser une étude complète sur les coûts de production. “On demandera au CPCS de diligenter cette étude, parce que c’est son rôle. À partir de là, on pourra déterminer un prix plancher qui permette au planteur de vivre et d’investir”, insiste Jean-Michel Moutama.
Dominique Clain abonde : “Notre combat, c'est toujours sur la mécanisation, sur le prix de plancher, mais à chaque fois qu'on met ce sujet sur la table, on n'est pas écouté, c'est mis en retrait. Si on veut sauver la filière canne demain, on sait très bien : c'est la mécanisation et il faut trouver un revenu qui convient à l'agriculteur, qui convient à l'industriel, pour sauver cette filière.”
Le symbole des “13,8” devenu un piège
Dans tous les discours, un chiffre revient : 13,8. C’est la richesse de référence sur laquelle est basé le prix de la tonne de canne, environ 40 euros. “Aujourd’hui, depuis dix ans, la moyenne de l’île est à 13,35. Les 13,8 ne sont plus d’actualité”, martèle Jean-Michel Moutama.
Il chiffre l’impact : “Ça fait plus d’un demi-point de différence. Un point, c’est cinq euros. Ça veut dire 2,50 euros par tonne de canne perdus tous les ans. C’est énorme à l’échelle de toute l’île.”
Dominique Clain est encore plus direct : “Beaucoup d’agriculteurs sont loin des 13,8. Certains sont à 7, 6 ou même 4 de richesse. Quand on annonce 13,8 à 40 euros, c’est vite fait les comptes…”
Pour les deux syndicats, cette référence obsolète pénalise structurellement les planteurs et doit être revue par l’État, seul habilité à lancer une nouvelle étude officielle.
“C’est l’industriel qui nous fait la facture”, regrette la CGPER
Mais le point qui a le plus fait réagir les planteurs présents reste la dette accumulée envers Téréos. “Au 31 décembre 2025, les planteurs doivent 3,5 millions d’euros en trop-perçu de richesse, et 1,4 million en avances diverses. Au total, on arrive à 5 millions d’euros”, détaille Jean-Michel Moutama.
Et de dénoncer un système qu’il juge absurde : “Normalement, c’est nous qui faisons une facture pour être payés. Aujourd’hui, c’est Téréos qui nous fait une facture pour être remboursé. On marche sur la tête. Quelle industrie fonctionne comme ça ?”
Dominique Clain décrit le mécanisme : “On livre un produit à Tereos, il nous fait une avance de 30 euros. Mais le produit qu'on a livré, pour lui, ça n'atteint pas les 13,8 de richesse. Donc on est redevable sur ce produit. On a déjà livré le produit, il a broyé le produit, il a fait son sucre, il a fait son rhum.”
Puis le témoignage devient plus personnel : “Moi, en fin d’année, je n’arrivais même plus à payer mon loyer. On paie les salariés, on remplit le frigo, et il ne reste rien. Imaginez les jeunes qui s’installent : en deux ou trois ans, ils sont déjà endettés.”
“Si on ne fait rien maintenant, la filière va mourir”, pour l'UPNA
Pour les deux syndicats, cette union est donc une question de survie. “Toutes les décisions viennent des industriels, mais ne viennent pas des agriculteurs. En CPCS, tout est déjà préparé en amont, et nous, on est là juste pour valider. Mais ce modèle, il faut que ça s'arrête. Il faut qu'il y ait des propositions qui viennent des agriculteurs, il faut que nous soyons écoutés.”, tranche Dominique Clain.
Jean-Michel Moutama conclut : “On lance un appel aux producteurs : rejoignez-nous. Il faut qu’on porte ce projet ensemble. Si on ne change rien maintenant, la filière canne est condamnée.”
Les élections des CMU d’avril s’annoncent donc comme un rendez-vous décisif dans la filière canne, bien au-delà d’un simple scrutin syndical.


