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L'indépendance de la Réunion, une ineptie historique et économique

Alors que face à la crise, la tentation du repli identitaire s'affirme en métropole, les groupes indépendantistes réunionnais gagnent quant à eux des adhérents, et claironnent haut et fort que la Réunion s'en tirerait mieux en se coupant de la France qui l’entraînerait actuellement dans un gouffre. Par conséquent, il est plus que temps de donner à ceux qui se sentiraient tentés par cette idée les outils nécessaires à la compréhension des enjeux qu'impliquerait une telle action, des outils pour comprendre qu'il s'agit d'une très mauvaise idée. Pour ceux qui souhaitent éviter toute vision historique et préfèrent se concentrer sur des indicateurs plus matérialistes, concrets, pragmatiques, passez directement à la partie II.
Ecrit par zinfos974 – le lundi 16 juin 2014 à 10H17

1. La Réunion, une terre historiquement française.

Avant d'être une ineptie économique, l'indépendance de la Réunion est un non-sens historique. En effet, les premiers habitants de l'île ont bien été des français, il n'y avait pas, avant l'arrivée de ces premiers européens, d'hommes vivant de manière pérenne sur l'île, il s'agissait tout juste d'une escale permettant aux navires de se ravitailler. C'est un fait important à noter, car la Réunion est bien l'une des seules colonies françaises où la France n'a pas eu à soumettre une population présente antérieurement. Ce fait seul en fait un cas à part, qui interdit la comparaison historique avec des colonies telles que l'Algérie, le Viêt-Nam ou même Madagascar. La France s'est contentée de s'approprier un territoire alors inoccupé. Le nom "île Bourbon" reflète d'ailleurs cette appartenance à la France, puisqu'il s'agit du nom de la famille royale alors sur le trône de France. Ainsi, comparer comme le font certains indépendantistes la Réunion à la Nouvelle-Calédonie n'a aucun sens, en Nouvelle-Calédonie, avant les français, il y avait les Kanaks, à la Réunion, il n'y avait que les dodos, et aujourd'hui il n'en reste plus.
Cependant, il est vrai que des colonies où aucun peuplement antérieur n'était présent sont devenues indépendantes, c'est le cas notamment de l'île Maurice, et c'est donc pour cela que c'est bien sur le terrain économique que l'on peut baser une analyse plus objective et pragmatique des conséquences d'une indépendantisation de la Réunion.

2. Une ineptie économique

Pour mener une analyse économique à peu près correcte, il est nécessaire de disposer de quelques chiffres. Direction donc le site de l'INSEE ( http://www.insee.fr/fr/regions/reunion/default.asp?page=conjoncture/conjoncture.htm ) où l'on peut relever quelques indicateurs importants, et notamment le PIB de l'île (en 2012): 16,1 Milliards d'euros soit 19 090 euros par habitant. Pour idée, 16 Milliards c'est à peu de choses près le PIB de l'Estonie, et si l'on prend le PIB par tête, on est à peu près au niveau de la Grèce. A première vue donc, rien de si catastrophique, mais il ne faut, bien sûr, pas s'arrêter là, car ce PIB cache plusieurs choses.
La première chose à noter est que plus d'un tiers de ce PIB était en 2006 (mais la situation n'a pas énormément évolué) attribuable aux "services administrés" (activités non marchandes des administrations notamment l'éducation, la santé et l'action sociale). Ce qui veut dire, de manière plus concrète, qu'un tiers du PIB de l'île est imputable à l'Etat français. Or, en cas d'indépendance, il est bien évident que ces fonds qui contribuent à l'économie de la Réunion disparaîtraient en grande partie.

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Certes, les habitants paieraient leurs impôts à la Réunion au lieu de les payer à la France, mais il y a plus à y perdre qu'à y gagner, il en résulterait une baisse du PIB qui atteindrait, pour sûr, fortement le niveau de vie des réunionnais.
Il faut ajouter à ce premier constat plusieurs choses, et notamment le déséquilibre flagrant entre importations et exportations de l'île.

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Le déficit est bien visible: la Réunion importe environ 16 fois plus qu'elle n'exporte. Je vous laisse méditer sur la viabilité économique d'un tel modèle.

Par ailleurs, les secteurs productifs ne sont pas en capacité de porter l'économie réunionnaise, le secteur primaire (agriculture, pêche, élevage) ne représente qu'un seul pour cent du PIB réunionnais. Le secteur secondaire (industrie, construction) moins de 15%. Tout le reste de la valeur ajoutée vient des services, du secteur tertiaire (coiffure, transports, restaurants, etc...). Pour comparaison, sur l'ensemble du territoire français, le secteur primaire représente plus de 2% du PIB et le secteur secondaire plus de 20%.

Il serait encore possible d'aller plus dans le détail, en parlant de la question de l'appartenance à l'UE, de la renégociation des contrats qui permettent à la Réunion d'avoir de l'essence dans le cadre d'un Etat naissant et donc incertain pour les investisseurs et autres marchands, du taux d'intérêt auquel le nouvel Etat réunionnais devrait emprunter pour se financer, etc...etc...
La conclusion est sans appel: l'indépendance de l'île se traduirait économiquement par un appauvrissement brutal, par une baisse bien visible du niveau de vie des réunionnais. La transition serait rude, extrêmement rude, et ce n'est pas là que de la théorie, en témoignent les décolonisations pas forcément très lointaines.

3. Des exemples concrets sur lesquels méditer

L'exemple le plus simple à prendre est sûrement celui de l'île Maurice, dont le PIB en parité de pouvoir d'achat s'élevait en 2011 à un peu plus de 11 000 euros par habitant. Il s'agit là d'un des meilleurs PIB d'Afrique, pour rappel, le PIB par tête à la réunion est à 19 000 euros. Sachant que l'île Maurice a réussi le pari de construire une économie viable bien qu'assez fragile de par la part du tourisme, il faut bien comprendre qu'en cas d'indépendance, le PIB ne baissera pas pour se stabiliser mécaniquement au niveau de celui de l'île Maurice, il chutera bien plus bas jusqu'à ce qu'une reconstruction viable de l'économie réunionnaise se mette en place. Et même si cette nouvelle économie émergeait, la différence serait bien là...
Il s'agirait là de l'un des meilleurs scénarios possibles, mais il serait aussi possible que ça se passe plus mal. Rappelons que Madagascar, ancienne colonie française ayant pris son indépendance, est aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres du monde, il s'agit pourtant d'un pays disposant de ressources très importantes. Mais à Madagascar, contrairement à la Réunion, l'Etat français n'investit pas d'énormes sommes d'argent pour permettre aux citoyens de vivre plus ou moins correctement, mais en plus, il n'est pas là pour assurer un cadre garantissant aux entrepreneurs et investisseurs une sécurité sur le long terme leur permettant de rentabiliser. Ainsi, l'indépendance réunionnaise, en plus de couper la manne financière des "services administrés", rendrait l'île moins attrayante économiquement, car les retours sur investissements y seraient moins fortement garantis.

4. La Réunion est-elle réellement encore une colonie ?

La dernière question importante qu'il faut se poser après avoir pris du recul sur l’analyse historique et économique des conséquences d'une indépendance est la suivante: la Réunion est-elle réellement encore une colonie depuis la départementalisation ? En effet, la départementalisation a fait de la Réunion un département comme un autre. Bien sûr, cela ne s'est pas produit du jour au lendemain, mais l'on a construit des écoles, des hôpitaux, des infrastructures qui ont fortement modernisé la Réunion et l'ont fait passé du stade de colonie éloignée, angle mort de la République, au stade de territoire aménagé, intégré toujours plus fortement au territoire français en tant que département et en tant que Région. A présent, la Réunion s'intègre même dans l'UE. De plus, l'utilité d'une indépendance se perd à mesure que l'identité régionale est de mieux en mieux reconnue, n'est plus niée, mais considérée comme une réalité, et l'opposition sur ce terrain n'a plus lieu d'être.

Si vous en êtes arrivé là, vous disposez à présent d'informations et d'outils vous permettant d'être conscient des tenants et des aboutissants de la question de l'indépendance. Vous pouvez prendre une décision, vous renseigner plus en détails si vous le désirez (les chiffres sont disponibles sur le site de l'INSEE). Et si jamais vous avez un jour à vous prononcer sur ce sujet, souvenez-vous de ces quelques lignes.

 

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