"Mon P'tit loup" : Quand les artistes locaux et nationaux donnent le la contre l'inceste

"Comme l'essentiel des gens qui s'impliquent sur ce sujet, je suis concerné. J'ai subi ces actes entre mes 5 et 7 ans. Le but à présent, c'est d'en parler", annonce Nicolas Puluhen pour expliquer les raisons qui l'ont poussé à écrire "Mon P'tit Loup". Après 50 ans de mutisme et ses conséquences psychologiques (addictions, hyperactivité, dépression...), il a décidé de se libérer au travers de la parole, mais également de l'écriture.
Dans ce recueil de cinq histoires, Nicolas Puluhen a voulu décrire les stratégies de défense qu'il a mises en place pour survivre à ces agressions qui ont détruit son enfance. Un travail libérateur qu'il souhaite à présent transmettre aux autres victimes. "Il ne faut pas rester dans le silence. Il faut en parler, le dénoncer. Sinon, les familles s'enferment dans le déni et le mensonge, et tout se répète", prévient-il.
C'est donc ainsi qu'est né "Mon P'tit Loup", un titre qui fait référence à la chanson de Pierre Perret qui aborde ce thème difficile. Un morceau qui lui a "sauvé la vie" et qui est à présent la pierre fondatrice de son combat. C'est pourquoi l'association qu'il a créée porte également ce nom.
Il œuvre à présent dans les écoles afin de sensibiliser les enfants et le corps enseignant sur ce thème, et le livre sera un outil pédagogique dans cet objectif. "Il faut que cela puisse servir dans les écoles et le milieu scolaire. Que les enfants puissent comprendre les paroles et lancer le sujet pour en parler", explique-t-il.
De grands noms se sont impliqués
Un élément qui tient particulièrement à cœur à Nicolas dans ce projet, ce sont les préfaces. Pour le livre en édition seul, c'est Pierre Perret lui-même qui l'a écrite. Pour le livre-disque, la préface est rédigée par le juge Édouard Durand, figure incontournable de la lutte pour la défense des droits de l’enfant, et soutenue par de nombreuses associations comme Mouv’Enfants et le Collectif CIDE.
Afin de donner plus de corps à ses textes, Nicolas Puluhen a voulu impliquer des musiciens au travers d'un album qui accompagne le titre. Il a donc sollicité 17 artistes qui ont répondu favorablement à cet appel. Chacun avait pour mission de s'inspirer de ses histoires pour produire une chanson. Parmi eux, on retrouve des noms bien connus comme Catherine Ringer, Les Ogres de Barback, La Rue Kétanou, JP Nataf (Les Innocents), Magyd Cherfi (Zebda), Didier Wampas, Flavia Coelho et Guizmo (Tryo).
L'auteur, installé à La Réunion depuis 8 ans et œuvrant dans les écoles de l'île, tenait également à avoir des artistes péi pour l'accompagner dans ce projet. Ainsi, Donita, Marie Lanfroy de Saodaj et Ann O'aro ont répondu à l'appel. Cette dernière a rencontré Nicolas Puluhen lors d'ateliers d'écriture pour les élèves dans un établissement scolaire. Très vite, leur passé commun les a immédiatement connectés.
"C'est un tabou"
Ann O'Aro a vécu ce drame durant son enfance et en a fait le thème central de son premier album. Elle a immédiatement adhéré au projet de Nicolas. "Ce qui m'a plu, c'est qu'il fait des actions concrètes et du soutien aux victimes pour qui il n'y a pas beaucoup de prise en charge. C'est toujours compliqué, car la santé mentale est toujours reléguée dans un coin. Quand je vois l'énergie qu'il a mise pour trouver les artistes et les moyens, c'était important de mettre ce que je pouvais", souligne-t-elle.
Pour cette compilation, l'artiste a donné son titre "Kap Kap" où elle essaye "de se mettre à la place de l'agresseur. Je raconte ce que c'est d'être élevée pour les besoins sexuels de quelqu'un. Cela amène à confondre le désir de l'autre et le sien. Le consentement, c'est difficile lorsque l'on est enfant. Il y a une perte totale de soi en tant que personne entière. C'est cette confusion que je voulais dire dans le texte."
Pour Ann O'aro, il est indispensable d'enseigner aux enfants ce qui est acceptable ou non, même si cela heurte certains. "C'est un tabou. Beaucoup de gens s'opposent à l'éducation sexuelle pour les enfants, mais il s'agit surtout de leur dire ce qu'on ne peut pas leur faire. Un exemple simple : obliger les enfants à faire la bise pour dire bonjour. C'est inculquer à l'enfant que son corps ne lui appartient pas et que les attentes des autres passent avant les siennes. La parole des enfants est peu écoutée. L'éducation est primordiale. Il faut former les parents, les enseignants et les médecins, c'est essentiel", argue-t-elle.
La sortie du livre-disque est prévue le 25 octobre prochain à La Cerise à Saint-Paul. De nombreux artistes ayant participé au projet seront présents.


