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Prisca Thévenot : “La jeunesse réunionnaise peut s’émanciper par le travail”

En visite à La Réunion, Prisca Thévenot, Secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et du Service national Universel de France, a accordé un entretien à Zinfos974. Elle a évoqué “l’attachement à la nation à La Réunion plus qu’ailleurs” au vu du nombre de volontaires aux différents dispositifs d’engagement de la jeunesse, mais aussi de la présence d'un tissu dynamique sur le territoire.

Ecrit par Sophie Fontaine – le vendredi 18 août 2023 à 17H46
Photo : Alexandre Robert

Quelle stratégie pour le SNU à La Réunion ?

Mis en place en 2021 à La Réunion, le Service National Universel (SNU) proposait initialement 134 places pour 150 candidats volontaires. Cette année, plus de 900 Réunionnais se portaient volontaires pour seulement 300 places ouvertes.

“Il y a un engouement extrêmement fort des jeunes Réunionnais pour le SNU et je ne peux que m’en réjouir. Cet enthousiasme peut expliquer que le nombre de volontaires excède parfois le nombre de places disponibles. Mon objectif en tant que ministre c’est évidemment que chaque jeune qui souhaite participer à un séjour puisse le faire, et c’est ce que nous ferons.

Notre ambition demeure inchangée : avancer vers la généralisation du SNU, faire que ce moment d’engagement devienne un passage républicain pour chaque jeune de notre nation, mais ne confondons pas généralisation et précipitation.

Nous allons accélérer la montée en puissance du SNU, avec l’exigence d’assurer partout sur le territoire la même qualité d’accueil et d’activités des jeunes.”

Qu’apporte le service civique ?

Prisca Thévenot consacre une journée de sa visite sur l’île au tissu associatif et à la rencontre avec des jeunes Réunionnais engagés dans les différents dispositifs mis en place par l’État, un exercice auquel elle s’attelle sur le reste du territoire depuis sa nomination le mois dernier.

Ce que l’on voit en réalité, c’est que le service civique est un temps pour soi au service des autres et qui débouche souvent sur un sens retrouvé dans ce que l’on peut apporter à soi-même pour mieux servir sa nation. 

Il y a un attachement très fort des jeunes à tous les enjeux liés au climat, mais aussi à l’intergénérationnel. Cela se voit dans les missions de service civique qu’ils choisissent.

Beaucoup de jeunes méconnaissent les métiers de ces secteurs et c’est en les découvrant que souvent il y a une passion qui naît. Les jeunes sont en quête de sens, et le service civique peut leur apporter une réponse aux questions qu’ils se posent : ‘à quoi je sers ?’ ‘ce que je fais, est-ce que cela a du sens pour moi et pour les autres ?' »

Comment faire du service civique une voie choisie et pas par défaut ?

Si certains jeunes peuvent choisir par défaut le service civique parce qu’ils se sentent un peu perdus, la grande majorité choisissent volontairement cette voie d’engagement citoyen pour la société. Le Service Civique leur offre la garantie d’une expérience unique et leur permet de gagner en confiance en eux, de prendre des responsabilités. Mais ce que l’on constate, c’est qu’à la sortie du service civique, 90% des jeunes volontaires sont satisfaits voire très satisfaits de leur expérience.

Il faut que le service civique soit davantage mis en avant et mieux expliqué à nos jeunes. C’est le rôle du réseau des Ambassadeurs du Service Civique, composé d’anciens volontaires. Leur rôle est de contribuer à l’information, au rayonnement et à la valorisation du Service Civique, de partager avec d’autres jeunes, en particulier ceux qui seraient les moins intéressés, et d’échanger sur leurs expériences et les bénéfices qu’ils ont pu tirer de leurs missions.

J’ai une conviction : les jeunes, quand ils savent ce que c’est, ils veulent faire un service civique.”

Quelles réponses apporter aux jeunes qui ont participé aux violences urbaines ?

Prisca Thévenot a accepté de revenir sur les récentes émeutes qui ont touché toute La France. Elle dit entendre la colère en toile de fond et assure entreprendre un chantier pour répondre à cette jeunesse souvent victime de difficultés financières.

D’abord, il faut faire attention à ne pas confondre émeutiers et jeunesse. Les émeutiers ne représentent en aucun cas l’intégralité de notre jeunesse.

Les émeutiers qui ont pillé, cassé, brûlé, menacé même certains élus ou représentants de la nation, en réalité, quand on les a écoutés, n’ont pas exprimé de grandes revendications sociales.

Aussi, depuis ma nomination, je vais à la rencontre des jeunes pour les écouter, renouer le dialogue. J’inscrirai mon action dans cette démarche.

En revanche, derrière le bruit extrêmement fort qu’ont pu faire les émeutiers, il y a une colère beaucoup plus sourde, qui elle n’est pas violente, qu’il ne faut pas oublier, et à laquelle il faut apporter des réponses.

Je parle de lutte contre les discriminations, de capacités pour la jeunesse réunionnaise à s’émanciper par le travail mais aussi d’enjeux à trouver sa voie dans la filière professionnelle et académique qui lui correspond. Nous devons pouvoir répondre à l’ensemble de ces enjeux qui sont souvent au cœur même de leurs problématiques. Souvent, c’est des enjeux socio-économiques.

C’est dans ce cadre qu’il y a eu une réforme du système de bourse qui a été mise en place par ma collègue Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Sylvie Retailleau, qui permet une augmentation minimum de 37 euros/mois pour l’ensemble des boursiers.

On ne s’arrête pas là. Pour les boursiers ultramarins, ils bénéficieront de 30 euros supplémentaires par mois. Nous nous adressons à un certain nombre de sujets qui mis bout à bout peuvent commencer à apporter une réponse.”

Hors du système scolaire, que peut-on faire pour les jeunes ?

On a un certain nombre de filières qui ne débouchent sur aucun métier parce que ce ne sont plus des métiers actuels ou rémunérateurs comme ils ont pu l’être. Il y a des métiers d’avenir dont la Nation a besoin et qui sont en plus très rémunérateurs mais dont nous n’avons pas aujourd’hui les bases solides pour des filières académiques. 

C’est ce que font les ministres Gabriel Attal et Carole Grandjean au niveau national. Trouver des réponses aux besoins de débouchés professionnels répondant aux besoins du territoire, c’est l’un des enjeux de la Présidente de région Huguette Bello.” 

Que représente pour vous ce retour dans l’océan Indien ?

C’est toujours avec beaucoup d’émotion que je reviens dans la zone, parce que je suis Franco-Mauricienne. J’ai en ce moment mes deux enfants qui sont en vacances dans la famille sur l’île voisine. Je n’aurai pas le temps de faire un crochet parce que je suis au travail et en plus j’ai leur cartable à préparer samedi après-midi !

Quand on est de l’océan Indien, on en est un peu fière ! Nous partageons beaucoup d’enjeux similaires : émancipation de la jeunesse, lutte contre le dérèglement climatique…

Mes parents sont allés en France par amour de la France et revenir ici en tant que secrétaire d’Etat en charge de la Jeunesse et du SNU, cela fait chaud au cœur.

C’est pour ça que je porterai la voix de l’ensemble des jeunes dans leur diversité, leur pluralité, tout comme le monde associatif, et des engagés dans leur globalité.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cette visite ?

Les déplacements sont toujours riches d’enseignements, je rentre avec plein d’idées. La Réunion est un territoire profondément dynamique et novateur. On l’a vu sur le sujet du numérique avec le Numérisak où il n’y a pas d’opposition entre les manuels traditionnels et la modernité numérique mais bien l’intégration du numérique dans un parcours éducatif global. On l’a vu aussi sur les enjeux de la biodiversité et du développement durable.

Quelle est la relation de la secrétaire d’Etat de la Jeunesse avec les réseaux sociaux ?

“Je gère mes réseaux sociaux, ce qui peut faire des petits ratés. J’assume de gérer moi-même mes réseaux sociaux parce que pour moi c’est un moyen de communiquer directement avec cette jeunesse. Je prends du temps pour répondre personnellement à toutes les conversations en message privé. C’est fait parfois tard la nuit, mais je m’y tiens.”

Thèmes : Prisca Thévenot
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