Prison du Port : les agents en grève face aux carences du système carcéral

Mouvement de grève ce matin devant la prison du Port à l’initiative du syndicat UFAP UNSA Justice. Les agents pénitentiaires donnent de la voix pour dénoncer les carences du système carcéral à La Réunion, à l’occasion de la visite de leurs directeurs, Sébastien Cauwel et Vincent Dupeyre.
Ce matin, les agents pénitentiaires sont venus en nombre devant la prison du Port à l’appel du syndicat UFAP UNSA Justice Réunion/Mayotte. Ce mouvement de grève intervient au moment où le directeur de l’administration pénitentiaire, Sébastien Cauwel, et le directeur interrégional des services pénitentiaire Outre-mer, Vincent Dupeyre, sont à La Réunion pour une visite de quatre jours, du 27 au 30 octobre.
Les sujets de revendication ne manquent pas à La Réunion, comme dans l’hexagone d’ailleurs, où les agents pénitentiaires sont soumis à une surpopulation carcérale galopante. La promiscuité des détenus favorise à la fois la violence et le développement de divers trafics au sein des établissements pénitentiaires de l’île. Téléphones portables et drogues circulent avec une facilité parfois déconcertante dans un milieu qui a pourtant vocation à rester hermétique.
« Il manque une trentaine de surveillants et 14 conseillers d’insertion et de probation »
Comme le procès qui devait s’ouvrir ce matin devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis en témoigne, des délinquants chevronnés incarcérés pour trafic de cocaïne continuent de piloter leur réseau depuis leur cellule de Domenjod. Procès finalement renvoyé. Leur chef, Yannis Bleys, condamné à six ans de prison ferme en septembre dernier, est un détenu particulièrement surveillé (DPS) de niveau 4 que la pénitentiaire se doit par exemple de gérer en dépit du manque d’effectif.
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« Nous souhaitons attirer leur attention sur le manque criant de moyens dont souffre l’administration pénitentiaire à La Réunion », souligne Samuel Fontaine, secrétaire général UFAP UNSA Justice Réunion/Mayotte. Il estime qu’il « manque une trentaine de surveillants et 14 conseillers d’insertion et de probation » pour épauler les collègues en poste et pour faire en sorte que les établissements fonctionnent avec davantage de sécurité et moins de pression au quotidien.
« Nous demandons la création d’une nouvelle prison dans le sud »
Le syndicat dénonce l’absence d’unités hospitalières pour la prise en charge des détenus souffrant de troubles psychiatriques dans l’île. Il est vrai que de telles unités spécialisées sont en place dans l’hexagone depuis une vingtaine d’années. Il est vrai encore que les territoires d’Outre-mer sont particulièrement mal lotis en matière de carcérale, la palme revenant à la prison de Majicavo.
A La Réunion, depuis la fermeture de « la Dodu » souvent qualifiée de « honte de la République », la prison de la Cayenne a repris en quelque sorte le flambeau. « Nous demandons la création d’une nouvelle prison dans le sud de l’île en remplacement de celle de Saint-Pierre qui vient d’être retoquée par un rapport écrit de la contrôleuse des prisons. Elle y dénonce la vétusté et des conditions de détention indignes pour les détenus », commente Samuel Fontaine.
Des dortoirs à 16 à la Cayenne et des mules à foison à Domenjod
La Cayenne n’offre que des places en dortoir avec des pièces qui accueillent de huit à seize détenus sur des lits superposés pour les plus chanceux ou sur des matelas à même le sol pour les autres. Dans ces conditions, il est difficile pour les surveillants d’exercer leur métier. La nuit, à la Cayenne, les agents sont au nombre de quatre pour faire face à un dortoir de 16 gaillards. Autant dire qu’il est préférable de montre d’une certaine diplomatie.
A Saint-Denis, la prison de Domenjod souffre d’un manque de places pour accueillir les femmes depuis l’explosion du trafic de drogue et de sa cohorte de mules. Des jeunes filles généralement paumées et désargentées que les trafiquants d’ici, souvent de banlieue parisienne ou parfois des Antilles traitent comme du bétail.
« Nous demandons le désencombrement du centre pénitentiaire de Domenjod »
Des bêtes de somme que la justice éreinte à son tour dans l’espoir, nécessairement vain, d’y mettre un terme. « Nous demandons le désencombrement du centre pénitentiaire de Domenjod », indique Samuel Fontaine. Récemment encore, les chiffres faisaient état de 68 détenues pour 28 places. Ce qui nécessite de les entasser à cinq ou six par cellule.
Pour sa part, Samuel Fontaine rappelle que « la capacité d’hébergement à La Réunion est insuffisante avec 400 détenus en plus ». Autant dire que les deux directeurs n’auront pas trop de quatre jours pour faire la tournée des popotes et aborder les sujets qui fâchent.


