Octroi de mer : qui sont les gagnants et les perdants des nouveaux taux votés par la Région ?

Le 18 décembre dernier, la Région a modifié les taux d'octroi de mer appliqués sur 150 codes douaniers. Derrière ces codes se trouvent des produits de consommation courante, des types de véhicules, de l'électroménager, de l'alcool ou encore du tabac. Les consommateurs sortent-ils gagnants ou perdants de ce changement ? Cette révision sera applicable à partir du 1ᵉʳ mars prochain.
À la suite de la commission permanente du 18 décembre, un communiqué a annoncé que la Région avait revu certains taux d'octroi de mer sur plus de 150 codes douaniers. Objectif ? Cette révision, qui touche une large gamme de produits, vise à répondre à plusieurs enjeux : améliorer l’accessibilité des produits de première nécessité, encourager la transition écologique et réaffirmer une taxation dissuasive sur les produits nocifs pour la santé publique.
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De nombreux produits du quotidien verront leur taxation significativement réduite. Certains taux passeront de 6,5 % à 0 %, notamment pour des produits essentiels tels que le beurre, les fromages râpés, les tomates pelées ou encore les petits pots pour bébés. D’autres produits, comme les pâtes à tartiner, la semoule ou les sauces tomates préparées, bénéficieront d’une baisse des taux, passant de 13 % ou 18 % à 6,5 %. Une démarche qui s'inscrit dans une volonté de la collectivité de rendre ces produits plus accessibles à toutes les familles réunionnaises. Mais reste à voir comment les importateurs et la grande distribution répercuteront ou non cette baisse de taux.
Baisse sur l'électroménager vert
En parallèle, des ajustements visent à soutenir la production locale, avec une hausse des taux sur certains produits importés afin de protéger les industries réunionnaises, comme le sucre ou d’autres « produits orphelins ». Par exemple, certains articles actuellement à 0 % retrouveront des taux de 6,5 % ou 5 %, conformément aux niveaux en « vigueur avant décembre 2020 », indique-t-on à la Région.
Un autre effort est fait pour accompagner la transition écologique. Les équipements domestiques à haute performance énergétique, comme les machines à laver de classe A+ ou les réfrigérateurs de classe A++, bénéficieront d’un taux réduit à 5 % (contre 13 % auparavant). En revanche, les produits énergivores, tels que les réfrigérateurs ou machines à laver de classe D à G, resteront soumis à des taux élevés, parfois maintenus à 18 %. Sur ce point, cette mesure risque de pénaliser les ménages les plus modestes. « Certains ménages n'ont pas les moyens de s'offrir des produits classés A++. Des produits qui sont haut de gamme, même si le prix baissera théoriquement avec un taux plus bas », confie un gérant de magasin d'électroménager, sous le sceau de l'anonymat.
Les voitures électriques désormais taxées en fonction de leur puissance
Mais la mesure qui suscite le plus de débat reste la nouvelle taxation des véhicules électriques et hybrides. Pour les voitures électriques, jusque-là épargnées avec un taux de 0 %, de nouveaux taux seront imposés à partir de mars, en fonction de la puissance des véhicules. « Un non-sens », pour Philippe Alexandre-Rebboah, président du SICR et directeur général de LEAL Réunion, alors que les ventes de voitures électriques dévissent de plus de 20 % en 2024. « On contribue à notre niveau, on fait des efforts, et on nous tape dessus. Cela n'émeut pas les politiques de voir l'industrie partir à vau-l'eau ? Combien de temps cela va durer comme ça ? », s'interroge-t-il.
La raison de ce courroux ? Les taxations différenciées selon la puissance des véhicules électriques et hybrides. Un non-sens écologique pour le patron du SICR alors que ces véhicules sont propres, quelle que soit leur puissance. En dessous de 150 chevaux, la taxation reste à 0 %. Par contre, elle passe désormais à 8 % pour les véhicules entre 150 et 250 ch, à 14,5 % entre 250 et 400 ch et à 24,5 % au-delà de 400 ch. À titre d'exemple, une Zoé fait 88 ch ou 136 ch (en fonction de la finition), mais d'autres modèles plus courants comme la 208 ou la Nissan Leaf dépassent largement les 150 ch. Ce qui signifie qu'ils seront davantage taxés. Pas de quoi donner envie aux ménages de changer de véhicule pour un modèle électrique déjà beaucoup plus cher à La Réunion. Cette taxation supplémentaire arrive par ailleurs en même temps que la fin d'un bonus écologique avantageux. À noter que les motos électriques n'échappent pas à cette règle : entre 15 et 30 ch, le taux passe de 6,5 % à 8 %, et à 18 % pour les modèles de plus de 30 ch.
Du côté des modèles hybrides, c'est aussi la soupe à la grimace. En fonction de la cylindrée (et non des chevaux), l'octroi de mer passe de 6,5 % à 14,5 %. Seuls les modèles les plus puissants voient leur taxation légèrement baisser, de 36,5 % à 34,5 %.
Tabac, cigarettes électroniques et alcool en très forte hausse
Faut-il y voir une mesure pour réduire le nombre de voitures sur les routes ? En parallèle, la Région a décidé de faire baisser le taux d'octroi de mer sur les trottinettes électriques et surtout sur les vélos (désormais à 0 %). De quoi encourager la mobilité douce ? On l'espère mais encore faudrait-il que l'offre de bus (nombre de lignes et rotations) dans les différentes intercommunalités soit au rendez-vous, ou tout du moins ne soit pas en diminution pour des raisons économiques. Mais ceci est un autre sujet…
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Dernière grosse augmentation : l'octroi de mer s'harmonise à la hausse sur les alcools et le tabac. Les spiritueux forts, hors rhum, verront leur taxation passer de 64 % à 70 %. Le champagne, quant à lui, sera taxé à 60 %, contre 51 % auparavant. A noter que les producteurs locaux d'alcool ne sont pas concernés par cette hausse. Les cigarettes électroniques sont également très fortement taxées, avec un taux passant de 6,5 % à 28 %. À l'inverse, les dispositifs de sevrage seront moins taxés.


