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Le gouvernement de Sébastien Lecornu a une chance de s'en sortir : explications

Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 10 septembre 2025 à 10H15
(Photo : © Pierre Marchal - Anakao Press)

A écouter l’ensemble de la presse, la nomination hier soir de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau, ultime vaine tentative d’Emmanuel Macron avant d’être contraint à une nouvelle dissolution, voire avant une humiliante démission.

Ce n’est pas mon avis. Je vous explique pourquoi.

Je ne sais pas si vous l’avez noté comme moi, mais je trouve que l’atmosphère a légèrement changé par rapport à celle qui prévalait au moment de la nomination de François Bayrou en décembre 2024.

Certes, en apparence, rien n’a changé.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu sera toujours minoritaire. On retrouvera probablement les mêmes ministres aux postes-clés : Retailleau à l’Intérieur, Darmanin à la Justice, Lombard à l’Économie. Et le gouffre de la dette n’aura pas disparu par un coup de baguette magique.

Non, ce qui a changé, c’est l’accueil qui a été réservé hier soir à l’annonce de sa nomination.

Là aussi, je vous le concède, les choses n’ont guère changé en apparence. LFI et le Rassemblement national sont toujours vent debout, nous y reviendrons, et le PS fait toujours mine de s’opposer. Mais souvent le Diable se cache dans les détails.

LFI, et son Leader Maximo Jean-Luc Mélenchon ne s’en cache pas. Il veut la révolution. Façon Cuba ou Vénézuéla, ses modèles. Et le parti saute comme un cabri sur chaque hoquet de notre Démocratie, dans l’espoir que ce soit le prélude au Grand Soir. En étant déçu à chaque fois. Aujourd’hui, il a tout fait pour jeter de l’huile sur le feu de l’opération « Bloquons tout », pourtant initiée à l’origine par l’extrême droite, dans l’espoir de voir naître un nouveau Mai 68, obligeant Emmanuel Macron à démissionner. Si l’on en juge par ce qui s’est passé -ou plutôt pas passé- ce matin à La Réunion, j’ai bien peur qu’il ne soit à nouveau déçu.

Le cas du RN est totalement différent. Marine Le Pen a été déclarée inéligible par un tribunal correctionnel pour avoir détourné de l’argent et son procès en appel se déroulera à partir du 13 janvier 2026. Si rien ne bouge, il y a de grandes chances que la Cour d’appel ne confirme la peine, tant les faits sont avérés et prouvés. D’où le calcul de la patronne du RN, qui exige non pas une démission du président de la République mais une dissolution de l’Assemblée nationale. Élection qu’elle serait sûre de remporter au vu des sondages actuels, avec même peut-être l’espoir d’obtenir une majorité absolue de députés. Ce serait alors Jordan Bardella qui serait chargé de constituer le gouvernement, qui s’empresserait de nommer un ministre de la Justice à sa botte dont la mission prioritaire serait de faire pression sur les juges pour qu’ils fassent disparaitre la peine d’inéligibilité de leur jugement. Il n’y aurait peut-être même pas besoin de les pousser beaucoup. Il y a de grandes chances pour que la servilité naturelle de certains magistrats, avides de promotions et de colifichets, suffise à les faire s’aplatir sans même qu’on ne le leur demande.

Rien à espérer donc de LFI et du RN. Le cas du PS est totalement différent.

A l’inverse du RN, le PS n’a aucun intérêt à aller affronter les électeurs lors de législatives anticipées. En se fiant aux mêmes sondages, le parti à la rose en sortirait laminé, voire même réduit à l’état de parti croupion, un peu à l’image du PCF. Mais difficile d’un autre côté de se rallier ouvertement et officiellement à un gouvernement de Droite et du Centre mené par Sébastien Lecornu. Ses « alliés » de LFI le lui feraient payer chèrement lors des municipales qui ne sont que dans six mois et le résultat serait identique. Il perdrait la quasi-totalité des villes qu’il contrôle actuellement.

Mais rien ne l’y oblige. Il existe une voie médiane, certes étroite, mais qui a déjà fait ses preuves. En cas de dépôt d’une motion de censure par LFI, il suffirait que le PS s’abstienne, comme il l’a déjà fait après le discours de politique générale de François Bayrou, pour que cette dernière soit rejetée.

Mais pour sauver le soldat Lecornu, encore faudrait-il que le PS obtienne quelques gages suffisamment spectaculaires pour qu’il puisse en sortir la tête haute.

Plusieurs pas, ou annonces d’ouvertures ont déjà été faites par François Bayrou, qui laissent présager que c’est du domaine du possible. D’autant que Sébastien Lecornu est connu pour être un habile négociateur.

Un geste pourrait être fait dans le domaine des retraites, avec un effort particulier fait sur la pénibilité de certains métiers, qui pourrait entrainer une réduction du nombre d’années de cotisations. Et donc un départ, pour ces catégories, à 62 ans.

François Bayrou avait déjà fait une avancée significative sur le vote à la proportionnelle, ce qui est à mon humble avis une énorme erreur, mais c’est une autre histoire.

Mais c’est dans le domaine de la taxation des plus riches, mesure emblématique au possible pour les Socialistes, que le principal geste pourrait être accompli. Déjà, dans son discours d’adieu, François Bayrou avait entrouvert la porte et envisagé une taxation des patrimoines les plus importants. Sébastien Lecornu pourrait aller encore plus loin et sans aller jusqu’à mettre en place la fameuse taxe Zucman de 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, il pourrait faire un geste significatif en ce sens. Et même s’il la mettait intégralement en place, ça n’aurait rien de choquant. Le patrimoine des plus riches augmente en moyenne de 6% tous les ans. Leur enlever 2% leur laisserait malgré tout une augmentation annuelle de 4%. Plus que le Livret A !

On le voit, Sébastien Lecornu a une petite chance de sauver sa tête. Et le fait qu’il ait décidé de négocier avec les principaux partis politiques, et en particulier le PS, avant d’annoncer la composition de son gouvernement, est déjà une bonne nouvelle.

Etiquettes : Sébastien Lecornu

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