Main arrachée par une machine à pâtes au Port : la gérante crie à "l’injustice"

Condamnée à dix mois de prison avec sursis pour blessures involontaires, la gérante du restaurant portois où une employée avait eu la main arrachée par une machine à pâtes en 2022 a fait appel, expliquant « ne pas comprendre » la sanction.
« Je ne comprends pas qu’on me reproche ce terrible accident. » Deux ans après le drame et une première audience qui l’a vue condamnée à dix mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende, l’ex-gérante du restaurant L’atelier des pâtes refuse toujours d’endosser la responsabilité du terrible accident qui a coûté sa main gauche à l’une des plus anciennes salariées de la société. Jugée en appel jeudi 16 octobre, elle réfute toute « négligence. »
Pas d’arrêt d’urgence
Ce 24 mars 2022 au Port, alors qu’elle est occupée à nettoyer la machine à fabriquer les pâtes tout en gérant des appels téléphoniques, une employée du restaurant voit sa main happée par l’appareil. Elle tente en vain d’actionner le bouton d’arrêt d’urgence, mais la machine de 107 kg tombe au sol, arrachant net son membre.
Les premières constatations mettront en lumière que la machine « démarre de façon intempestive », et que le système de sécurité du capot ne fonctionnait plus. D’où les poursuites engagées contre la gérante pour blessures involontaires par manquement à une obligation de sécurité.
"La machine fonctionnait très bien"
Mais, comme en première instance, l’ancienne responsable -elle a revendu le commerce depuis- conteste les accusations de négligence. « J’ai un sentiment d’injustice, je suis angoissée. J’ai toujours voulu que mes salariés travaillent dans la sécurité. Personne ne s’explique ce qui a pu se passer, la machine fonctionnait très bien, elle s’en servait depuis un an et demi » assure-t-elle. « Je ne savais pas que le précédent gérant avait « shunté » la sécurité du capot », se dédouane encore cette ancienne sage-femme reconvertie dans la restauration en 2020.
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"Fautes multiples"
Pourtant, le président lui rappelle les « manquements » relevés par l’inspection du travail : absence de formation pour l’employée, pas de consignes de sécurité affichées, aucune connaissance de la notice d’utilisation, machine non révisée depuis plusieurs années…
« Vous avez également effectué des réparations artisanales sur cette machine qui n’était pas conforme, les fautes sont multiples » accuse l’avocate générale en réclamant une peine aggravée à un an de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende.
"L’ignorance n’est pas une excuse"
« Vous ne comprenez pas le jugement, mais nous ne comprenons pas votre appel » avait d’abord plaidé Me Sarah Daverio pour la partie civile. « Entendre parler d’injustice est insupportable quand on sait les conséquences pour ma cliente. Vous aviez l’obligation d’assurer la sécurité de vos salariés, vous ne l’avez pas fait. L’ignorance n’est pas une excuse », tance l’avocate.
« Elle n’a commis aucune faute manifeste. Elle a récupéré une machine qui fonctionnait très bien. C’était l’évidence même qu’il ne fallait pas mettre la main à l’intérieur », plaide Me Eric Bourlion en défense, demandant la relaxe.
"Je suis une survivante"
La victime, venue assister à ce second procès, a de nouveau raconté son calvaire : son bras englouti par la machine, le bouton rouge qui ne marche pas, elle se faisant un garrot en attendant les secours, sa main dans un sac en plastique, la greffe qui ne prend pas, les douleurs insoutenables… « Aujourd’hui, je suis dans le flou. Tout ça n’est pas très clair. Ce que je sais, c’est que j’ai failli mourir. Je suis une survivante », conclut la jeune femme.
La cour a mis l’affaire en délibéré au 4 décembre prochain.


