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Père violent ou fille manipulatrice : Le dilemme du tribunal entre violence réelle et fausses allégations

Un père de famille était jugé hier pour des violences sur ses filles sur plusieurs années. Faute d'élément matériel puisque les faits remontent à longtemps, les magistrats ont dû détricoter chaque témoignage pour tirer le vrai du faux. Finalement, il a été condamné à une peine "pédagogique" afin de changer ses méthodes éducatives.

Ecrit par Gaëtan Dumuids – le jeudi 18 avril 2024 à 10H36

En février dernier, Lydia*, une adolescente de 16 ans, est hospitalisée au service pédo-psychiatrique du CHU de Saint-Pierre pour des idées suicidaires. Elle va alors déclarer au médecin qu’elle est victime de la violence de son père au point qu’elle rêve fréquemment qu’il la tue.

Lydia évoque deux épisodes particuliers : une fois où son père a jeté un couteau dans sa direction quand il a appris qu’elle avait un téléphone secret et une autre fois quand il l’a frappée à coups de ceinture jusqu’à l’évanouissement en apprenant qu’elle avait manqué un cours au collège. Elle parle également des violences sur sa petite sœur, Betty*, frappée à coups de fil de téléphone pour ne pas réussir à faire ses tables de multiplication et d’une fois où il lui a jeté un balai à vitre dessus.

Auditionnés à ce sujet, les membres de la famille vont d’abord tous nier ces accusations. Mais au fil des questions, Betty finit par confirmer les accusations de sa sœur, notamment sur le jet de couteau et les coups avec le fil du téléphone. Néanmoins, les faits remontant parfois à plusieurs années, il n’y a aucune preuve matérielle de ces accusations.

Le père nie tout

Face aux enquêteurs comme face aux magistrats, Eric* nie totalement les faits. S’il reconnaît pouvoir se mettre en colère facilement, il affirme être « quelqu’un de réfléchi » qui se calme rapidement. Surtout, il assure n’avoir jamais levé la main sur ses enfants. Pour le jet de couteau, il allègue que l’ustensile est juste tombé de la table.

Pour Eric, les accusations de sa fille n’ont qu’un objectif : être placée en famille d’accueil. Selon lui, c’est la cousine de sa fille, également placée, qui lui a fait croire qu’elle se retrouverait dans une maison avec piscine où elle pourrait avoir sa propre chambre.

« J’ai une difficulté : c’est l’omerta. Personne ne veut parler. Finalement, au travers des témoignages, je constate une banalisation de la violence. On minimise la gravité et on l’accepte ‘parce qu’on nous aime’. C’est terrifiant », souligne Me Florence Boyer qui représente les deux filles. La robe noire indique que Betty est triste de ne plus voir sa sœur et son père. Elle laisse le soin aux juges d’estimer s’il y a nécessité ou non d’une interdiction de contact.

Plus de questions que de réponses

Pour le procureur Olivier Clémençon, il convient « de chercher les éléments objectifs » dans ce dossier. Selon lui, le fait que Betty finisse par donner la même version que sa sœur hospitalisée depuis 15 jours tend à confirmer les accusations. « L’audience ne nous a pas beaucoup éclairés, notamment sur sa prise de conscience », explique-t-il avant de requérir une peine de 6 mois de prison avec sursis, laissant à l’appréciation des juges les contours de la peine.

Pour Me Ben Ali Ahmed, « les faits ne sont pas caractérisés, sinon tout le monde aurait la même version. La réponse, on ne l’a pas ». Il va même s’appuyer sur des échanges de messages entre Lydia et sa cousine où elles parlent d’aller en famille d’accueil « où il y a le confort matériel. Les éléments d’aujourd’hui permettent de douter des déclarations de Lydia. »

Finalement, le tribunal estime qu’il y a suffisamment d’éléments concordants et le condamne à une peine de quatre mois de prison avec sursis simple. « C’est une peine d’avertissement, vous devez changer vos méthodes éducatives », met en garde la présidente du tribunal.

*Prénoms d’emprunt

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