Revenir à la rubrique : Faits divers | Océan Indien

Les trois officiers malgaches décédés étaient encadrés par les paras du 2e RPIMa

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 3 septembre 2025 à 06H29
Photo d'illustration

Mercredi dernier, un accident de parachutisme a coûté la vie à trois officiers malgaches et fait cinq blessés dont un en état d’urgence absolue. Les militaires, qui passaient leur brevet militaire sous la responsabilité des paras du 2ème RPIMa, auraient été surpris par une bourrasque de vent. Une triple enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de la tragédie. Explications.

Régulièrement, des missions de coopération amènent les militaires des Forces armées dans la Zone-sud de l’océan Indien (FAZSOI) à prêter leur concours aux pays alentour. L’armée malgache n’est pas la dernière à accueillir sur son sol des militaires basés à La Réunion ou à se rendre ici. Parmi ces échanges réguliers, la formation dispensée en vue de l’obtention du brevet de parachutisme est un classique du genre qui se tient chaque année sur le sol malgache. Cette même mission permet en outre aux militaires déjà brevetés de faire des sauts d’entraînement et d’entretien.

C’est ainsi que plus d’une dizaine de formateurs du 2ème RPIMa, le Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine basé à Pierrefonds, étaient à pied d’œuvre depuis plusieurs jours déjà sur le sol malgache, quand le drame s’est produit la semaine passée. La mission de formation se déroulait depuis la base aérienne 123 Arivomamo de l’Armée de l’air malgache, situé au sud-ouest d’Antanarivo.

Six sauts en trois jours pour être breveté

« Ce sont des formations très encadrées avec un volet théorique qui porte sur la connaissance du matériel et de toutes les positions à tenir en fonction des circonstances du moment. Il y a aussi des exercices pratiques au sol pour appréhender la réception. Il faut par exemple savoir quoi faire si on se fait traîner par le vent à l’atterrissage ou si l’on accroche un autre parachutiste », témoigne un spécialiste.

La semaine de formation théorique achevée, les candidats au brevet se doivent de passer à la pratique. Pour espérer obtenir le précieux sésame, les élèves ont six sauts à effectuer sur trois jours. Les candidats au brevet avaient déjà été largués à deux reprises le premier jour. Sans encombre.

Un bilan très lourd avec trois morts et cinq blessés

Mercredi, quand la tragédie s’est produite, ils effectuaient leur 2ème saut de la journée, en fin de matinée, et donc le quatrième de la série de six. L’accident, dont il paraît presque certain qu’il est lié à une bourrasque de vent, serait dû à un caprice de la météo. C’est d’ailleurs la seule explication plausible a priori puisque pas moins de huit militaires malgaches se sont retrouvés brutalement et successivement en grande difficulté.

Parmi eux, un commandant des Forces spécialisées d’intervention et deux lieutenants de l’Escadron parachutiste au sein du Centre de formation spécialisé de la gendarmerie ont succombé à leurs blessures. Cinq autres militaires ont été gravement blessés. L’un d’eux se trouvait en état d’urgence absolue quand il a été hospitalisé.

Trois enquêtes ouvertes

Pour faire la lumière sur cette tragédie, trois enquêtes ont été ouvertes. Une enquête judiciaire naturellement et deux autres plus techniques. L’une du Bureau enquêtes accidents pour la sécurité de l’aéronautique (BEA) aura à cœur de retracer et d’expliquer les raisons de l’accident et de mettre en lumière d’éventuels manquements. L’autre, conduite par l’Armée française, a été confiée aux spécialistes de l’Ecole des troupes aéroportées (ETAP) de Pau avec le concours des FAZSOI. D’ailleurs, le général Jean de Monicault, lui-même officier parachutiste, s’est rendu à Madagascar au lendemain de l’accident afin d’échanger avec le ministre des Armées malgache.

Si ce type d’accident avec un bilan aussi lourd est plutôt rare – et une pareille tragédie ne s’était d’ailleurs jamais produite en de telles circonstances dans la zone océan Indien – les rafales de vent sont fréquentes pendant l’hiver austral. C’est d’ailleurs pour palier à ce type d’aléas que les sauts ont lieu très tôt le matin et que les conditions météo sont surveillées comme le lait sur le feu.

L’accident s’est produit si vite que l’exercice n’a pu être interrompu

Pendant la phase de largage, une équipe de commandement au sol est en contact constant avec le personnel à bord de l’appareil. Dans ces conditions, toute difficulté repérée sur la zone de saut, qui se trouvait accolée à la base aéroportuaire, aurait conduit à l’interruption de l’exercice sur ordre du directeur de la zone au sol.

Mais il faut savoir aussi que les effets d’un vent de face comme de derrière peuvent être partiellement atténués par les suspentes à condition d’actionner la bonne poignée dans le feu de l’action, au risque dans le cas contraire d’aggraver ses difficultés. Idem pour le capot de déventement qui permet de dégonfler la voile.

« Un parachutiste expérimenté peut être mis en difficulté dans un tel cas de figure »

« La difficulté pour des débutants confrontés à de forts vents est qu’ils ne maîtrisent pas encore tout le processus. Sans compter qu’il y a le facteur stress qui peut contrarier leur temps de réaction. C’est d’autant plus vrai que même un parachutiste expérimenté peut être mis en difficulté dans un tel cas de figure », assure notre homme de l’art. Et de conclure : « La moindre erreur peut s’avérer fatale en fonction des paramètres météo et surtout de gros bouleversements qu’on ne maîtrise pas. Quand on saute à 400 mètres d’altitude, il peut y avoir une ou deux couches de vent impossibles à anticiper… »

Etiquettes : FAZSOI | Madagascar | Militaires

Dans la même rubrique

0💬
Tri :