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PLU : la mairie de Saint-André doit revoir sa copie

Ecrit par P.M. – le lundi 20 octobre 2025 à 14H26

Après la Cirest, la CDPENAF a rendu à son tour un avis défavorable sur le projet de révision du Plan local d’urbanisme (PLU) de Saint-André. ce qui oblige la ville à revoir sa copie. Malgré ces signaux négatifs, la municipalité maintient son objectif : valider son PLU avant la fin de la mandature. Des discussions sont en cours avec les services de l’État.

Si l’avis négatif rendu par la Cirest reste consultatif, celui de la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), daté du 24 septembre, a une portée réglementaire d’une tout autre importance.

La règle est claire : à La Réunion, dès qu’un PLU prévoit de déclasser des terres agricoles ou de réduire des surfaces naturelles, agricoles ou forestières, il doit obtenir un avis favorable de la CDPENAF. Dans le cas contraire, la mairie doit modifier son projet avant de le représenter à la commission.

“Mieux justifier les besoins”

Dans son avis, la commission estime que le projet « ne permet pas de garantir un développement urbain maîtrisé, économe en foncier et protecteur des espaces naturels, agricoles et forestiers ».

Elle pointe plusieurs faiblesses majeures : le PLU « ouvre à l’urbanisation de nouveaux secteurs situés dans des périmètres de réciprocité d’élevage », notamment au chemin Patelin et à la Cocoteraie, ce qui contrevient au Code rural. Ces zones doivent donc être « retirées du projet de PLU ».

Lire aussi : La Cirest retoque le PLU de Saint-André

La CDPENAF relève aussi une perte de 38,5 hectares de terres agricoles, soit 1,48 % de la surface agricole communale, et souligne que le foncier de Saint-André est « de forte valeur agronomique ». Elle demande que les besoins de développement soient mieux justifiés et que les 125 hectares censés être reclassés en zones agricoles ou naturelles soient corrigés, car ils incluent des surfaces déjà artificialisées (routes et parcelles bâties).

À la mairie, on évoque des « choix forts faits en matière agricole, avec le reclassement de 47 hectares » et on assure que « des compléments d’informations vont être apportés pour lever certaines réserves, parfois il s’agit de recommandations et de suggestions ». Certaines données ayant servi de base à l’avis de la commission seraient d’ailleurs inexactes, comme « la présence d’un abattoir sur des images satellites alors qu’il a fermé depuis 2019 ».

Densités et prescriptions en question

Autre grief : la faible densité prévue dans les zones à urbaniser, évaluée à 33 logements par hectare contre 50 attendus. La commission réclame une étude de densification plus solide.

Sur le plan réglementaire, la CDPENAF invite la commune à réviser certaines prescriptions, notamment la règle imposant « 30 % de bardage bois sur les façades principales des bâtiments d’élevage », jugée inadaptée aux pratiques agricoles. Elle préconise enfin de réécrire le zonage des espaces naturels, en créant une sous-zone littorale (NERL) conforme au Code de l’urbanisme.

En conclusion, la commission « appelle la commune à réécrire techniquement son PLU ».

Si la mairie adoptait néanmoins un PLU sans ces corrections, le préfet pourrait déférer l’acte au tribunal administratif pour illégalité.
Ce scénario ne semble toutefois pas envisagé : la ville espère pouvoir présenter une version modifiée dès la prochaine réunion de la commission, qui se tient chaque mois.

Le chantier du lycée du tourisme doit bien démarrer à la rentrée du BTP, assure la ville.

Une MRAe tout aussi critique

L’avis de la CDPENAF s’ajoute à celui de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe), rendu le 9 septembre dernier. Là encore, il est négatif. Celle-ci reproche à la commune de n’avoir pas intégré ses recommandations d’avril sur la mobilité, la santé publique, la gestion de l’eau et le changement climatique.

« Le rapport de présentation ne comprend pas l’évaluation des incidences sur l’environnement, ni les mesures éviter, réduire, compenser », note la MRAe, qui déplore également « l’absence d’analyse de cohérence avec le Plan climat air énergie territorial ».

L’autorité estime aussi que Saint-André a déjà atteint 47,5 % de son objectif de réduction de l’artificialisation en seulement trois ans, compromettant la trajectoire du zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050. Elle souligne enfin que le PLU « ne démontre pas l’adéquation entre besoins et ressources en eau » et que les périmètres de captage n’y figurent toujours pas.

Des réserves aussi de la Région

La Région Réunion a, elle aussi, émis des observations sur la compatibilité du PLU avec le Schéma d’aménagement régional (SAR).
Si elle reconnaît certaines améliorations, la commission permanente a noté plusieurs « points d’incompatibilité » et a demandé à la commune de « lever les réserves » et de justifier les extensions hors cadre du SAR 2011.

Le PLU de Saint-André prévoit la création de sept pôles de développement.

Une course contre la montre

Engagée en juin 2022, la révision du PLU de Saint-André a été arrêtée une première fois en décembre 2024, puis révisée à la suite des observations de l’État. Le nouveau projet, arrêté en juillet 2025, a été transmis aux personnes publiques associées. Les avis reçus obligent désormais la municipalité à reprendre une partie du travail.

Selon nos informations, l’avis officiel de la DEAL, représentant l’État, n’a pas encore été formalisé. Un travail conjoint est en cours entre les services de l’État et ceux de la mairie pour corriger les réserves et points bloquants. Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite, période de réserve oblige.

Contactée, la municipalité affirme que « le travail est en cours, nous avançons sereinement avec les différents partenaires pour que ce projet puisse aboutir dans toutes ses composantes. Nous n’avons pas d’inquiétude et restons confiants ».

Selon nos informations, les discussions seraient remontées jusqu'au sommet de l'Etat...

Le temps presse toutefois : aucune enquête publique ne peut être lancée dans les six semaines précédant le premier tour des municipales.

Un calendrier très serré

Dans l’opposition et parmi les candidats déjà déclarés aux municipales, on se montre plus sceptique sur la capacité de la majorité à faire adopter le projet dans les temps.

Pour rappel, la révision du PLU prévoit la création de sept pôles de développement :

  • industriel à Bois-Rouge,
  • touristique et universitaire au Colosse,
  • touristique et patrimonial à Valliamé,
  • artisanal à Ravine Creuse,
  • commercial à Lefaguyès et au centre-ville,
  • et agroalimentaire à Ravine Creuse.

Sur le plan de l’habitat, environ 200 logements (collectifs et individuels) doivent être réalisés pour accompagner une croissance démographique modérée et les besoins en équipements. En matière agricole, la commune affiche un objectif de « reconquête et de préservation des terres ».

La course contre la montre est désormais bel et bien engagée pour la majorité.

Etiquettes : Saint-André

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