Les parents d'enfants en situation de handicap manifestent ce mercredi 15 octobre devant le rectorat

Face aux difficultés d'accès aux AESH et au manque de structures médico-sociales, le collectif des Enfants Invisibles 974 appelle les parents d'enfants en situation de handicap à se rassembler devant le rectorat à Saint-Denis ce mercredi 15 octobre à 9h.
Le 27 septembre dernier, après une pression de plusieurs mois exercée conjointement par des parents en colère et une poignée d'élus de gauche, le rectorat s'est résolu à accueillir dans ses murs un second échange sur l'accompagnement des élèves en situation de handicap dans les écoles de La Réunion.
Selon une intervention du député de la 7è circonscription Perceval Gaillard à l'Assemblée en date du 12 septembre, l'académie compterait environ 3.000 Accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH). Mais de nombreuses familles ne bénéficieraient pas de tout ou partie de l'accompagnement notifié par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).
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Après avoir entrouvert la porte du rectorat, les collectifs de parents et les élus présents (Éricka Bareigts, Audrey Bélim, Frédéric Maillot et Philippe Naillet) ce jour-là ne veulent désormais plus en sortir. Un nouveau groupe de travail a été programmé le 29 octobre, en présence cette fois de la MDPH, un acteur central étonnement absent jusqu'ici puisque c'est lui qui ouvre droit à la prise en charge d'un enfant, après instruction de son dossier médical.
La reconnaissance du handicap, un parcours du combattant
Pris à partie le 27 mars 2024 par la maire de Saint-Denis Éricka Bareigts, qui était venue faire le siège de ses locaux avec des parents pour réclamer plus d'AESH, le directeur de la MDPH Déva Radakichenin avait tancé l'académie de La Réunion et ses dossiers scolaires supposément mal ficelés, pour justifier une bonne partie des longueurs et retards dans le traitement des demandes.
Céline Dépeche Fontaine, porte-parole du Collectif 974 Allons défendre nout zenfan différent, est la maman d'un petit garçon autiste âgé de 4 ans. Elle témoigne du parcours du combattant auquel s'apparente la reconnaissance du handicap, et du nombre d'heures d'accompagnement qu'il nécessite.
« Le combat a commencé quand il avait 2 ans et qu'on a su qu'il y avait une suspicion. La prise en charge a été très compliquée, on nous disait qu'il fallait trouver des spécialistes pour faire des bilans, sauf que les listes d'attente sont longues pour les autistes, ici comme dans l'Hexagone. Un bilan, c'est 300 euros. Pour le dossier MDPH, il fallait trois bilans, donc 900 euros de notre poche », relate-t-elle.
Des parents se tournent vers le tribunal administratif
Mieux, plus le dossier médical est étayé, plus le nombre d'heures d'accompagnement nécessaires pour l'enfant notifié par la MDPH a des chances d'être élevé. La mère de famille souligne que s'il est possible, en théorie, de passer par les PCO (plateformes de coordinations et d'orientations) pour bénéficier d'une prise en charge gratuite, les délais de traitement s'allongent alors pour atteindre jusqu'à 18 mois d'attente.
« Il fallait que je trouve des solutions pour que mon fils entre à l'école. J'ai appelé les radios, je me suis fait aider par des élus. D'autres parents passent par le tribunal, mais il faut bien comprendre que tous les parents n'ont pas la force de faire tout cela », souligne Céline Dépeche Fontaine.
Ces derniers mois, le tribunal administratif de Saint-Denis fait face à un afflux de requêtes en référé contre le rectorat, émanant de parents voulant contraindre l'académie à lui attribuer l'AESH notifiée par la MDPH. C'était encore le cas ce mardi 14 octobre, avec plusieurs recours examinés dans la matinée par le juge des référés.
« L'académie couvre 93,5 % des besoins d'accompagnement humain signalés »
D'autres contestations émergent, notamment sur la question de la prise en charge des enfants en situation de handicap durant la pause méridienne, le rectorat considérant que ces heures de prise en charge devant être retirées du total hebdomadaire d'heures d'accompagnement scolaire. Un vrai casse-tête pour les parents.
Les chiffres du rectorat selon lesquels « l'académie couvre 93,5 % des besoins d'accompagnement humain signalés » ne satisfont ni les parents, ni les élus politiques, ces derniers réclamant des données plus précises sur le nombre d'AESH employées, le nombre d'heures notifiées par la MDPH et le nombre d'heures d'accompagnement effectuées.
« Je veux avoir cette ventilation. Quand on me dit que 93,5% des besoins sont couverts, ce n'est pas une réalité. Je suis consciente des contraintes de l'académie, mais on ne peut pas se cacher derrière des pourcentages. Pour porter des demandes à Paris, il faut avoir des chiffres réels », relève Audrey Bélim.
900 élèves scolarisés par défaut, faute de structures médico-sociales
La sénatrice PS déplore aussi « le choix de la France de ne pas inscrire les territoires ultramarins » dans la Charte sociale européenne, un « traité qui garantit les droits sociaux et économiques fondamentaux », selon les termes du Conseil de l'Europe.
« Si les Outre-mer adhèrent, cela ouvre la possibilité de faire des requêtes, et cela peut devenir très lourd si l'on pense à des sujets comme le chloredécone, les essais nucléaires en Polynésie ou les enfants de la Creuse. Signer la charte sociale européenne permettrait d'avoir un point de pression. Au-delà d'obtenir une condamnation de la France, ce serait juste qu'il y ait une reconnaissance et une prise de conscience : on demande simplement que la loi s'applique comme dans l'Hexagone », martèle Audrey Bélim.
Toujours selon les données du rectorat, le manque de structures médico-sociales serait par ailleurs à l'origine de la scolarisation par défaut de 900 élèves dans des classes ordinaires, pas adaptées à leurs pathologies. Ce mercredi 15 octobre, à l'appel du collectif Enfants invisibles 974, les parents manifesteront de 9h à 11h devant le rectorat à Saint-Denis, avant de se retrouver pour un pique-nique dans le parc de la Trinité.
Ils espèrent être reçus par le recteur pour lui faire part de leurs revendications, comme le versement d'une indemnité journalière compensant des heures allouées insuffisantes ou l'application stricte par le rectorat des notifications de la MDPH.


