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NRL, route des Tamarins : Quand les ponts sont source d'angoisse

Alors que les infrastructures routières se développent sur l’île afin d’essayer de réduire les temps de trajet ou les risques liés à la route en corniche, ces aménagements ne font pas plaisir à tout le monde. En cause : la géphyrophobie, soit la peur des ponts. Si cette angoisse reste minime au sein de la population réunionnaise, ils sont de plus en plus nombreux à être atteints par cette phobie. Car celle-ci a tendance à apparaître au fur et à mesure et sans prévenir.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 15 janvier 2023 à 15H00

Le 28 août dernier, l’ouverture du premier tronçon de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) a marqué une page importante de l’Histoire de La Réunion. Pourtant, certaines personnes ont vécu cette inauguration comme un nouveau problème à gérer. Car à présent, revenir de Saint-Denis vers l’ouest est une source d’angoisse.

La raison de cette terreur s’appelle la géphyrophobie, la phobie des ponts. Elle se caractérise par des crises de panique amenant à une perte de contrôle de ses émotions et d’une maîtrise de son corps (tremblements, sueurs, tétanie…) voire, dans les cas les plus extrêmes, une impression de déréalisation (que le pont s'écroule).  

Cela conduit donc à un véritable handicap dans la vie quotidienne de ces personnes qui vont angoisser et ruminer en anticipant leur parcours. Certains développent des stratégies d'évitement, quitte à faire des détours parfois très longs quand cela est possible. La NRL représente donc un cauchemar pour ceux qui devaient déjà éviter la route des Tamarins. Prendre la route de la Montagne est un nouveau coup dur, notamment pour ceux qui devaient déjà venir du sud par la route des plages.

"La phobie est une peur irrationnelle, autrement dit consciemment non justifiée : un pont est solide, un avion est un moyen de transport sûr. Cela affecte donc toutes les sphères de la vie de ces personnes, accompagnée le plus souvent de sentiment de honte, de culpabilité, d'impuissance, d'incompréhension", explique Sébastien de Buchère de l'Epinois, psychologue clinicien. Ce dernier souligne que cela ne représente qu'une très faible demande de consultation mais il remarque qu'elle s'accentue au fur et à mesure des années.

La phobie arrive de différentes manières

C’est le cas pour « Nono » qui le consulte pour cette peur. Le Saint-Pierrois a développé cette phobie lors d’une période difficile où il faisait fréquemment des crises d’angoisse. Un jour, alors qu’il était coincé dans un embouteillage sur le pont de la Rivière des Galets, une de ces crises commence. "J’ai eu la sensation dans ma tête que le pont allait s’écrouler. Je me disais qu’il fallait fuir. Ça a commencé comme ça, puis petit à petit c’est venu sur tous les ponts de la route des Tamarins et tous les ponts qui sont hauts", indique-t-il. Nono a parfaitement conscience que ce n’est pas la peur du pont en lui-même qui le ronge mais la crise d’angoisse qui y est dorénavant associée.

De son côté, Jérôme* ne peut pas expliquer quand a commencé cette peur qui le prend uniquement sur le pont de la Grande Ravine. Passer sur ce fameux ouvrage d’art ne lui posait aucun problème lorsque la route a été inaugurée en 2009. "Au début, je trouvais même ça cool de passer dessus. Mais petit à petit, cette peur a commencé à s’installer. J’ai dû rouler dessus des milliers de fois et je suis bien plus terrorisé maintenant que les premières fois. Quand je sais que je vais devoir passer dessus pour une soirée, j’y pense toute la journée et parfois je renonce à sortir", souligne le quadragénaire.

"La plupart des patients relatent que cette phobie n'était pas présente auparavant mais s'est consolidée au fur et à mesure du temps. La phobie est un déplacement d'une peur ou d'une émotion non maîtrisée par ce que l'on appelle les mécanismes de défense et va se fixer sur un objet phobique, ce qui explique le caractère irrationnel. Les causes sont donc très variées et individuelles", précise Sébastien de Buchère de l'Epinois.

Les deux hommes ont un point commun, cette montée d’angoisse ne se manifeste que lorsqu’ils sont au volant. Ils la ressentent moins en tant que passager… à condition de ne pas être bloqué dans un embouteillage. Ils n’ont pas encore été sur le viaduc de la NRL et repoussent ce moment au maximum.

Bien que les origines et les symptômes diffèrent, ils existent plusieurs solutions pour tenter de vaincre cette phobie. "Plusieurs types de thérapies sont utilisées pour diminuer l'angoisse. Les thérapies cognitives et comportementales permettent une "habituation" de l'objet phobique. Pour ma part, j'utilise également l'hypnose pour permettre de faire vivre au patient un passage contrôlé de ses émotions ou encore la thérapie par mouvement oculaire de type EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). Plus la phobie est traitée tôt, plus les résultats sont efficaces mais sont différents d'un patient à l'autre", ajoute le psychologue.

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