Licence Sciences humaines et sociales, un "fourre-tout" ?

"La filière des sciences de l'éducation répond-elle à un besoin ? Les enseignants de la filière font-ils du bon travail ?..." Ce sont deux des questions que certains professeurs de la filière Sciences de l'éducation de l'Université du Moufia, à Saint-Denis, souhaitent poser à la ministre, Valérie Pécresse, pour mettre en évidence la nécessité de maintenir la filière.
Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche envisage de supprimer la filière "Sciences de l'éducation" à la Réunion pour la remplacer par une licence "Sciences humaines et sociales". Un choix d'orientation qui ne pourra être abordé qu'à partir de la troisième année, donc sans passer par les deux premières années de licence de sociologie ou de psychologie (non existant sur l'île) comme en métropole.
Une spécificité réunionnaise qui suppose qu'en un an l'étudiant qui souhaite obtenir sa licence en sciences humaines et sociales à La Réunion devra intégrer ce que l'étudiant en métropole aura mis trois ans à apprendre. "Les bases fondamentales ne pourront pas être acquises", indique René Squarzoni, professeur en Sciences de l'éducation.
7.000 personnes formées depuis 1985
Pour les trois professeurs, la licence de sciences humaines et sociales à la Réunion sera "un fourre-tout". Selon eux, supprimer une filière qui a déjà formé 7.000 personnes (étudiants, professionnels, enseignants) depuis sa création sur l'île en 1985, pour la remplacer par une licence de sciences humaines et sociales, avec une spécialité en sciences de l'éducation (comme l'aurait suggéré le président de l'université aux professeurs mécontents), est incompréhensible. "Vu qu'il n'y a pas de licence de sociologie ni de licence de psychologie, qui aura accès à cette licence ? Ceux qui auront eu 12 en histoire comme meilleure note ?" se demandent les trois professeurs.
Le niveau des étudiants réunionnais en danger
"Quelle valeur aura ce nouveau diplôme par rapport à ceux qui l'auront obtenu dans une filière classique en métropole?", se demandent les professeurs des sciences de l'éducation. Ils tiennent d'ailleurs à préciser que leurs postes ne sont pas en danger, mais plutôt le niveau de formation des étudiants réunionnais.
Officiellement, la suppression de cette filière aurait pour origine une mauvaise note de l'AERER, une évaluation ministérielle quadriennale. Un C qui est présenté comme l'explication de la suppression alors que les licences "ethnologie" et "créole" ont eu la même note et reçoivent moins de 10 étudiants chacune, contre 120 pour la licence Sciences de l'éducation... "Il y a peut être des raisons qui nous dépassent", déclare René Squarzoni, surpris comme ces collègues de ne pas avoir le soutien du président de l'Université, Mohamed Rochdi, pour cette filière "viable".
Les trois enseignants demandent à ce que le laboratoire de recherche du CIRCI (Centre interdisciplinaire de recherche sur la construction identitaire) soit tout de même maintenu. Ce centre assure selon eux un rayonnement régional et permet une coopération avec Mayotte, les Comores, Maurice, Madagascar, les Seychelles, le Niger...


