[Pierrot Dupuy] Pour une fois qu’une ministre a une bonne idée, elle se fait remettre à sa place !

Je pensais avoir compris que le Grand débat initié par Emmanuel Macron avait pour vocation de permettre à tous les Français de s’exprimer, de faire des propositions. Propositions qui allaient ensuite être examinées, analysées par des experts du gouvernement pour déterminer leur faisabilité, et aboutir à des décisions concrètes.
En fait, faut croire qu’il n’en est rien.
Une des revendications des Gilets jaunes, pas la première je le concède, mais une qui revient néanmoins régulièrement, consistait à proposer l’instauration d’un impôt sur le revenu universel.
C’est à dire d’un impôt que paieraient même ceux qui aujourd’hui en sont exclus parce que leurs revenus sont trop faibles, avec en contrepartie l’ajout d’une tranche supplémentaire pour les plus fortunés. Quitte à ce que ce prélèvement soit symbolique. Un euro par exemple, pour les plus démunis.
J’avoue que c’est une revendication qui me plaisait bien. Il faut en effet savoir qu’aujourd’hui, sur les 38 millions de foyers fiscaux, seuls 43% payent l’impôt sur le revenu. Et 21% à La Réunion.
Autre chiffre édifiant : en France, 10% des foyers paient 70% des sommes collectées. Ce qui finit par donner le sentiment à la classe moyenne d’être pressurée, d’être la vache à lait du gouvernement.
Parce qu’on assiste en effet à une situation totalement absurde : quand on a très peu de revenus, on ne paie pas d’impôts. Et quand on en a beaucoup, on en paie très peu aussi, voire pas du tout, car on se sert des niches fiscales. Ou alors on a les moyens de se payer des avocats fiscalistes pour organiser votre évasion fiscale…
Résultat : ce sont toujours les mêmes qui payent !
Parce qu’elle avait entendu cette revendication des Gilets jaunes, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, avait déclaré que la piste d’un impôt sur le revenu payé par tous les Français était à l’étude par le gouvernement.
L’encre du journal n’était pas encore sèche que tombait un communiqué de Matignon pour la désavouer et affirmer qu’il n’en était rien. Circulez, il n’y a rien à voir…
D’autant plus surprenant que l’on apprend par la suite que les services du Premier ministre avaient lu l’interview avant sa publication et avaient donné leur accord.
Pourtant, l’un des principaux arguments avancés par Bercy a disparu. Les différents ministres affirmaient, ce qui était vrai, que collecter des impôts inférieurs à 60€ coûtait plus cher que ce que ça rapportait. Dont acte. Mais depuis l’instauration du prélèvement à la source, ce n’est plus le cas !
Un dernier exemple de l’injustice de l’impôt en France : les entreprises du CAC40, qui réalisent des milliards de bénéfices et qui ne créent pratiquement pas d’emplois, voire même qui en suppriment, payent 8% d’impôts sur les sociétés. Tandis que les PME en paient 30% ! Faudra qu’on m’explique !
On a malheureusement eu la preuve ce week-end que nos élus, nos ministres, ont peur de toucher à la fiscalité. Et ça, c’est désespérant…
Par ailleurs, après cette remise à sa place de la ministre, on est légitimement en droit de s’interroger sur les suites qu’Emmanuel Macron va donner aux propositions qui vont émerger du Grand débat…


