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Pharmacies en grève : un “cri d’alerte” pour la santé de proximité

Ecrit par Philippe Madubost – le jeudi 10 juillet 2025 à 06H04
(Photo d'illustration)

Face à la réduction annoncée des remises sur les médicaments génériques, les pharmaciens tirent la sonnette d’alarme et se mobilisent. La mesure mettra à mal selon eux  l’équilibre économique des officines et, in fine, l’offre et la qualité des soins. En réponse, elles ont entamé une grève des gardes et des injections de vaccin. Si rien n'est fait, entre 30 et 50 officines pourraient fermer dans les deux à trois ans, alerte la profession. 

« Ce n’est pas une grève de confort, mais un appel à la responsabilité. Nous sommes prêts à contribuer à l’effort collectif mais pas à en être la seule variable d’ajustement », cadre d’emblée Sandy Araye, pharmacien dans l’Ouest et président du réseau Oté Pharma, qui regroupe 29 officines.

Comme la majorité des pharmacies de l’île, il a entamé une grève des gardes et des injections de vaccins. Pour le professionnel, l’heure est grave et à la mobilisation.

La profession est vent debout contre une réforme qui va « plafonner brutalement » les remises sur les médicaments génériques. Elle devait être appliquée au 1er juillet, un moratoire a repoussé son entrée en vigueur au 1er août. Inquiets pour l’avenir de leur profession et, au-delà, pour l’accès aux soins dans l’île, les pharmaciens montent au créneau.

"Une fermeture tous les deux jours"

Les professionnels de santé voient dans la réforme un effet domino redoutable. « Cette mesure menace l’équilibre économique de nos pharmacies, qui ne sont ni des industries, ni des géants de la distribution, mais des acteurs de première ligne au service de la santé publique », écrit le président d’Oté pharma dans un courrier destiné aux élus de La Réunion, aux médias et aux associations de patients.

Le contexte économique est déjà décrit comme difficile pour bon nombre d’officines. Le professionnel chiffre à deux par jour les fermetures de pharmacies en France. « Les fermetures sont déjà en marche. En métropole, une pharmacie ferme tous les deux jours. Plus d’une centaine depuis le début de l’année. À La Réunion, deux ont déjà baissé le rideau en trois ans », alerte le pharmacien.

Selon les perspectives de la profession, la réforme mettrait en péril entre 3.000 et 5.000 officines en France d’ici deux à trois ans, entre 30 et 50 à La Réunion.

"Ce n'est pas une grève de confort mais un appel à la responsabilité", cadre Sandy Araye.

Une concurrence "bénéfique"

Le « coup de rabot » sur les remises – et donc sur les marges des pharmacies – ferait peser à terme, selon les professionnels, des suppressions d’emplois, des fermetures pures et simples d’officines, et, avec elles, une « dégradation » de l’offre de soins. Ils mettent en avant le maillage actuel du territoire, assuré par plus de 240 pharmacies réparties sur toute l’île.

Une concurrence « bénéfique pour le patient » : « Le marché du bébé est par exemple détenu en majorité par les pharmacies et non par la grande distribution, de par des marges basses, notre proximité et notre rôle social », illustre Sandy Araye.

Le risque est aussi d’augmenter les ruptures de médicaments « de première nécessité qui n’ont plus assez de rentabilité aux yeux des industriels ». « Le fond du problème, c’est qu’on va accentuer les pénuries. Quand on baisse les prix d’achat, les laboratoires choisissent de vendre ailleurs, là où c’est plus rentable », intervient dans le même sens Loïc Lomet, pharmacien dans l’Est et vice-président de l’USPO. Conséquence : des pénuries qui risquent de s’aggraver alors que « déjà aujourd’hui, on ne peut pas toujours fournir aux patients leur traitement correctement parce qu’en rupture, on vit ce que l’hôpital a vécu ».

"Nous créons des économies, pas des déficits"

À La Réunion comme en métropole, la profession est unie. Une intersyndicale FSPF-USPO mène le combat. Le message est clair : la réforme va déstabiliser tout l’écosystème pharmaceutique, de la formation des préparateurs jusqu’à l’emploi indirect (logistique, stockage, livraisons). Rien qu’à La Réunion, les pharmacies, ce sont 2.500 emplois directs et plus de 3500 indirects.

Pour Sandy Araye, les pharmacies “ne sont pas le problème mais la solution, elles ont toujours participé au remboursement du trou de la CGSS que nous n’avons pas créé, comme lors du Covid, nous avons toujours répondu présents, et pourtant on nous fragilise à nouveau ».

Les pharmacies feraient plutôt faire des économies au système : « Aujourd’hui, l’injection d’un vaccin en pharmacie coûte 8 euros à la Sécu. Chez un médecin, c’est 32 euros la consultation. Nous faisons faire des économies, pas des déficits »,argumente-t-il.

« On ne veut pas emmerder les patients, on se bat pour eux », lâche Loïc Lomet.

Une pétition et des yeux tournés vers le CIOM

En parallèle à des négociations en cours avec l’État, les pharmacies ont entamé une grève plus symbolique que pénalisante pour les patients, « car nous avons un devoir moral de santé publique. Mais nous ne pouvons pas rester sans réaction ».

« On ne veut pas emmerder les patients », lâche Loïc Lomet. « On se bat pour eux, justement. Notre objectif, c’est de maintenir un service de proximité, avec un haut niveau de qualité. Et pour ça, il faut un minimum de visibilité économique ».

Les pharmaciens en appellent désormais aux élus, aux associations de patients et aux médias pour relayer leur message.

Une pétition a été lancée en ligne

Une première annonce est espérée par les pharmaciens dans le cadre du CIOM.

Etiquettes : Santé | Social

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