Peines clémentes pour le couple trafiquant de cocaïne à Sainte-Suzanne

Jugé pour avoir écoulé près de 4 kilos de cocaïne en 18 mois à Sainte-Suzanne, un couple de trentenaires a obtenu la clémence du tribunal en collaborant à l’enquête et en affichant des regrets convaincants.
« J’ai tout perdu, à commencer par ma femme et mes enfants. » L’air accablé à la barre, Yann, 30 ans, affiche des regrets aux accents de sincérité. Jugé mercredi 26 août pour s’être livré à un trafic de cocaïne sur la commune de Sainte-Suzanne entre novembre 2024 et juin dernier, l’homme revient sur ses déconvenues en tant qu’entrepreneur, qui l’ont, dit-il, poussé vers la vente de stupéfiants.
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« J’avais une société de pompes funèbres, et puis j’ai eu un accident avec le véhicule. Les dettes se sont accumulées, j’avais les huissiers à la maison », explique-t-il. En parallèle, il tente de monter une société de sécurité privée, mais aussi de reprendre la gérance d’un barber shop de Bagatelle.
Livraisons au barber shop ou à la médiathèque
Mais il « tombe dans l’engrenage » des revenus faciles et réguliers procurés par la cocaïne. « Un système bien rodé, avec des commandes via Snapchat et des livraisons, soit au barber shop, soit près de la médiathèque », rappelle la procureure, alors que les gendarmes ont pu filmer des transactions en flagrant délit et remonter des mouvements financiers correspondant au prix des doses, sur son compte bancaire mais aussi celui du salon de coiffure.
Au fil des mois, Yann va entraîner sa compagne dans la combine, celle-ci stockant la marchandise sous le toit qu’elle occupe avec ses trois enfants et participant à la confection des pochons. Les affaires sont si florissantes qu’il va devoir « embaucher » deux autres revendeurs en 2025.
Un chiffre d'affaires évalué à 600 000 euros
Jusqu’à cette lettre anonyme adressée aux gendarmes en juin dernier, point de départ de l’enquête. Interpellé après quelques semaines de surveillance, Yann reconnait immédiatement les faits, confirmant avoir écoulé près de 4 kilos de cocaïne sur la période pour un chiffre d’affaires autour de 620 000 euros. « En bénéfice, on est à 70 000 euros, soit 3 à 4 000 euros par mois », tempère l’avocate de la défense.
« J’ai fait des choses mauvaises, je demande pardon à la justice, à ma famille. Je vais changer et travailler pour subvenir aux besoins des enfants », regrette encore le prévenu, qui a déjà passé deux mois en détention provisoire. A ses côtés, sa compagne serre les dents. « Je n’étais pas d’accord, mais il insistait. Le mal est fait », soupire-t-elle, alors que ses enfants ont été placés à la suite de cette affaire.
« Elle s’est retrouvée là-dedans contre son gré. Elle n’a jamais été en contact avec les fournisseurs ou n’a manipulé d’argent. Et n’a eu aucune retombée financière de ce trafic », souligne son avocate, Me Julie Boyer.
"Spirale du déclassement social"
S'appuyant sur « l’ampleur du trafic, les bénéfices considérables et sa durée dans le temps », la procureure réclame des peines mixtes se voulant dissuasives : cinq ans de prison dont un avec sursis probatoire et 50 000 euros d’amende pour lui, 18 mois de prison dont huit avec sursis pour elle.
« Il n’avait pas prévu de se lancer dans cette activité illégale et a tout reconnu avec sincérité. Il est tombé dans un engrenage pour rembourser ses dettes, et n’a jamais eu un train de vie ostentatoire », plaide Me Devaguy Mardaye pour le Sainte-Suzannois, appelant les juges à la clémence. « Une peine telle que celle requise viendrait l’endetter un peu plus, compliquer sa réinsertion et prolonger la spirale du déclassement social », prévient-elle.
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Après en avoir délibéré, le tribunal va revoir considérablement à la baisse les réquisitions du parquet, tenant compte « de la collaboration à l’enquête et des regrets exprimés » : Yann s’en tire avec 30 mois de prison dont 18 avec sursis probatoire et une amende de 5 000 euros, dont 3 000 avec sursis. Sa compagne est quant à elle sanctionnée de 18 mois de prison avec sursis.


