Pour Évelyne Corbière, la nomination de Sébastien Lecornu signe une politique d'économie de guerre

La sénatrice réunionnaise de gauche estime que la nomination rapide de Sébastien Lecornu, un proche d'Emmanuel Macron et ancien ministre des Armées issu des rangs de LR, vient confirmer la poursuite de la politique d'austérité privilégiant les budgets de la Défense et de l'Intérieur.
Le sujet était sur toutes les lèvres mercredi aux abords du Jardin de la liberté à Saint-Denis, dans les rangs des manifestants ayant répondu à l'appel du 10 septembre. Parmi eux, la sénatrice Évelyne Corbière, qui a partagé sa froide analyse de la situation.
« Emmanuel Macron persiste et signe. Là, c'est un message sur le budget qu'il nous envoie », avance la sénatrice du groupe Communiste, républicain, citoyen, écologiste - kanaki (CRCE-K). « Sa nomination sanctuarise la mission Défense dans la feuille de route de Bayrou, c'est cela qu'il faut comprendre. On a vu cette montée en charge du financement de l'économie de guerre. Il est Premier ministre en charge de discuter avec les partis pour fonder son gouvernement, et il reste le ministre des Armées. De la même manière que Bruno Retailleau demeure le ministre démissionnaire qui s'exprime le plus. »
Lire aussi : Nomination de Sébastien Lecornu à Matignon : la classe politique réunionnaise majoritairement scandalisée
Pour Évelyne Corbière, si le président de la République a nommé un proche à la tête du gouvernement, c'est bien pour enfoncer le clou. En appuyant sur les atouts de Sébastien Lecornu : son passé à LR et son profil susceptible de convenir au RN.
« Cela fait vraiment froid dans le dos »
« Tous les camps se préparent à une censure et à une dissolution. On voit bien la volonté d'écarter LFI, je trouve que c'est un mauvais signal. On passe sur l'histoire coupable du RN pour réussir à neutraliser Mélenchon », déplore Évelyne Corbière. « Le RN n'a pas de groupe au Sénat et pourtant les textes sur l'immigration sont votés avec force et sont défendus avec des arguments venant des bancs centriste et de droite. Si Marine Le Pen devient présidente, il y aura forcément des accords au sein des partis pour former un gouvernement. Vous les avez, les ministres : ils ont déjà des portefeuilles. Cela fait vraiment froid dans le dos. »
Avec 413 milliards d'euros de dépenses prévues, la loi de programmation militaire 2024-2030 portée par Sébastien Lecornu pèse considérablement sur les finances de l'État. Si elle considère qu'au regard des tensions géopolitiques mondiales, la France se doit de renforcer sa défense, Évelyne Corbière estime qu'il n'est « pas besoin de le faire au pas de charge ».
La diplomatie avant la guerre
La présidente de l'Union des femmes réunionnaises (UFR) souligne qu'au lieu de privilégier la pression militaire, la France devrait relancer sa politique diplomatique. D'autant que le pays a accumulé de lourds retards matériels sur les pays partenaires ou concurrents, à l'image de ses moyens très limités dans l'océan Indien face à l'Inde ou la Chine.
« Il faudra bien que la France consente à s'appuyer sur les liens que les territoires ultramarins ont avec les pays voisins. Nous avons des liens historiques, culturels, nos langues qui se ressemblent et qui se touchent. Nous avons une organisation, des collectivités territoriales, des élus qui sont en charge de plusieurs sujets et qui pourraient, si besoin, représenter le pays », fait valoir la sénatrice, actuellement rapporteur pour le bassin atlantique pour une mission sénatoriale sur la coopération régionale.
Mais la diplomatie ne ferait pas partie du logiciel du président Macron, pas plus que la démocratie parlementaire : Évelyne Corbière en veut pour preuve le recours en juillet dernier à l'article 44.3 (le petit frère du célèbre article 49.3) par Rachida Dati, pour faire passer de force au Sénat sa loi sur l'audiovisuel public.


