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Bras-Panon : la Foire agricole confirme le retour en grâce du cabri péi

Ecrit par P.M. – le samedi 9 mai 2026 à 17H32
Preuve de cet attrait retrouvé, davantage de catégories ont concerné la chèvre péi ce matin au concours de la Foire (photo D.R).

Parmi les rendez-vous historiques de la Foire agricole de Bras-Panon, le concours de cabris reste l’un des plus attendus et suivis. Organisé ce samedi matin, il a une nouvelle fois attiré éleveurs, professionnels et visiteurs, avec davantage de catégories réservées désormais aux cabri péi. Face aux difficultés climatiques et à la hausse des coûts de production, ce dernier retrouve de l’intérêt grâce à sa rusticité et ses capacités d’adaptation.

“C’est un classique de la foire”, résume Eric Soundrom, référent technique de l’ADPECR, l’Association pour la diffusion, la promotion et l’élevage du cabri Boer à La Réunion. Créé il y a vingt-et-un ans, le concours n’a cessé de grandir. “Quand on a commencé en 2005, il y avait sept catégories et une cinquantaine d’animaux. Aujourd’hui, on est à dix-sept catégories et près de 160 animaux présents.”

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Au-delà de la compétition, l’événement constitue surtout une vitrine du savoir-faire des éleveurs réunionnais. “Ça permet aux éleveurs de montrer leur travail au grand public, mais aussi de faire juger leurs animaux par des experts extérieurs, notamment venus d’Afrique du Sud”, explique-t-il.

Chaque année, le concours de cabris rappelle l'engouement des Réunionnais pour la filière. Un concours organisé en présence de juges sud-africains.
Le concours est la vitrine du savoir-faire des éleveurs péi, ici des chèvres de race kalahari.

"La chèvre locale fait la différence"

Cette année, plusieurs catégories étaient spécifiquement réservées au cabri péi, signe du regain d’intérêt pour cette race locale longtemps délaissée face à des races plus productives.

“Il y a aujourd’hui un véritable engouement des éleveurs pour conserver ce patrimoine génétique réunionnais”, souligne Eric Soundrom. Une dynamique portée aussi par les réalités économiques et climatiques.

Avec l’augmentation du prix des aliments pour bétail et les difficultés liées à l’eau ou au fourrage, le cabri péi retrouve des atouts. “C’est un cabri tout-terrain. Il s’adapte à très peu. Il valorise les fourrages disponibles, coûte moins cher à produire et résiste mieux aux maladies.”

Même constat pour Vincent Célerine, éleveur spécialisé dans la chèvre péi rustique. “Quand on voit que l’aliment importé coûte de plus en plus cher et qu’on a des problèmes d’eau, c’est là que la chèvre locale fait la différence.” Ce samedi, il a remporté 8 prix dont celui du bouc adulte, une belle bête de 60 kilos.

Sur son exploitation, il mise exclusivement sur cette race adaptée aux conditions réunionnaises. “Elle supporte mieux la chaleur, boit moins d’eau et peut se nourrir principalement d’herbe et de branchages. Elle correspond vraiment au microclimat de La Réunion.”

“Il y a aujourd’hui un véritable engouement des éleveurs pour conserver ce patrimoine génétique réunionnais”, souligne Eric Soundrom.

"On revient vers des races plus rustiques"

Pendant des années, le cabri péi avait progressivement disparu des élevages au profit de races offrant un meilleur rendement carcasse. “Le Boer donne plus de viande et plus de carcasse”, reconnaît Vincent Célerine. Mais le contexte actuel pousse certains éleveurs à reconsidérer les qualités de la race locale.

“Aujourd’hui, avec l’augmentation des coûts de production, on revient vers des races plus rustiques”, explique-t-il. Une évolution qui pourrait contribuer à préserver ce patrimoine agricole réunionnais.

Le cabri péi conserve également une forte demande, notamment pour les cérémonies religieuses et les sacrifices. “Le consommateur choisit encore principalement le cabri local pour les sacrifices”, rappelle Eric Soundrom.

Le cabri péi est également recherché pour ses qualités gustatives. “C’est une viande avec un goût plus prononcé, que beaucoup recherchent”, souligne Vincent Célerine.

“Quand on voit que l’aliment importé coûte de plus en plus cher et qu’on a des problèmes d’eau, c’est là que la chèvre locale fait la différence”, juge Vincent Célerine, éleveur de chèvres péi, ici avec le bouc péi adulte gagnant (photo D.R).
Les cabris boer ont été importés à La Réunion en raison de leur meilleur "rendement carcasse".

"Le petit parc derrière la cour est moins accepté"

Malgré cet intérêt renouvelé, la filière caprine traverse une période difficile. Le passage du cyclone Garance a lourdement affecté plusieurs exploitations. “Des étables se sont envolées et il y a eu d’importantes difficultés de fourrage pendant plusieurs mois”, rappelle Eric Soundrom.

À cela s’ajoute l’explosion des coûts de l’alimentation animale. “Le prix des concentrés (NDLR : aliment) a augmenté de près de 50 % ces cinq dernières années”, indique-t-il. Une hausse qui pèse directement sur les éleveurs, de surcroît dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat.

En conséquence, le nombre d’éleveurs a diminué. “On comptait environ 1.200 éleveurs en 2010. Aujourd’hui, on est plus proche des 800”, précise le technicien. Les contraintes administratives, l’urbanisation et l’augmentation des coûts de production expliquent en partie cette baisse. “Le petit parc à cabris derrière la cour est aujourd’hui moins accepté par le voisinage”, observe-t-il.

Au-delà des difficultés économiques, les professionnels évoquent aussi “une inquiétude autour de la valorisation de la race et du travail mené ces dernières années”, alors que les consommateurs accordent davantage d’attention à leur budget.

Vincent Célerine a remporté 8 des 9 prix dans la catégorie des chèvres pei.

Les cabris pour lutter contre le risque incendie ?

Face à ces difficultés, les acteurs de la filière appellent à développer davantage l’autonomie locale. Eric Soundrom plaide notamment pour le développement d'une "filière locale de production d’aliments concentrés” afin de réduire la dépendance aux importations et baisser les coûts de production dans les élevages et donc du prix de la viande au final.

Il appelle par ailleurs à libérer davantage de foncier disponible pour installer de jeunes exploitants. “Le cabri valorise l’ensemble des parcelles”, rappelle-t-il, citant notamment les espaces boisés classés ou certaines zones situées en bordure du Parc national.

“On ne peut pas forcément y faire du maraîchage ou de l’élevage bovin, mais on peut y faire de l’élevage de cabris en plein air, tout en participant à la lutte contre les espèces invasives et les feux de forêt.”

Malgré les difficultés, la filière conserve donc des perspectives, portée par un savoir-faire toujours bien ancré à La Réunion. Et à voir l’affluence autour du concours ce samedi matin à Bras-Panon, l’attachement du public au cabri péi est toujours aussi intact.

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