A La Réunion, les VIP sont à l’isolement comme Nicolas Sarkozy

La folie politico-médiatique qui entoure l’incarcération de l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, est l’occasion de démystifier le fameux quartier des VIP qui n’est autre qu’un simple quartier d’isolement dont le grand luxe consiste à être seul dans neuf mètres carrés. Le point à La Réunion avec Vincent Pardoux, secrétaire régional de FO pénitentiaire.
S’il est vraisemblable que Nicolas Sarkozy ne subira pas la classique fouille au corps, qui consiste non pas à tousser, mais à se mettre nu en tombant le caleçon avant de le retourner puis de l’enfiler à nouveau pour se couvrir les fesses, il n’en demeure pas moins que les conditions de son incarcération à la prison de la Santé ce mardi ne déroge que très peu à la règle. Pour en avoir le cœur net, Zinfos974 a interrogé Vincent Pardoux, secrétaire régional de FO Pénitentiaire, en poste à la prison de Domenjod.
« Le plus gros luxe est que vous êtes seul en cellule »
Le responsable syndical précise d’entrée de jeu que les quartiers soi-disant privilégiés qui seraient réservés aux VIP ne sont qu’une légende urbaine. « Il n’y a pas de quartier VIP à La Réunion au même titre que dans l’hexagone. Par contre, il existe des quartiers d’isolement, ici comme ailleurs. Les détenus admis à l’isolement sont dans le même type de cellule que les autres. Des cellules classiques où ils disposent d’un mobilier identique. C’est-à-dire une douche, un WC et un téléviseur. Le plus gros luxe est que vous êtes seul en cellule », indique Vincent Pardoux.
Petit bémol cependant, la plupart des centres de détention disposent d’un quartier pour personnes vulnérables comme c’est le cas à la Santé avec 19 cellules dédiées aux délinquants sexuels mais aussi à ceux qui pourraient se faire malmener en raison de leur fragilité extrême ou de leur notoriété. Un type de structure qui n’existe pas à La Réunion et en Outre-mer de manière générale.
68 détenues pour 28 places
Quoi qu’il en soit, c’est effectivement un grand luxe d’être seul en cellule quand on connaît les chiffres de la surpopulation carcérale en France. A La Réunion, parent pauvre en matière de politique carcérale comme le sont les autres départements et territoires d’outre-Mer, les détenus en savent quelque chose puisqu’ils se bousculent dans les couloirs des prisons mais aussi et surtout dans les cellules.
Par exemple, le seul quartier pour femmes dont dispose l’île se trouve à la prison de Domenjod. Il comporte très précisément 28 places. Combien sont-elles à y loger en ce moment ? Le dernier chiffre en date est de 68 femmes dont une trentaine sont de passage à La Réunion pour y avoir joué le rôle de mules. « Ce qui fait qu’elles sont à cinq ou six dans la même cellule », souffle Vincent Pardoux.
« Pas de quartier d’isolement pour les femmes »
Pour elles, il n’y a pas de quartier d’isolement à La Réunion. Et si une personnalité ou une personne vulnérable de sexe féminin venait à séjourner à Domenjod ? « Comme il n’y a pas de quartier d’isolement pour les femmes, cela relèverait du bricolage car il faudrait bien que celle-ci soit seule en cellule. Il y aurait aussi nécessité à tout bloquer quand elle sort de sa cellule pour qu’elle ne soit pas en contact avec les autres détenues », déplore Vincent Pardoux. Et d’un casse-tête pour le personnel pénitentiaire.
Le cas s’est présenté le mois dernier quand la mineure, condamnée à 20 ans de réclusion criminelle par le tribunal pour enfants de Saint-Pierre pour l’assassinat de la jeune Shana, a été conduite en détention à la prison de Domenjod. « Nous avons dû la placer dans le quartier des femmes adultes et nous avons dû l’isoler. Il a donc fallu bloquer une cellule sachant que nous manquons déjà de places… », précise le représentant de FO pénitentiaire.
L’ex-dircab de Maurice Gironcel à l’isolement
Si les quartiers d’isolement pour les femmes n’existent pas à La Réunion, les hommes disposent d’un tel espace réservé en cas de nécessité comme à la prison de la Santé où réside Nicolas Sarkozy depuis hier. L’ex directeur de cabinet de Maurice Gironcel peut en témoigner puisqu’il se trouve à l’isolement à Domenjod depuis son placement en détention provisoire, en avril dernier. Pour mémoire, Bertrand De Boisvilliers est suspecté d’avoir pris part à un important trafic de produits stupéfiants entre La Réunion et l’île Maurice.
L’ex surveillant pénitentiaire de Fresnes, placé sous mandat de dépôt pour deux ans le mois dernier pour trafic de cocaïne, compte aussi parmi les détenus protégés par l’isolement.
Par le passé, les exemples de détenus mis à l’isolement ont été nombreux. Des hommes politiques bien sûr, des fonctionnaires des douanes ou de la police mais aussi des avocats et des chefs d’entreprise. Bref, tout un tas de délinquants dits "en col blanc" qui ont échappé à la promiscuité, soit à la demande d’un juge ou à celle du directeur du centre pénitentiaire.
« Il y a des gens qui écrivent tous les jours pour aller à l’isolement »
« Il y a des gens qui écrivent tous les jours pour aller à l’isolement. Leur demande est étudiée mais elle est souvent aussi refoulée », avoue Vincent Pardoux. Il faut bien écarter les candidatures farfelues ou celles qui ne nécessitent pas vraiment de bénéficier d’un tel régime. Et puis il ne faut pas perdre de vue que les places sont comptées.
Le curé de la Plaine-des-Palmistes, écroué il y a quelques années pour viol, ou encore l’ex-pompier pyromane, spécialisé dans les incendies du Maïdo, comptent parmi ceux qui ont bénéficié de la confidentialité et surtout de l’absence de promiscuité qu’offre une cellule en quartier d’isolement. Mais dans le fond, cette mesure avait pour objectif de les protéger des autres en raison de la nature de leurs infractions.
« Toujours accompagnés de trois personnes pendant leurs déplacements »
« Dans ce type de quartier, les détenus sont toujours accompagnés de trois personnes pendant leurs déplacements. Deux surveillants et un gradé sont à leurs côtés pour aller à l’infirmerie, au parloir ou à la salle de sport où il y a un rameur et un vélo », précise Vincent Pardoux.
Ce qui fait que le quartier d’isolement de Domenjod est supervisé par trois binômes et trois gradés qui se relaient sept jours sur sept en journée. « Ils se sont portés volontaire pour être affectés à l’isolement. »
« Ce sont les surveillants qui leur donnent à manger »
Le détenu à l’isolement et son escorte cheminent dans les entrailles de la prison en empruntant « un passage à part où il ne rencontre personne d’autre ». Ce qui sera naturellement le cas pour l’ex-président de la République. Autre régime particulier, celui des repas. « Ce sont les surveillants qui leur donnent à manger. » Jamais les autres détenus comme cela se pratique habituellement en milieu carcéral.
« C’est un système très hermétique. Mais cela n’empêchera probablement pas à Nicolas Sarkozy d’essuyer des insultes ou des cris », estime Vincent Pardoux. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il y ait du tapage qui filtre dans sa cellule en raison d’une présence si exceptionnelle dans les murs de la prison.
« Pas de quartier d’isolement à Saint-Pierre »
Après quelques mois passés à l’isolement, il est possible qu’un détenu réputé fragile puisse réintégrer le commun des détenus. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, il y a très peu de chance que cela se produise d’autant qu’il ne devrait pas passer Noël en prison.
A la prison de la Cayenne, la question de l’isolement ne se pose pas. « Il n’y a pas de quartier d’isolement à Saint-Pierre. Si une difficulté se pose, le détenu est transféré à Domenjod », précise Vincent Pardoux. La Cayenne, elle aussi en surpopulation carcérale, ne dispose d’ailleurs pas de cellule individuelle. Là-bas, les détenus sont encore dans des dortoirs qui accueillent entre huit et seize personnes, avec lits superposés et matelas au sol pour les moins chanceux.


