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"Mon île me manque" : Qui est vraiment Jordan Sepho, champion olympique au bout du monde, Réunionnais jusqu'au bout du cœur ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le dimanche 5 juillet 2026 à 12H30

Champion olympique avec l'équipe de France de rugby à 7, Jordan Sepho est l'un des plus beaux visages du sport réunionnais. Pourtant, rien ne le destinait au ballon ovale. Entre un voyage avorté aux États-Unis, une découverte tardive du rugby, l'attachement viscéral à son île et une sérénité qui fait aujourd'hui sa force, le joueur de 27 ans se raconte avec une sincérité désarmante. Portrait d'un homme qui préfère les actes aux éclats de voix, et qui n'a jamais oublié d'où il vient. Entretien exclusif.

La France l'a découvert un soir d'été au Stade de France, médaille d'or autour du cou, aux côtés de la super star Antoine Dupont, emporté dans l'euphorie des Jeux de Paris. À La Réunion, pourtant, Jordan Sepho, 27 ans, n'a jamais cessé d'être ce gamin revenu grandir sur son île, après sa naissance à Pontoise. Un Réunionnais qui, même en plein mondial de foot fait parler de lui et qui, malgré les kilomètres et les succès, continue de compter les mois avant de rentrer.

Paris est devenue son quotidien, qu'il découvre en trottinette. La Réunion reste sa maison. "Elle me manque. J'y retourne tous les ans, souvent en décembre. Toute ma famille est restée là-bas. Je ne me suis jamais détaché de l'île. Je suis clairement 100 % de là-bas."

Force tranquille

Il ne parle ni d'exil ni de sacrifice. Il parle peu d'ailleurs. Et quand il le fait, simplement d'une évidence. Son île est toujours là, dans ses habitudes, dans sa façon d'être, jusque dans ce calme que ses coéquipiers lui reconnaissent. "Je suis le mec qui ne va pas s'énerver. J'essaie toujours de dire aux autres de gérer leurs émotions, de rester tranquilles", souffle-t-il.

Cette sérénité contraste avec un parcours qui aurait très bien pu ne jamais passer par le rugby.

À 16 ans, c'est le basket qui occupe toutes ses pensées. Une opportunité se présente même aux États-Unis. Puis le doute s'installe. "Plus la période approchait, plus je flippais. Partir loin de la famille, des amis... Tout était incertain. Alors j'ai arrêté."

Le destin se joue finalement dans la cour de son lycée. Des copains l'invitent à essayer le rugby à l'Étang-Salé. Il accepte presque par curiosité. "J'aime bien tester de nouveaux sports. Au début, je faisais ça pour les potes."

L'ancien footballeur, puis lutteur, découvre le rugby à XV avant de tomber amoureux du 7. "Au 7, il y avait beaucoup plus d'espace. C'était plus complet. Je pouvais vraiment puiser dans mes réserves. Là, j'ai vraiment kiffé."

Ascension éclair

La suite ressemble à une ascension éclair. Une sélection réunionnaise, un championnat universitaire, quelques essais marqués au bon moment, puis l'équipe de France universitaire. En janvier 2020, il rejoint définitivement les Bleus.

Porter le maillot de l'équipe de France n'a jamais effacé ses racines. Bien au contraire. Jordan Sepho sait ce que son parcours représente pour une génération de jeunes Réunionnais qui rêvent, eux aussi, de franchir l'océan pour vivre du rugby. Sans en faire un étendard, il mesure la portée de son histoire.

"Oui, c'est vrai", répond le grand gaillard élancé, lorsqu'on lui rappelle qu'un champion olympique réunionnais reste un événement rare.

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Avec le recul, il mesure le chemin parcouru. "Je savais que je voulais devenir professionnel dans un sport. Mais je ne savais pas lequel." Il sait aussi combien partir était indispensable. "À La Réunion, c'est très compliqué de se faire repérer. Si tu ne pars pas en métropole, surtout à XV, c'est très difficile de percer."

Un constat sans amertume, mais avec la lucidité de celui qui connaît les limites du rugby réunionnais.

La même étincelle

Puis vient Paris 2024. Pendant quatre ans, un seul objectif habite le groupe. "On ne parlait que de la médaille d'or." Après les succès de Los Angeles puis de Madrid, les Bleus arrivent aux Jeux avec la conviction que leur heure est venue. Les 79.000 spectateurs du Stade de France, l'attente immense, la pression... rien ne semble les déstabiliser. Ses mots se délient : "Une fois qu'on bat l'Argentine en quart, on sent que plus rien ne peut nous arrêter." Même deux ans après, l'étincelle rejaillit.

Lorsque l'arbitre siffle la fin de la finale, c'est une délivrance. "On en parlait depuis quatre ans. Gagner à Paris, chez nous, c'était l'accomplissement. Tout le monde était très ému."

À Bordeaux, beaucoup plus récemment, il y a trois semaine tout juste de cela, les Bleus retrouveront cette même énergie devant leur public pour remporter cette dernière étape de la saison.

Mais lorsqu'on lui demande ce qui lui manque le plus loin de son île, il ne parle ni de plages ni de paysages. "Tout. L'alimentation. Les gens. La culture."

Lire aussi : Paris 2024 : Jordan Sepho et l'équipe de Rugby à 7 décrochent la première médaille d'or pour la France

Et forcément, la cuisine, donc. Le carry poulet l'emporte sur le rougail saucisse. Quant à ses coéquipiers, ils connaissent désormais les classiques réunionnais. "Je leur ai fait un rougail saucisse et un carry poulet. Ils ont adoré. Avec le piment cabri, bien sûr."

Point d'ancrage

À 27 ans, Jordan Sepho regarde déjà plus loin. Los Angeles 2028 constitue la prochaine grande étape. Après cela, il imagine reprendre des études de psychologie, "pourquoi pas" peut-être rejoindre un tout autre univers professionnel. Mais le rugby a encore de belles pages à lui offrir.

Parti pour construire sa carrière, Jordan Sepho n'a jamais eu le sentiment de quitter réellement La Réunion. L'île reste son point d'ancrage, celui où vivent encore ses proches et où il continue de se définir. "J'ai grandi toute ma vie là-bas. Je n'ai connu que ça. Je suis clairement 100 % de là-bas." Une formule qui ne laisse aucune place au doute sur son identité.

Et si les saisons s'enchaînent désormais aux quatre coins du monde, il reste une date qu'il attend avec la même impatience. Décembre, "le plus souvent".

Le moment où le champion olympique redevient simplement un enfant du pays. Celui qui rentre chez lui.

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