Nexa : quatre millions d’euros dilapidés et une gouvernance opaque

La gestion de la société d’économie mixte (SEM) Nexa, censée être un acteur clé du développement économique de La Réunion, est au cœur d’un rapport cinglant de la Chambre régionale des comptes (CRC) Réunion-Mayotte, comme l'a dévoilé Le Tangue.
Entre 2018 et 2023, cette structure a bénéficié de 15,5 millions d’euros de fonds publics, dont 11,6 millions d’euros en subventions régionales et 3,8 millions d’euros du Fonds européen de développement régional (FEDER). Pourtant, en dépit de ces apports financiers conséquents, Nexa n’a produit aucune recette propre.
Des prises de participation ruineuses
Parmi les critiques de la CRC, deux filiales en particulier, acquises en 2014 et 2017, sont pointées du doigt : Bioalgosral et Oscadi. Ces entreprises, respectivement actives dans les biotechnologies et les systèmes électroniques embarqués, ont été placées en liquidation judiciaire après avoir accumulé des pertes massives. Résultat : un coût de plus de quatre millions d’euros, pris en charge intégralement par la région Réunion. Cette gestion hasardeuse a entraîné une dévalorisation du capital social de la SEM à seulement 1,4 million d’euros en 2023, symptomatique de l’absence de vision stratégique et de rigueur.
La structure capitalistique de Nexa pose également problème. Détenue à 88,4 % par la région Réunion, la SEM ne respecte pas la réglementation sur la proportion de capitaux privés, condition nécessaire pour prétendre au statut d’économie mixte. La CRC dénonce une absence de véritable partenariat public-privé, une gouvernance instable et des processus décisionnels opaques. Plusieurs nominations et révocations de dirigeants en 2023 viennent renforcer l’image d’une société en difficulté.
L’absence de rigueur dans la gestion financière est un autre point saillant du rapport. Nexa n’a pas respecté les règles de la commande publique, comme en témoigne l’achat d’une voiture de plus de 41.000 euros en 2018, sans procédure concurrentielle. Les subventions d’exploitation n’ont pas non plus fait l’objet d’un contrôle satisfaisant, exposant l’agence à des risques financiers majeurs.
Un train de vie généreux malgré les difficultés
Les magistrats relèvent également des charges de personnel et des frais généraux élevés, assortis d’une politique généreuse envers les dirigeants. L’ancien PDG, Olivier Rivière, a été épinglé pour des manquements aux règles de plafonnement des indemnités des élus locaux, entraînant une condamnation judiciaire en 2024. De même, le directeur général délégué, un cousin de l’ancien président de région Didier Robert, a bénéficié de divers avantages et d’une rémunération jugée excessive par les magistrats financiers.
Face aux critiques, le nouveau président de Nexa, Pascal Plante, s’engage à rétablir la légitimité de l’agence, récemment rebaptisée « La Réunion Développement ». Dans sa réponse, il promet de mettre en place « une stratégie active » pour relancer les activités de cette société qui peine à justifier son existence. Le directeur de Nexa évoque, quant à lui, la nécessité de « dégager une réelle activité commerciale » pour sortir de l’impasse.
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« Gaspillage d’argent public »
En plus de ces dérives, le rapport met en lumière l’empiétement de Nexa sur les missions d’autres structures publiques, créant des doublons qui diluent l’efficacité des actions menées. En tant qu’« observatoire économique » et acteur de « l’intelligence territoriale », la SEM ne parvient pas à prouver sa réelle valeur ajoutée, selon les magistrats financiers. Ces constats de pilotage défaillant, de missions redondantes et de manque de contrôle interne contribuent à alimenter les débats sur la rationalisation des dépenses publiques, notamment dans le cadre du projet de loi de finances 2025.
Le rapport de la CRC souligne en creux les responsabilités des deux majorités régionales, dirigées successivement par Didier Robert puis Huguette Bello. Les juges financiers rappellent que la SEM doit impérativement se conformer aux règles de gouvernance et améliorer ses outils de pilotage pour éviter un « gaspillage d’argent public ».


