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Lieutenant-Colonel François Mantel : "Les violences intra-familiales sont la première priorité"

Le Lieutenant-Colonel François Mantel est le commandant de la Compagnie de gendarmerie de Saint-Pierre. Il a pris ses fonctions le 2 août 2020.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 18 mai 2021 à 15H22

Mon Colonel bonjour, quel a été votre parcours au sein de la gendarmerie jusqu'à votre prise de fonction sur l'île de la Réunion ?

"J'ai débuté le 1er janvier 1998. Alors que j'étais étudiant et fils de militaire, j'ai décidé de faire mon service militaire dans la Gendarmerie. Possédant des diplômes de droits, j'ai fais la jonction militarité-droit, ce qui m'a amené tout droit vers la gendarmerie où j'ai eu un contrat d'élève officier de réserve durant 24 mois. J'ai été affecté à l'école de Gendarmerie de Montargis où je me suis successivement occupé des anciens gendarmes auxiliaires, puis des nouveaux gendarmes adjoints volontaires. Ensuite, la direction générale m'a proposé un poste d'officier sous-contrat, que j'ai accepté, et j'ai été affecté en gendarmerie mobile pendant plus d'un an dans le département du Cher. 

J'ai profité de cette affectation pour passer le concours de la Gendarmerie que j'ai réussi, ce qui m'a conduit à intégrer l'école des officiers de Gendarmerie de Melun en 2001 jusqu'en 2003. Eu égard à mon classement, j'ai été affecté au Peloton des Autoroutes de Montpellier durant 3 ans et à la 4 ème année, j'ai pris le commandement de l'Escadron Départemental de Sécurité Routière (EDSR) de l'Hérault, qui est un escadron motocycliste d'envergure.

J'ai ensuite été affecté en Martinique, en tant que commandant d'EDSR, durant 4 années, pour revenir en métropole en tant que commandant d'EDSR mais dans le Gard. À l'issue, j'ai dû abandonner mes bottes en raison du cursus de carrière pour rejoindre un état major zonal à Bordeaux, où je travaillais sous les ordres direct du Commandant de Région, en qualité de chef du bureau des compétences. J'avais en charge le pan de recrutement et de formation de plus 10 000 gendarmes sur l'ensemble de la région Nouvelle Aquitaine. 

À compter de 2018, alors que l'opportunité m'en a été offerte, J'ai demandé à commander une compagnie et j'ai pris le commandement de la Compagnie d'Agen, toujours en région de Bordeaux. Enfin, c'est en 2020 que j'ai été affecté, conformément à ma demande, en que commandant de la Compagnie de Saint-Pierre, à l'île de La Réunion. 

Au regard de votre longue carrière, quels sont les faits qui vous ont le plus marqué ?

"De part ma dominante en matière de sécurité routière, ce sont les accidents, et plus particulièrement les accidents mortels sur lesquels je suis intervenu pendant près de 12 années, aussi bien dans les départements du Gard, de l'Hérault et de Martinique, qui étaient à l'époque des départements très accidentogènes ! Malheureusement, j'ai pu voir des enfants et des mineurs décédés et ce sont des faits qui marquent à vie. De ce fait, même si je suis à La Réunion commandant de Compagnie, la lutte contre la sécurité routière reste une des missions fondamentales, d'autant que l'arrondissement du sud de l'île a été le plus mauvais élève.

De plus, depuis le début de l'année, le nombre de décès sur la route est identique à l'année 2020 ! C'est une problématique que je prends à bras le corps avec une multiplication des opérations des polices de la route. Il faut réduire ce nombre de tués sur la route car ce sont des drames familiaux que gère la gendarmerie, et les familles par voie de conséquence, et c'est que je souhaite éviter ! Cela fait partie de mes priorités depuis le mois d'août dernier."

 À titre de comparaison, estimez-vous, au regard de vos anciennes affections, que cette problématique est récurrente à La Réunion ? 

"À mon sens, il y a deux soucis sur le département de La Réunion. Le premier, que je qualifierais de majeur, ce sont les violences intra- familiales (VIF). En métropole, sur la compagnie d'Agen, au prorata de ce que j'ai vu ici durant huit mois, ça n'a franchement rien à voir ! Nous sommes sur des taux très élevés, pour ne pas dire très très élevés par rapport aux normes nationales. Il est vrai que les VIF sont la première priorité sur le département.

En moyenne, ce sont 3 ou 4 VIF par jour sur la compagnie de Saint-Pierre ! Multiplié par 365, vous voyez un peu le portage. Nous travaillons d'arrache-pied avec les associations au sein des brigades du Tampon, de Saint-Louis et de Saint-joseph, dans lesquels nous avons créé des groupes VIF (GVIF). Nous sommes obligés d'isoler des groupes de 3 ou 4 militaires qui sont affectés aux VIF, pour lesquels ils sont formés. 

Il y a aussi les violences sexuelles sur conjoint et sur mineurs qui sont prépondérantes. Nous allons devoir avoir une réponse adaptée pour ces victimes en formant les personnels pour les accueillir du mieux possible et les accompagner. Pour cela, nous avons de la chance d'avoir une intervenante sociale gendarmerie (ISCG) qui nous aide énormément, sachant que cette année, nous devrions passer à 2 voire 3 ISDCG au vu de l'activité qui est franchement importante dans ce domaine qui nous occupe tous les jours.  

Avec les associations, nous essayons d'aider les gens car certaines victimes ne parlent pas et ce que nous souhaitons, c'est que les informations viennent à notre connaissance pour que nous puissions traiter le problème. Il y a des gens qui sont violentés une fois, mais il y a des gens qui sont violentés depuis 10, 15 voir 20 ans. Nous essayons de les mettre en confiance et de les aider avec les assistantes, les intervenants sociaux et les associations pour les délocaliser le temps du judiciaire.

À ce titre, Caroline Calbot, procureure de la République de Saint-Pierre, en a fait son principal objectif et ne fera aucun cadeau aux auteurs de violences intra-familiales. C'est une politique répressive, mais nous n'avons pas le choix car le département est franchement touché par le phénomène !"

Pour combien de temps êtes-vous affecté à La Réunion et de combien d'effectifs disposez vous pour mener à bien vos missions ?

"Je suis affecté ici pour une durée de 3 ans avec la possibilité d'une quatrième année sur accord de la hiérarchie. Pour gérer l'arrondissement sud qui s'étend des Avirons à l'Ouest jusqu'à Saint-Philippe à l'Est et Cilaos au Nord, ce qui en fait l'un des plus grand secteur de l'île, je dispose de 184 militaires.

Il faut préciser que je dispose d'un atout majeur avec l'apport quotidien de gendarmes mobiles et de réservistes qui viennent nous renforcer et nous donner une bulle d'air au regard de la police judiciaire qui représente 50% de notre temps. Avec ces renforts, nous pouvons mieux gérer nos missions et renforcer notre réseau de proximité au sein de la population."

Enfin mon Colonel, quelles sont vos premières impressions sur l'île de La Réunion ?      

"J'ai connu La Réunion à trois reprises, à ceci près que mon guide était ma belle-maman qui est une réunionnaise habitant en métropole. Elle a vécu ici une quarantaine d'années. Elle a su me faire découvrir les richesses de l'ensemble de l'île et m'a présenté une population qui est très accueillante, je dois bien le préciser, mais également la biodiversité et l'agriculture dans le cirque de Cilaos où j'ai découvert que les gens se lèvent très tôt le matin, qu'il y a de belles plantations et qu'on y fait aussi du vin.

J'ai découvert que c'est un département qui est en mesure de faire de belles choses et où les richesses ne manquaient pas ! Je devrais même dire, avec quelques séjours à mon actif, que pour moi à l'heure actuelle, La Réunion fait incontestablement partie des plus beaux territoires ultramarins !"

 

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