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"Parfois on gagne moins que les personnes qu’on accompagne" : pourquoi les travailleurs sociaux de La Réunion réclament justice

Ecrit par Leny Tible – le jeudi 29 janvier 2026 à 19H57
Des dizaines de personnes ont pris position devant la préfecture. Crédit photo : LHT

À Saint-Denis, ce jeudi 29 janvier, les travailleurs sociaux ont cessé le travail pour réclamer une reconnaissance salariale et statutaire jugée indispensable. Exclus du Ségur de la santé et de la prime de 183 euros, ils dénoncent une inégalité persistante et un mépris institutionnel qui fragilise tout le modèle social.

Ils ont stoppé leurs missions pour occuper l’espace public. Ce jeudi 29 janvier, devant la préfecture de Saint-Denis, des dizaines de travailleurs sociaux ont laissé leurs bureaux et leurs files d’attente vides pour faire entendre une colère longtemps contenue. Parmi eux, éducateurs spécialisés assistants sociaux et conseillers en économie sociale et familiale. Tous dénoncent l’oubli dont ils se disent "victimes" dans les ajustements salariaux qui ont suivi le Ségur de la santé. Plusieurs manifestants n’ont d'ailleurs pas hésité à sortir une phrase qui circulait sur les réseaux et dans les médias toute la journée : "Parfois on gagne moins que les personnes qu’on accompagne."

L’injustice ressentie est palpable. Ces professionnels pointent du doigt l’exclusion de la prime de 183 euros nets attribuée à de nombreux agents du secteur sanitaire et social. En première ligne face à la précarité et aux situations familiales délicates, ils ne "comprennent pas que leur travail ne soit pas valorisé à hauteur de leur engagement". "Nous sommes en première ligne depuis des années et pourtant nous sommes traités comme des agents de seconde zone", affirme Ludovic Tibère représentant syndical Force ouvrière des organismes sociaux à La Réunion.

"Traitement inférieur"

La question dépasse le simple niveau de la rémunération. Les travailleurs sociaux réclament aussi "une reconnaissance effective de leurs diplômes et de leurs qualifications". À leurs yeux la grille de classification actuelle ne reflète pas le niveau d’étude et de responsabilité exigé dans leurs missions quotidiennes. "Nos diplômes sont reconnus partout sauf là où nous exerçons au quotidien", ajoute une autre syndicaliste. Ce manque de reconnaissance alimente donc "une frustration profonde" qui va bien au-delà d’une simple prime. "Un écart de 500 euros nets mensuels en moyenne, pouvant atteindre 1.000 euros en fin de carrière, par rapport aux collègues des autres secteurs". Autrement dit, à diplôme égal, à compétences égales et à missions comparables, "le seul fait d'être salarié de la Sécurité sociale justifie un traitement inférieur".

Lire aussi : Ce jeudi, les travailleurs sociaux se mobilisent pour les 183 euros nets du Ségur social et la reconnaissance des diplômes

Le rejet par les chambres parlementaires début janvier d’une proposition de loi visant à revaloriser l’ensemble des métiers du social a servi de catalyseur à cette mobilisation. À La Réunion, comme partout en France, des syndicats et collectifs appellent à ne plus accepter des situations salariales qu’ils jugent "indignes". Mais la Réunion possède ses particularités. Les possibles insuffisances des ressources locales et la fragilité sociale endémique rendent d’autant plus criantes les conséquences du mal-être professionnel. "Pour ces travailleurs le système social ne peut tenir que si ceux qui le font vivre sont justement considérés, alerte Ludovic Tibère. Quand on méprise le social c’est toute la société réunionnaise qui se fissure."

Etiquettes : FO | Grève | La Réunion | Social

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