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L’ogre chinois dévore l’Afrique

-Courrier des lecteurs-
Ecrit par Mordicant – le vendredi 27 septembre 2024 à 17H38

La Chine : 1,4 milliards d'habitants dont 10 ou 15 % de la population vivent - et gaspillent - comme les occidentaux. Xi Jinping veut accélérer encore le développement de son pays.

Or, la Chine « doit nourrir 18,3 % de la population mondiale sur 8,5 % de la surface arable du globe ; ses ressources en eau […] ne représentent que 6,5 % du total disponible de la planète » (s1).

C'est mission impossible, sans aller détrousser d'autres pays.

Les nouvelles routes de la soie

Le gouvernement chinois a décidé et entrepris de partir à la conquête des ressources manquantes en lançant en 2013 le grand projet appelé "les nouvelles routes de la soie" dans le but de faciliter les échanges avec la Chine et qui consiste à construire tout un réseau de communications : ports, aéroports, lignes de chemin de fer, routes, autoroutes, canaux, etc. Ces travaux sont financés par la Chine sous forme de prêts aux pays concernés qui s'endettent et se soumettent ainsi au gouvernement chinois.

La Chinafrique à Pékin

La Chine a lancé son dévolu tout particulièrement sur l'Afrique où elle pratique une forme moderne de colonisation. La Chinafrique a remplacé la Françafrique. Le Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) qui se tenait récemment à Pékin réunissait une cinquantaine de chefs d'Etats et de gouvernements à qui la Chine a promis 50 milliards de dollars, l'invitation de personnalités pour des programmes sur « l’édification des partis et la gouvernance d’État », ainsi que 60 000 places dans des instituts de formation professionnelle : la Chine est en train de fabriquer des classes dirigeantes à son service. De quoi plaire aux nombreux dirigeants autocrates africains.

Accaparement des terres agricoles africaines :

La Chine a déjà acquis plus de 1 million d'hectares de terres agricoles en Afrique.

Un exemple au Cameroun : « Yabg Haomin, le président de Shaanxi Farm Agribusiness Corporation, une société agricole provinciale de Chine, a mis pieds au Cameroun pour la première fois en décembre 2015...Quatre ans plus tard, en 2019, on estime à 125 mille hectares de terres agricoles occupées par la chine au Cameroun. » (s2)

Accaparement des ressources minières

La Chine, avide de métaux indispensables aux nouvelles technologies (cuivre, molybdène, cobalt etc.) est présente dans tous les pays miniers, et tout particulièrement en République démocratique du Congo, principal pays producteur de cobalt, où la Chine contrôle 15 des 19 mines de cobalt.

L'exploitation minière est une gigantesque catastrophe sanitaire et environnementale. L’ONG britannique de surveillance de la responsabilité des entreprises Rights and Accountability in Development (RAID) et l’ African Resources Watch (AFREWATCH), basée en République démocratique du Congo, ont documenté les impacts humains et environnementaux dévastateurs de l’exploitation industrielle du cobalt en RDC, qui abrite 70 % des réserves mondiales du minerai.

« Les communautés ayant reçu la visite de RAID et AFREWATCH ont déclaré que la contamination nuit à leur santé, à leur sécurité alimentaire et à leurs moyens de subsistance, des allégations étayées par des études scientifiques et le témoignage d’experts médicaux. » (s3)

Pillage des ressources forestières

Selon le CIFOR (Centre de recherche forestière internationale) la Chine est désormais le premier pays importateur de bois tropicaux, les trois-quarts du bois exporté du continent africain étant destinés au marché chinois. Cette demande soulève des inquiétudes à propos des impacts environnementaux et socio-économiques.

Les forêts tropicales et équatoriales sont d’importants puits de carbone. Leur diminution n’est pas sans incidence sur le réchauffement climatique. Par ailleurs l’exploitation forestière à grande échelle, tout comme l’incessante progression de l’exploitation minière ont des conséquences sur le milieu de vie et la santé des populations. Mais aussi sur la biodiversité, et notamment sur les grands singes d’Afrique, (nos frères si proches), dont plus du tiers de leurs populations sont menacées de mort.

A ces inquiétudes d’impacts environnementaux s’ajoute l’exploitation forestière illégale dans les forêts tropicales d’Afrique, où la demande de bois durs rares par des acteurs étrangers a considérablement augmenté. « Le principal moteur de l’exploitation illégale des forêts en Afrique est le marché chinois du teck, du séquoia et de l’acajou. Le commerce de bois dur de haute qualité entre la Chine et les pays d’Afrique de l’Ouest a explosé entre 1995 et 2010. Après avoir épuisé ce marché, la demande s’est étendue à l’Afrique centrale et orientale, et des pays comme le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale et la République du Congo sont devenus de grands exportateurs. » (s4)

COP 16 sur la biodiversité

Parallèlement au Le Forum sur la coopération sino-africaine de Pékin, se tenait à Abidjan (Côte d’Ivoire) la 10e session extraordinaire de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (Amcen), en vue de la préparation de la COP 16 sur la biodiversité. Le constat de la dégradation des écosystèmes est sans appel :

« Actuellement, environ 65 % des terres en Afrique sont dégradées, affectant plus de 400 millions de personnes. […]

Chaque année, environ 4,4 millions d'hectares de terres productives sont perdus à cause de la désertification, réduisant la productivité agricole et causant la sous-alimentation pour environ 68,1 millions de personnes en Afrique. La désertification entraîne la perte d'environ 27 000 espèces chaque année et coûte à l'économie mondiale 10 % de son PIB chaque année, l'Afrique subsaharienne supportant 22 % du coût global de la dégradation des terres. Plus de 23 millions de personnes dans la Corne de l'Afrique et 23,5 millions dans le Sahel font face à une grave insécurité alimentaire en raison de la sécheresse et de la dégradation des terres. » (s5)

Ces instances internationales ne font que constater la dégradation inquiétante des écosystèmes et s’avèrent bien impuissantes pour freiner l’appétit grandissant de la Chine, mais aussi de beaucoup d’autres pays intéressés par les richesses de la terre africaine (Inde, Russie, Pays du Golfe, et multinationales européennes, américaines, asiatiques …)

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