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Municipales : pourquoi les rivaux d’Emmanuel Séraphin ciblent les Hauts de Saint-Paul

Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 13 mars 2026 à 15H48

À en croire tous les candidats qui tenteront dimanche de ravir la mairie de Saint-Paul à Emmanuel Séraphin, les clés du succès seraient détenues par les électeurs des Hauts de la plus vaste commune des Outre-mer. Réalité mathématique ou stratégie politique déguisée ?

Lors de sa victoire surprise à l’élection municipale de 2014, après une longue campagne loin des regards dans les quartiers et villages des hauteurs de Saint-Paul, et au terme d’une longue traversée du désert, Joseph Sinimalé avait savouré son sacre en insistant sur le fait qu’il avait su faire battre le cœur des Saint-Paulois qui se sentaient dénigrés, disait-il, par la propension de Huguette Bello à ne valoriser que le littoral, ce territoire uniquement accessible aux riches et aux touristes.

Une version sans doute un peu arrangée de l’Histoire, puisque ce sont les vainqueurs qui l’écrivent. Mais non dénuée de fondement. Un récit qui a sans doute grandement contribué à forger l’opinion selon laquelle à Saint-Paul, le vote des Hauts fait basculer les scrutins. Une analyse qui découle aussi de la conscience que Huguette Bello, qui a cédé le fauteuil de maire à Emmanuel Séraphin pour présider la Région en 2021, a souvent réalisé de bons scores dans les Bas, là où on ne l'attendait pas.

Douze ans après le come-back inattendu de Joseph Sinimalé, lequel fait désormais campagne pour Didier Robert, les candidats à l’élection municipale de ce dimanche 15 mars misent à nouveau sur cette stratégie en allant draguer chaque famille ou presque dans les écarts du berceau du peuplement de l'île, de Tan Rouge au Bernica.

Les deux tiers des électeurs de Saint-Paul habitent dans les Hauts

Un calcul qui s’explique prosaïquement : « 65% de la population saint-pauloise habite dans les Hauts », souligne Jean-Yves Morel, qui dénonce « un déséquilibre en approvisionnement en eau pour les agriculteurs » ou « un enclavement assez évident faute d‘accès suffisant, avec des voiries pas adaptées à la circulation des voitures ». Le candidat du RN entend, s’il est élu, créer des zones d’initiatives économiques durables (ZIED) dans lesquelles des écobox seraient loués à moins de 500 euros par mois pour créer de l'activité dans les écarts.

« Quand un maire finit par s'isoler au point de ne plus écouter ses propres adjoints, comment peut-il entendre les attentes d’un agriculteur de Ravine-Daniel, d’une mère de famille de La Plaine ou d'un gramoun du Guillaume ? La municipalité sortante a traité les Hauts comme une variable d’ajustement, et cela doit cesser », estime-t-on dans l’entourage de Cyrille Melchior qui, comme son rival de la droite Didier Robert (lequel n’a pas donné suite à nos sollicitations), fait campagne sur le thème de l’abandon des Hauts par la majorité sortante.

Du côté des proches d’Emmanuel Séraphin, on souligne que désigner les Hauts de Saint-Paul comme un tout uniforme n’aurait pas de sens. « C’est valable pour toute l’île : la Saline et la Montagne, pour prendre un exemple, ce sont des territoires qui sont connectés de manière très différente au littoral. Cette démarche des candidats de cibler les Hauts est purement électoraliste et tactique, car deux tiers des votants sont dans les Hauts. On a rarement autant investi dans les Hauts : 150 millions d’investissements au total. On a livré l’école de Bellemène, on ouvre une médiathèque à la Saline, un gymnase est en prévision aussi, on a rouvert la piscine de Vue-Belle et on demande aux festivals de délocaliser leurs spectacles dans les Hauts. »

Une lutte de cadors pour la conquête de la mairie

Avec 109.000 habitants au dernier recensement, contre 103.000 au début de la mandature, la commune de Saint-Paul constitue un territoire tentaculaire et protéiforme, en constante évolution, tout comme les besoins de ses administrés. Ainsi, le quartier de Plateau-Caillou dénombre aujourd’hui environ 25.000 habitants, contre 17.000 pour Saint-Gilles et 13.000 pour Saint-Paul centre ville. Emmanuel Séraphin considère que le manque de barreaux de liaison avec la route des Tamarins, l’absence d’évolution des voiries départementales et la hausse des prix du foncier n'ont fait qu'amplifier fortement le sentiment d‘enclavement.

Son rival Jean-Yves Morel propose ainsi de lancer rapidement une étude de faisabilité pour un transport par câble reliant Bellemène, le Guillaume et Barrage, alors que l’actuelle majorité escompte démarrer la construction d’un téléphérique entre Saint-Gilles-les-Hauts, Plateau-Caillou et le centre-ville de Saint-Paul d’ici la fin d’un second mandat.

« Il y a une priorité sur les routes et les petits chemins, souvent dégradés et difficiles d’accès. Nous mettrons en place un plan de réparation et d’entretien pour sécuriser les déplacements des habitants. Ensuite, nous devons améliorer les services essentiels : l’accès à l’eau, les services publics de proximité et le soutien aux habitants qui vivent dans les écarts », promettent les proches de Maxime Hoarau, le candidat aux petits moyens de la Saline venu se glisser dans la lutte des cadors pour la conquête de la mairie.

Les infrastructures routières et le transport en priorité

Le discours est similaire du côté de Cyrille Melchior, où on annonce « un plan d'urgence pour la voirie et le désenclavement ». « Les routes communales et les chemins ruraux ont été laissés dans un état de dégradation alarmant. Nous lancerons un grand plan de réhabilitation des infrastructures pour sécuriser les trajets de nos familles. Le réseau Kar'ouest sera retravaillé afin de mieux répondre à la demande », assure-t-on dans l’entourage du président du Département.

Pas de quoi déstabiliser, semble-t-il, l’équipe d’Emmanuel Séraphin, qui observe les deux candidats de droite se déchirer en misant sur une déperdition de leurs voix en cas d’union au second tour, sans compter celles qui auront été prises par Jean-Yves Morel. « Les personnes qui disent que les Hauts sont abandonnés, ce n’est pas comme s’ils ne sont pas aux affaires ou ne l’ont pas été récemment », raille un proche du maire. L'écart de points entre le premier et son suivant dimanche soir permettra de savoir si la bataille pour les Hauts aura changé la face du scrutin.

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