Nomination de Sébastien Lecornu à Matignon : la classe politique réunionnaise majoritairement scandalisée

La décision d’Emmanuel Macron de confier les clés de Matignon à Sébastien Lecornu a provoqué une vague quasi unanime de critiques à La Réunion. Pour de nombreux responsables politiques, ce choix illustre l’entêtement présidentiel et l’incapacité de l’exécutif à tirer les leçons des récents revers politiques.
Jean-Hugues Ratenon (LFI) dénonce le choix du "dernier soldat nommé à Matignon", estimant que la Macronie nomme "un de ses derniers fusibles" tout en appelant à la destitution du chef de l’État. Son collègue Perceval Gaillard (LFI) juge que cette nomination démontre que le président "s’entête à gouverner contre la majorité du pays", plaidant pour une rupture radicale avec le macronisme.
Lire aussi : Sébastien Lecornu nommé Premier ministre par Emmanuel Macron
La gauche dénonce un "immobilisme" politique
Du côté socialiste, la réaction est tout aussi virulente. La fédération réunionnaise du PS qualifie ce choix "d’insulte à la volonté du peuple", dénonçant "un recyclage des mêmes figures" et appelant les forces progressistes à s’unir pour "imposer enfin un changement réel"
La sénatrice Audrey Bélim (PS) fustige quant à elle une "décision irresponsable" qui ignore le rejet populaire des politiques menées depuis 2017 : "Nous voulions la gauche, nous avons eu encore du macronisme", déplore-t-elle.
Le Parti Pour La Réunion (PLR) dénonce lui aussi "une provocation" et un déni démocratique, estimant que cette nomination accentue la fracture entre le pouvoir et la population, alors que les besoins sociaux restent criants sur l’île.
Une défiance élargie au-delà de la gauche
Même hors du champ strictement socialiste ou insoumis, les critiques sont vives également. Vincent Rivière, pour le mouvement Demain Ensemble, parle d’une "décision à contre-courant du bon sens démocratique", augurant d’une aggravation de la défiance institutionnelle. Emmanuel Doulouma (La Réunion Plus Verte) estime de son côté que "changer de Premier ministre ne change rien", affirmant que "la véritable boussole à remplacer, c’est Emmanuel Macron lui-même".
Quelques voix favorables
Dans ce concert de critiques, deux prises de parole marquent une note discordante. Cyrille Melchior (Nouvel R’) salue le parcours de Sébastien Lecornu, rappelant son expérience d’élu local et d’ancien ministre des Outre-mer, tout en formant "le vœu qu’il saura apporter au pays stabilité et apaisement". "Nous faisons le souhait de voir cette nouvelle étape marquer un retour à la cohésion et au dialogue républicain", clame le président du Département.
Sharif Bemat (Renaissance) soutient également ce choix, y voyant "une volonté de stabilité au sommet de l'État", tout en appelant à ce que La Réunion conserve sa place dans les arbitrages budgétaires et politiques à venir.
Lire aussi : Le gouvernement de Sébastien Lecornu a une chance de s'en sortir : explications
Un consensus négatif à La Réunion
Si quelques élus se veulent prudents ou bienveillants, la très grande majorité des responsables politiques réunionnais rejettent la nomination de Sébastien Lecornu. Tous soulignent un risque d’aggravation de la crise démocratique et sociale, certains allant jusqu’à réclamer un changement profond de cap, voire la fin de la présidence d’Emmanuel Macron.
De son côté, la Région Réunion affirme prendre acte de la nomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre, en rappelant que le dossier central reste celui du projet de loi de finances 2026. La collectivité dirigée par Huguette Bello souligne que les orientations budgétaires de François Bayrou, marquées par de fortes restrictions sociales et des coupes sévères pour l’outre-mer, auraient eu des conséquences dramatiques pour l’économie et l’emploi réunionnais. La Région attend donc du nouveau chef du gouvernement qu’il revienne sur ces mesures et engage une véritable concertation avec les élus et les collectivités. Elle estime enfin que seuls les arbitrages budgétaires à venir permettront de juger la portée réelle de cette nomination.


