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Notes de lecture : « Ceux de 14 », un plaidoyer contre la guerre

Ecrit par Jules Bénard – le dimanche 3 août 2025 à 14H00

Un plaidoyer, mais quel plaidoyer, sublime, vibrant, éblouissant contre la guerre et ses horreurs en tout genre.  Ce livre du génial académicien est considéré unanimement comme « le » grand livre classique à propos de la Guerre de 14-18. Plongez-y vous vite pour retrouver une âme.

A sa mobilisation le 2 août 1914, le jeune normalien Genevoix n’a que 24 ans et rejoint le 106è régiment d’infanterie avec le grade de sous-lieutenant. Il ne restera que neuf mois sous les drapeaux : grièvement blessé par trois fois, il est réformé.

Ces neuf mois lui ont cependant permis d’en voir et d’en subir suffisamment pour nous délivrer cette énorme somme de près de mille pages dans lesquelles il nous donne le détail, jour après jour, heure par heure, des monstruosités passées devant ses yeux.  Il a tout noté sur ses petits carnets ne le quittant jamais. Et nous restitue tout avec une précision d’orfèvre, dans ce style admirable qu’on lui reconnaît volontiers.

La pluie, le froid, la boue, les nuits dans la gadoue, la faim, l’impéritie des gradés qui, manifestement, ne prenaient que les mauvaises décisions (ils n’étaient pas, eux, exposés aux balles, aux obus, aux grenades !), le café froid, la popote infecte et surtout, les amis tombés devant lui, les tripes à l’air, les visages estropiés… M. Genevoix ne nous épargne aucun détail, même les plus affreux, les plus inhumains. Mais il fait passer un grand frisson dans nos âmes car si cet indéniable patriote n’aurait jamais manqué à son devoir de soldat, il montre indéniablement qu’il était rempli d’indignation devant cette boucherie que la « grande » Guerre fut incontestablement dès ses premiers jours.

Incontestablement, cette somme monumentale me fait penser au plaidoyer de Me Badinter contre la peine de mort. « On ne coupe pas un homme en deux » a dit le grand avocat. « On ne massacre pas le genre humain » a hurlé l’écrivain. Il semble avoir hurlé en vain.

Il paraît qu’on ne lit plus Genevoix aujourd’hui, disent les simplistes. J’avais lu « Ceux de 14 » voici un sacré bail. Je fus bien inspiré de m’y replonger.

Je vous préviens : il faut s’armer de patience car il y a quand-même près de mille pages et ça ne se lit pas comme un roman : chaque phrase ou presque apporte son lot de révélations et il y faut un coeur bien accroché. La mort, malgré l’indécence actuelle des écrans, n’est jamais drôle à voir, à admettre et on se prend à se demander si l’Homme est encore humain.

Surtout en ce moment…

J.B.

« Ceux de 14 »

Maurice Genevoix

De l’Académie française

En librairie 28,75 euros

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Etiquettes : Jules Bénard

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