Lutte contre la malbouffe : Le rougail contre-attaque

L'odeur des aromates qui roussissent va-t-elle disparaître au profit de l'huile de friture ? C'est pour éviter ce scénario catastrophe que le Collectif Goutanou s'est formé. Initié par l'Alliance pour une Réunion Écologique et Solidaire (APRES), le Collectif regroupe de nombreuses associations (ATTAC Réunion, Greenpeace), des partis politiques (PLR, LFI Réunion, Saint-Pierre plus verte) et de simples citoyens soucieux de ne pas laisser le pavillon vert orné du M flotter sur toute l'île.
Et des personnes soucieuses de préserver l'identité culinaire de La Réunion, les militants n'ont pas eu beaucoup de mal à en trouver. La démarche est soutenue par plus de 150 signataires venus d'horizons divers (culturel, sportif, associatif et gastronomique). Pour marquer l'acte de naissance de ce collectif, un grand pique-nique est organisé le dimanche 3 septembre.
Un rendez-vous qui se veut familial et convivial au lieu consciencieusement choisi puisqu'il se déroulera devant le nouveau McDonald's de la ZAC Canabady. L'idée est d'attirer un maximum de regards sur le sujet de la malbouffe et de ses conséquences. Pour être certains de se faire voir, les organisateurs ont prévu quelques surprises.
Un sujet aux enjeux multiples
"Ce collectif s'est formé lorsque l'on a réalisé que le sujet transcendait au-delà de notre association. Lorsque nous organisons des conférences, le public est large avec des restaurateurs, des producteurs, des infirmiers et toute autres personnes soucieuses du problème", explique Pauline Lauret, la porte-parole de l'APRES. Selon elle, "on assiste, dans l'indécence la plus totale, à la destruction d'un modèle économique et social."
Car pour le Collectif Goutanou, les enjeux derrière l'implantation de fast-foods sont multiples. Outre le problème de santé publique, ce sont les enjeux économiques qui sont désastreux. Ils rappellent qu'une étude internationale démontre que l'implantation d'une multinationale quelque part détruit plus d'emplois qu'elle n'en génère. De plus, les grandes entreprises sont les seules à pouvoir supporter la pression sur les prix de l'immobilier, contrairement aux petits commerces.
Pour Alexis Chaussalet, le porte du collectif Goutanou, le meilleur exemple se situe sur le front de mer saint-pierrois. "L'exemple le plus éloquent est le KFC qui a remplacé un restaurant historique du front de mer : le Cabanon. On parle du nombre d'emplois créés par le KFC, mais jamais du nombre d'emploi détruit pour le Cabanon", explique-t-il, tout en ajoutant que ces installations "dénaturent de façon irréversible ce lieu à forte identité populaire et culturelle."
Saint-Pierre au-dessus de Paris
Le collectif a repris une méthode de calcul existant pour mesurer les villes de France possédant le plus de fast-foods par nombre d'habitants. Avec 16 entreprises identifiées comme telles, le bilan de la capitale du sud est sans équivoque. "Proportionnellement, il y a plus de fast-foods à Saint-Pierre qu'à Paris", souligne Alexis Chaussalet.
Enfin, le Collectif veut mettre en lumière le dernier secteur en danger : l'identité culinaire de l'île. "Ce qu'on constate, c'est qu'il y a plus toujours plus de fast-foods et que, parallèlement, il y a de moins en moins de restaurant de cuisine créole traditionnelle", affirme le porte-parole du Collectif. Derrière les restaurateurs, il souligne que ce sont de nombreux producteurs locaux qui sont impactés, "un comble à l'heure où l'on parle d'autonomie alimentaire."
La journée de dimanche prochain a donc pour objectif de faire suffisamment de bruit pour attirer l'attention des pouvoirs publics sur le sujet. "Ce que nous souhaitons, ce sont des états généraux sur la question. Nous voulons une solution pérenne et qui permette de réguler les géants américains qui ne participent pas à l'économie nationale et locale. Il ne faut pas que nos petits restaurants pâtissent de cette situation et de ce fléau", insiste Pauline Lauret.


