Pourquoi la Foire agricole de Bras-Panon continue d’aimanter les Réunionnais chaque année

L'heure du bilan. Plus de 130.000 visiteurs, des concerts pleins, du rhum arrangé, des débats sur l’intelligence artificielle et des champions de coupe de canne. À Bras-Panon, la foire agricole continue de raconter une certaine idée de La Réunion, ses traditions agricoles et sa modernité créole.
Il y a donc des événements qui ressemblent à des baromètres sociaux. À Bras-Panon, la Foire agricole fait partie de ceux-là. Assurément. On y prend d'ailleurs le pouls de l’île comme ailleurs on observe les saisons.
Cette année encore, malgré la pluie, les embouteillages liés au volcan pour les publics venus du sud, la hausse des carburants et les manifestations un peu partout sur l’île, la 46e édition a attiré près de 130.000 visiteurs. Rien que ça...
130.000 visiteurs
Une fréquentation qui amplifie ce rapport presque affectif des Réunionnais à cette foire devenue, au fil des décennies, beaucoup plus qu’un rendez-vous agricole. On y vient pour les animaux, les produits péi, les concerts, les odeurs de grillade, les familles qui déambulent dans la boue en savates, les débats politiques improvisés entre deux stands de miel ou de tracteurs.
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Cette année, le contexte n’avait pourtant rien d’idéal.
"Le Sud roulait au ralenti à cause de l’éruption volcanique, les prix du carburant refroidissaient les déplacements et la météo s’est montrée capricieuse pendant plusieurs jours", explique l'organisation. Résultat, une fréquentation en baisse en journée. Mais le soir, comme souvent à La Réunion, la fête a repris ses droits. Les concerts nocturnes ont conservé leur "affluence habituelle".
Sous les chapiteaux, la foire continue aussi sa mutation silencieuse. Le cheptel a été réduit pour raisons sanitaires, même si plus de 300 animaux étaient encore exposés cette année.
Des métiers, une passion
En revanche, la partie agroalimentaire, elle, explose. Elle a tout simplement doublé en deux ans, passant de 10 exposants en 2024 à 26 cette année. Et pour la première fois, des fabricants de rhum et de rhum arrangé ont fait leur entrée dans les allées de la foire.
Le symbole est presque parfait. La foire agricole réunionnaise ne parle plus seulement de canne ou d’élevage. Elle illustre désormais une agriculture qui cherche à se diversifier, à séduire, à transformer ses productions et parfois même à se réinventer.
Cette édition 2026 avait d’ailleurs pour thème "Des métiers, une passion". Une formule un peu institutionnelle derrière laquelle se cache pourtant une réalité bien concrète, celle d’un monde agricole qui tente de survivre entre crise climatique, difficultés économiques et renouvellement des générations.
Pour la première fois, un espace "Rond Kozé" a été installé directement au cœur du champ de foire. On y parlait féminisation du métier, d'installation des jeunes, qualité de vie ou encore intelligence artificielle appliquée à l’agriculture. Oui, même à Bras-Panon, l’IA s’invite désormais entre deux bottes de paille.
Autre moment fort, l’inauguration du laboratoire Vitro-Plants de la coopérative Pro Vanille. Derrière ce nom un peu technique, une vraie bataille agricole réunionnaise : produire jusqu’à 90.000 plants sains par an pour sauver et renforcer la filière vanille locale face aux maladies et au changement climatique.
La foire a aussi été l’occasion de lancer une nouvelle filière autour du fruit à pain, avec remise des premiers plants à plusieurs agriculteurs de la commune. Là encore, l’idée est claire : diversifier l’agriculture réunionnaise et préparer l’après-canne sans renier les cultures identitaires de l’île.
Et puis il y a les concours. Toujours. La coupe de canne reste ici un sport, presque une épopée populaire. Cette année, Alain Payet a été sacré champion avec 400 kilos récoltés en dix minutes. Une performance qui, ailleurs, semblerait folklorique mais qui, à Bras-Panon, relève encore d’une forme de prestige ouvrier.
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Au fond, la Foire agricole continue peut-être surtout de réussir ce que beaucoup d’événements ne savent plus faire : mélanger les mondes. Les agriculteurs, les familles, les élus, les jeunes, les anciens, les artistes, les forains. Une sorte de portrait collectif de La Réunion, entre tradition rurale et créolité contemporaine.
Et l'organisation s'en félicite : "Plus de huit visiteurs sur dix disent vouloir revenir l’an prochain". À Bras-Panon, ça ressemble presque à une déclaration d’amour. Non ?


