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Lettre ouverte à Christiane Taubira : Qui est descendant d’esclave ?

Ecrit par zinfos974 – le mardi 28 mai 2013 à 09H52

Madame la ministre,

J’ai toujours éprouvé à votre égard une profonde admiration. Vous êtes une humaniste sincère et possédez manifestement une vaste culture, chose rare par les temps qui courent. Mais…

Votre projet d’accorder une concession aux descendants d’esclaves, en réparation à ce crime contre l’humanité qu’est la servitude humaine, me paraît, sous ses dehors généreux, bourré jusqu’à la gueule d’intentions inavouables. Sur lesquelles je n’insisterai pas, mon propos étant d’un autre ordre.

La question essentielle est : comment allez-vous décider, sans risque de vous tromper, qui est ou n’est pas descendant d’esclave ? Quels seront vos critères objectifs ? Pour nombre d’entre eux, cela sera assez facile à établir (registres paroissiaux, registres d’état-civil, etc.). Mais ils ne sont hélas pas la majorité ! Pour la plupart, avec les mélanges interraciaux qui font la richesse des populations concernées, difficile de dire qui est ou n’est pas descendant d’esclave.

Il y a un autre hic : pour des centaines de milliers de nos contemporains, se mélangent dans leurs veines un sang venant d’esclaves et d’esclavagistes. Modestement, c’est mon cas : je descends d’ancêtres malgaches ; mais aussi de possédants blancs qui eurent des esclaves. A ce titre, aurai-je ou non droit à une parcelle ? Cette angoisse existentielle m’empêche de fermer l’œil depuis votre annonce. Si j’y ai droit, je choisis la Rivière Saint-Louis, où je suis né. A moins que vous ne me dégottiez un petit lopin vers les Makes, la Plaine-des-Grègues, l’Ilet-à-Cordes, j’aime aussi.

Et que ferez-vous à Mayotte, tiens ? Car dans les Comores, il y eut des chasseurs d’ébène qui vendaient leur « butin » aux négriers. Et comme l’état-civil des imams a presque partout disparu, il devient impossible de dire qui descend de qui.

Vous n’êtes pas sortie de l’auberge, madame la ministre. Cela n’ôte rien au respect que vous m’inspirez mais… changez de conseillers politiques.

Je vous prie de croire en l’expression de mon plus profond respect.

Jules Bénard

 

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