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Notes de lecture : « L’espion qui aimait les livres » de John Le Carré

Cet ultime tour de piste de John Le Carré, livre publié après son décès par son fils, lui aussi écrivain, est une magistrale, une époustouflante leçon d’écriture dans ce genre très particulier, multiforme, qu’est le roman d’espionnage. Difficile de ne pas donner dans la dithyrambe lorsqu’on parle de ce grand faiseur…

Ecrit par 1735024 – le mardi 21 février 2023 à 17H48

Le roman d’espionnage a de multiples facettes ; il est un genre littéraire à part entière, n’en déplaise aux critiques parisianistes « intello ». L’ancienne collection « Espionnage, la guerre des ombres) » de feu-Fleuve Noir a eu nombre de romanciers aussi passionnants qu’efficaces, Alain Page, J-P Conty, et tant d’autres.

Aux éditions Plon, nous avions De Villiers (SAS Malko Linge), on aime ou pas. Mais là, sans leur renier d’évidentes qualités d’écriture, il s’agissait « d’écriture au kilomètre ». Ce n’est nullement une critique ; une constatation tout au plus.

Dans le style « grands romans », il y eut Ian Fleming et John Le Carré en Grande-Bretagne qui avaient un point commun, et quel point commun : ils savaient de quoi ils parlaient, ayant tous deux appartenu aux Services secrets de Sa Très Gracieuse Majesté.

Quand on cite Le Carré, on pense au « Tailleur de Panama » qui, au grand écran, donna l’occasion à Pierce Brosnan de prouver qu’il valait mille fois mieux que ses pitreries jamesbondieuses (tout le monde n’est pas Sean Connery). On pense à « La Maison Russie », justement avec le grand Sean. On pense à cet extraordinaire roman qu’est « L’espion qui venait du froid ».

Avec « L’espion qui aimait les livres », Le Carré nous délivre, sous couvert d’espionnage, un vrai testament littéraire ; et ce, sans jamais dévier une seule seconde de son désir forcené, passionner son lecteur.

Comme dans tous ses autres romans sans exception, M. Le Carré place toujours l’être humain au centre de son récit. Tout en poursuivant sa mission, l’espion ne cesse jamais d’être un être humain, avec ses doutes, ses peurs, ses amours, ses faiblesses, son courage… tout ce qui, en fin de compte, fait qu’il demeure un humain.

Dans « L’espion qui aimait les livres », l’espion, tous les espions se posent mille et mille questions sur la pertinence de leur engagement, sur la sincérité du Service auquel ils appartiennent, sur la vérité multiforme de leurs idées, sur leur combat personnel, à mi-chemin entre foi du devoir et droit à une vie personnelle. Les deux sont souvent en opposition ouverte.

La force des très grands auteurs est de nous saisir au collet dès les premières lignes, même dans des circonstances très anodines. On sait dès les premières lignes qu’on est dans du Le Carré pur et dur ; l’intrigue se dévoile dans des scénarios d’une simplicité biblique et dès lors, on ne lâche plus son bouquin que lorsque la fringale se rappelle à notre bon souvenir.

Les toutes dernières lignes de ce merveilleux roman résonnent comme un chant d’espoir : l’homme reste homme et, bon Dieu, que ça fait du bien !

Il y a des acteurs, immenses, dont il faut avoir vu tous les films. De même, il y a des romanciers de la même farine et Monsieur Le Carré est de ce cercle restreint.

Vous ne pouvez passer à côté de cette pépite !

Je ne connais qu’un auteur français qui puisse lui être comparé, Vladimir Volkof. Relisez donc « Le trêtre » (contraction entre « prêtre » et « traitre »). Vous comprendrez et je vous fais confiance.

Bonne lecture !

« L’espion qui aimait les livres »
John Le Carré, éditions du  Seuil
En FNAC et librairies

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