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Mules et cocaïne : "Il s'agit de l'une des formes les plus abouties de l'exploitation de la femme par l'homme"

Le tribunal judiciaire de Saint-Denis avait à juger ce lundi un trio de trafiquants de stupéfiants en herbe composé de deux mules et leur commanditaire. Il apparaît que cette belle brochette de pieds nickelés, attirés par l'appât du gain, ont raté leur entrée dans la cour des grands transporteurs de cocaïne, arrêtés en plein vol par les experts avisés des services des douanes réunionnaises.
Ecrit par Régis Labrousse – le mercredi 14 août 2024 à 07H34
Image d'illustration. Crédit Photo Police Nationale de La Réunion

Nous sommes le jeudi 8 août dernier lorsque les douaniers de l'aéroport Roland Garros interceptent un jeune homme de 20 ans pour le contrôler. Une fois de plus, leur flair fait mouche puisqu'ils trouvent dans son sac de voyage 1.500 euros et une boite de laxatif. Quelques minutes plus tard, ils contrôlent deux jeunes filles de 18 ans qui voyagent ensemble. Lors du contrôle, ils constatent qu'elles viennent pour un séjour de six jours et descendent au même Air'Bnb que le jeune homme, et viennent tous les trois de Niort.

Comprenant la situation, les deux jeunes filles avouent transporter de la cocaïne "in corpore" dans le vagin. Au total, les douaniers interceptent 210 et 211 grammes de drogues répartis en deux boudins. Les trois finissent en garde à vue pour 96 heures et sont jugés ce lundi dans le cadre d'une comparution immédiate.

À la barre, les trois prévenus reconnaissent les faits. Cette fois encore, c'est l'appât du gain qui a été source de motivation, surtout pour le jeune homme qui assurait l'approvisionnement, le financement et surveillait le transport en les accompagnant. Il reconnaît un premier voyage le 10 juillet dernier avec une des deux mules, qui lui s'est bien passé puisqu'il avoue en avoir tiré un bénéfice de 12.000 euros, sachant que la jeune mule avait perçu 3.000 euros pour le transport. C'est elle qui a par ailleurs motivé son amie pour faire ce deuxième voyage.

Si les deux jeunes filles ont été coopératives pendant l'enquête, ce ne fût pas le cas du jeune dealer qui a refusé de donner son code de téléphone, au prétexte de ne vouloir impliquer personne d'autre. Au final, il devra aussi répondre de faits d'association de malfaiteurs puisque c'est lui qui a acheté les billets d'avion.

 

"On n'a pas les mêmes appareils génitaux"

 

À ce titre, le président lui demande : "Pourquoi vous ne transportez pas la drogue au lieu de vous servir des jeunes filles ?". Le prévenu, originaire de Guinée, répond avec un naturel quelque peu candide : "Ce n'est pas que je n'ai pas eu l'idée, mais on n'a pas les mêmes appareils génitaux", indique-t-il en expliquant qu'il a voulu lancer son réseau et qu'il n'y a aucune organisation derrière lui.

De leur côté, les deux jeunes filles indiquent "avoir voulu passer des vacances ensembles à La Réunion". Ce qui interpelle dans ce dossier, c'est la jeunesse des trois prévenus. De plus, la jeune mule qui faisait son premier voyage et qui connaissait l'existence du premier, est dans une situation sociale posée et ne manque de rien. Sa mère a même fait le voyage en urgence pour venir à l'audience. Sa copine de voyage est, quant à elle, dans "une situation sociale compliquée" et dit "avoir voulu gagner de l'argent pour aider ses parents qui sont endettés".

 

"30 kilos de cocaïne avaient été interceptés en 2023 et qu'il y a déjà 27 kilos au 1ᵉʳ juillet 2024"

 

Présent à l'audience, le service des douanes se dit choqué par la jeunesse des prévenus et rappelle que 30 kilos de cocaïne avaient été interceptés en 2023 et qu'il y a déjà 27 kilos au 1ᵉʳ juillet 2024. Pour la résine de cannabis, c'est pire : 230 kilos en 2023 et déjà 300 kilos au 1ᵉʳ juillet 2024. L'administration demande au titre de ces infractions que soit prononcée une amende solidaire de 63.190 euros. "Comment enrailler ce fléau alors que les chiffres des douanes sont en constante augmentation", rebondit le parquet, qui poursuit : "Toujours l'appât du gain avec une intention certaine pour les deux jeunes filles alors que lui monte toute cette opération. Sans lui, il n'y a pas de transport", conclut la procureure qui requiert, 18 mois pour la première mule et son premier voyage, 24 mois pour la deuxième mule et son second voyage et trois ans pour le jeune organisateur des deux voyages, ainsi que des mandats de dépôts pour tout le monde et des interdictions du territoire réunionnais pour trois ans.

Les défenses des deux jeunes mules s'affairent à convaincre le tribunal que leurs clientes ont "agi par naïveté" alors que "ce ne sont encore que des adolescentes devenues de jeunes adultes". Les robes noires mettent en avant le casier vierge de leurs clientes et, compte tenu de la présence du commanditaire à la barre, insistent sur un point : "Il s'agit de l'une des formes les plus abouties de l'exploitation de la femme par l'homme". Autre point développé, la surpopulation carcérale au quartier femme de Domenjod avec "180% de surpopulation avec quatre détenues par cellules", et de conclure : "Elles n'ont pas de casier et sont ici en raison d'une profonde naïveté qui doit appeler à une certaine indulgence", plaide les robes noires qui demandent des peines aménagées, sans mandat de dépôt.

La défense de l'instigateur de ces voyages note qu'il s'agit toujours du "même schéma dans ces affaires de mules". Selon lui, il s'agit de "l'exploitation de la jeunesse par des gens plus aguerris et qu'il convient de constater que la politique dissuasive n'est pas en adéquation avec le principe d'individualisation de la peine", et de conclure : "Si on mettait la main sur les têtes de réseaux, il y aurait moins de mules". La robe noire avance le contexte familial compliqué de ce jeune Guinéen qui a "cédé à la tentation de l'argent facile".

Après délibération, le tribunal a bien entendu les plaidoiries des deux jeunes filles qui écopent, et c'est une première pour des mules, de peines de prison aménageables, 18 mois dont six avec sursis et deux ans dont un an avec sursis, sans mandat de dépôt. En revanche, l'organisateur écope de trois ans de prison et une interdiction définitive du territoire français. Les deux jeunes filles sont interdites de territoire réunionnais pour trois ans.

Etiquettes : Addiction | Cocaïne | Mules

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