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Maya Kamaty embrase la scène avec “Vilin Manièr”

Ecrit par Julien Delarue – le samedi 8 novembre 2025 à 11H44

Vendredi soir au Palaxa, Maya Kamaty a offert bien plus qu’un concert : une déflagration revendicative et poétique. Seule date réunionnaise de sa tournée, et c’est bien dommage, Vilin Manièr a fait voler en éclats les codes du sacré, du genre et de la scène.


On ne sait pas par où commencer, tellement Maya Kamaty nous emporte dès les premières minutes, entourée de musiciens de haut vol. À la batterie, Arjuna Mariapin, à la guitare, Mathilda Haynes : une alliance organique, voire orgasmique oserons-nous, nerveuse, en parfaite symbiose avec la voix magnétique de la chanteuse. Ensemble, ils tissent une matière sonore qui pulse, respire et embrase la salle.

Sur la scène du Palaxa, la chanteuse déroule une sorte de fil d’Ariane, son fil Maya : un lien invisible entre elle et le public, une force qui relie, guide et bouleverse. Tout au long de Vilin Manièr, ce fil se tend et se détend, comme pour mieux attraper un public suspendu à la performance de Maya Kamaty et de ses musiciens.


Mais c’est dans la mise en scène que la soirée prend toute sa dimension. Quatre tambours sacrés viennent de temps à autre occuper la scène. Ces tambours malbars, utilisés habituellement dans le champ rituel hindou, résonnent ici avec une puissance qui fait vibrer la salle et les corps. Ils ancrent la performance dans le sol, dans la mémoire, dans le sacré avant d’être percutés de plein fouet par les danseurs et danseuses queer, androgynes, engagés dans un voguing flamboyant. Cette collision entre l’héritage, l’histoire et la revendication est le cœur battant du spectacle.


Beauté du désordre

Tout s’y mêle : le divin et le charnel, la ferveur et la fête, les rythmes et la transe. Maya Kamaty fait de cette rencontre improbable la beauté du désordre. Elle casse les codes, inverse les hiérarchies, transforme le sacré en espace de liberté. Le public oscille entre émotion et vertige, pris dans un mouvement qui ne s’explique pas mais se ressent.


Et puis vient la famille. Anny Grondin, sa mère, conteuse lumineuse, et Gilbert Pounia, son père, fondateur de Ziskakan, la rejoignent sur scène. L’image est forte. Les racines sont là. Mais Maya s’en détache sans s’en éloigner. Encore un clin d’œil à son univers. Elle ne reproduit rien : elle invente. Là où son père chantait la mémoire et la terre, elle chante le présent. Elle insuffle dans le maloya une charge sensuelle, féministe, contemporaine. Une performance loin d’être évidente dans une société réunionnaise patriarcale.

Maya Kamaty entourée de sa famille et de tous ses musiciens et danseurs


Le maloya devient ici le terrain de toutes les libertés. Plus qu’une musique, un manifeste. Vilin Manièr porte bien son nom : il revendique la mauvaise manière, celle qui dérange, qui bouscule, qui libère. Et ça on aime bien.


Et quand, à la fin du concert, Maya Kamaty lance un “Met' piment dan mon samoussa !” — la salle obtempère. Ce n’est pas une boutade, c’est un mot d’ordre. Une façon de dire qu’il faut du goût, du feu, du courage. Et que parfois, la plus belle manière d’exister, c’est justement d’être un peu vilaine.


Ce soir-là, le Palaxa a vu une artiste et des musiciens en feu, un public conquis, un moment de vérité. On en redemande, encore et encore.

Maya Kamaty lance un “Met' piment dan mon samoussa !”
Etiquettes : Maya Kamaty

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