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Les zones d’ombre du périple d’El Capo, caïd de la drogue guyanais arrêté à Maurice

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 4 novembre 2025 à 19H17

Le 29 octobre dernier, un coup de filet musclé des policiers mauriciens a conduit à l’arrestation d’un Guyanais de 31 ans soupçonné de tremper dans un trafic de cocaïne mais aussi d’avoir pris part à la séquestration de dealers. Brandon Rodrigues Sena, alias « El Capo », a un lourd passé judiciaire aux Antilles où il a été condamné pour meurtre mais aussi pour trafic de produits stupéfiants.

L’arrestation de Brandon Rodrigues Sena, un Guyanais de 31 ans, soulève de nombreuses questions quant à sa présence à l’île Maurice où il s’était mis au vert en mai 2025. La première de ces questions est de savoir comment ce trafiquant de drogue d’envergure internationale a pu mettre les pieds sur le sol mauricien, le 30 mai dernier.

« El Capo » a en effet été impliqué dans un trafic de cocaïne entre Poitiers dans la Vienne, l’aéroport d’Orly, la Guyane et le Surinam au début du mois de janvier 2022. A l’époque, il tombe dans les mailles du filet des gendarmes avec 14 autres suspects. Les saisies opérées en perquisition sont conséquentes.

Comment a-t-il pu quitter les Antilles ?

Dans une voiture de marque BMW stationnée dans un parking d’Orly, les enquêteurs ont découvert la somme de 11.000 euros. Ils ont aussi intercepté un couple de voyageurs avec 11 kilos de cocaïne dans leurs bagages, des armes de poing dans une chambre d’hôtel et deux kilos encore de poudre blanche à Poitiers.

Brandon Rodrigues Sena, qui n’est pas le moins capé de cette organisation criminelle, est mis en examen et placé en détention provisoire. A la faveur d’un bug procédural, celui qui fait figure de caïd parvient à retrouver la liberté avant se retrouver à nouveau sous les verrous au bout de quelques mois. Sous quelles conditions a-t-il pu retrouver sa liberté de mouvement et dans quelles limites ? Était-il autorisé à quitter les Antilles ? Faisait-il l’objet d’une surveillance particulière de la part des autorités françaises ? Mystère.

Un casier pour meurtre et trafic de cocaïne

Avant son arrestation de 2022, son éloquent CV comporte déjà deux mentions de choix. De 2012 à 2020, il purge huit ans de prison pour un meurtre perpétré à l’âge de 17 ans. Pendant son séjour au centre pénitentiaire de Remire-Montjoly dans la banlieue Est de Cayenne en Guyane, le caïd ne désarme pas.

Il se livre à un trafic de drogue et de téléphones portables depuis sa cellule. Si bien qu’il tombe en 2016 aux côtés de deux complices, un surveillant de prison et une femme. Elle écope de trois ans de prison dont 18 mois avec sursis, l’agent pénitentiaire de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis pour avoir prêté main forte à celui qui acquiert alors ses lettres de noblesse dans le milieu de la voyoucratie en prenant le surnom évocateur de « El Capo ».

Un visa touristique avant la clandestinité

Toujours en attente de jugement dans l’affaire du trafic de cocaïne de 2022, Brandon Rodrigues Sena quitte en principe les Antilles pour passer de simples vacances à l’île Maurice. Il est en effet prévu qu’il reste sur l’île sœur jusqu’au 6 juin 2025 au profit d’un visa touristique qui s’étire sur 15 jours. En réalité « El Capo » ne redécolle pas de Maurice. Au contraire, il s’y établit en parfaite clandestinité sans d’ailleurs que les autorités mauriciennes s’en soucient.

Plutôt que de se faire discret, le caïd guyanais, tapissé de tatouages et arborant de nombreux bijoux, monte son propre business de trafic de drogue, sa spécialité, au profit d’une clientèle huppée. Soucieux d’asseoir sa notoriété et pas du style à se laisser marcher sur les pieds, « El Capo » règle « les carottes de stup » dont il s’estime victime par la manière forte. Ainsi, plusieurs personnes avec qui il est en affaire pour la cocaïne auraient fait les frais de violents règlements de comptes allant parfois jusqu’à l’enlèvement et la séquestration.

« Je l’utilise pour effrayer les gens »

Brandon Rodrigues Sena est tellement sûr de lui et de son impunité qu’il s’affiche sur les réseaux sociaux avec des armes, promettant de « prendre le contrôle et de nettoyer » plusieurs quartiers et ainsi de mettre le marché local en coupe réglée. L’arrestation de « El Capo » et de ses complices se déroule dans le district de Flacq alors que le trio se trouve à bord d’une Mercedes.

Dans le véhicule, les enquêteurs saisissent un sachet contenant quelques grammes de poudre blanche. De la cocaïne, selon les propres aveux du caïd. Il y a aussi une petite panoplie de ravisseur comme une arme de poing, un couteau de combat, des capuches noires et des gants. « C’est une fausse arme à feu. Je l’utilise pour effrayer les gens », a-t-il confié aux policiers, selon la presse mauricienne. Les enquêteurs, quant à eux, suspecte le Français d’avoir été sur le point d’enlever un Mauricien contre lequel il avait proféré des menaces mais également d’avoir orchestré d’autres opérations punitives.

En prison pour trafic de drogue sur fond de règlement de comptes

Les circonstances de l’arrivée de Brandon Rodrigues Sena dans l’île, son maintien sur place en situation irrégulière depuis cinq mois, et son implication dans un trafic de drogue, émaillée de règlements de comptes violents, ont fait apparaître de nombreuses zones d’ombre que les services d’enquête vont tenter de dissiper. En attendant, « El Capo » a été incarcéré. Il y restera jusqu’à sa comparution devant un juge le 8 novembre. Et sans doute pour longtemps encore…

Etiquettes : Guyane | Maurice | Trafic de drogue

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