Les hommes aiment-ils la guerre plus que les femmes ?

À l’heure où les conflits s’enchaînent et où les figures masculines dominent encore la scène géopolitique, une question revient avec insistance à l’approche du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Les hommes seraient-ils plus enclins à la guerre que les femmes ? Entre mythes, statistiques et histoire, chercheurs et responsables politiques nuancent un débat aussi ancien que brûlant. Poutine, Trump, Netanyahu, Khamenei… et si le monde était dirigé autrement ?
Les images sont familières. Des chefs d’État, presque toujours des hommes, derrière des pupitres ou des cartes d’état-major. Vladimir Poutine en Ukraine, Donald Trump promettant de “faire payer” ses adversaires, Benyamin Netanyahou en guerre à Gaza, Ali Khamenei défiant l’Occident. Et on en passe...
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Cette scène politique mondiale reste majoritairement masculine. Et elle nourrit une idée tenace. Si les femmes dirigeaient le monde, la guerre serait-elle moins fréquente ?
L’écrivaine britannique Virginia Woolf posait déjà la question en 1938 dans Trois guinées. Elle y accusait une culture patriarcale nourrie de rivalité et de pouvoir. “La guerre est un produit de la société masculine”, écrivait-elle en substance, plaidant pour l’éducation et l’indépendance économique des femmes afin d’éviter les conflits.
Presque un siècle plus tard, la question reste ouverte.
Un pouvoir encore très masculin
Dans le monde, les femmes restent minoritaires dans les sphères politiques. Même dans les démocraties avancées, leur accès au pouvoir demeure limité. En France par exemple, seulement 17,5 % des maires étaient des femmes en 2020 malgré les lois sur la parité. Trois seulement sur les 24 communes de La Réunion.
Pour de nombreux chercheurs, cette domination masculine influe sur la manière dont les États prennent leurs décisions stratégiques.
Après une guerre, le retour des soldats laisse une trace… dans le sexe des bébés.
Vous connaissez sans doute le baby boom, ce grand souffle de naissances qui suit les guerres. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il ne change pas seulement le nombre de bébés, il peut aussi changer… pic.twitter.com/36yZGErRvp
— L'Encyclopédie (@WorldKnownledge) December 14, 2025
Le politologue américain Christopher Blattman, professeur à l’université de Chicago, estime que l’exclusion de certains groupes du pouvoir peut aggraver les tensions internationales. “Exclure une partie importante de la population de la politique peut favoriser les conflits”, explique-t-il dans ses travaux sur l’économie de la guerre.
Autrement dit, plus la diversité politique est faible, plus les décisions peuvent devenir radicales.
Le mythe des femmes naturellement pacifistes
Mais l’idée selon laquelle les femmes seraient spontanément pacifiques relève en partie du mythe.
“La guerre était le fait des hommes, et la paix celui des femmes”, résume la professeure d’histoire Anne Morelli en évoquant une vision longtemps répandue. Avant d’ajouter que cette perception est trompeuse. “Les femmes ont aussi tué lors des guerres ou des révolutions”.
L’histoire le confirme.
De Catherine de Médicis aux reines européennes du Moyen Âge, certaines dirigeantes ont mené des conflits avec la même détermination que leurs homologues masculins.
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Des recherches citées dans plusieurs analyses internationales montrent même que la proportion de dirigeantes ayant initié un conflit n’est pas nécessairement plus faible que celle des hommes.
Pour l’historienne Élise Marienstras, citée dans des travaux universitaires sur la violence politique, il faut donc se méfier des clichés. Les femmes “peuvent être aussi violentes que les hommes”, simplement leur participation à la guerre a été historiquement moins visible.
Une autre manière de décider
Si les femmes ne sont pas intrinsèquement pacifistes, certaines recherches suggèrent toutefois des différences de comportement.
Des travaux en économie expérimentale montrent par exemple que les femmes ont tendance à adopter des comportements légèrement plus coopératifs que les hommes dans certaines situations collectives.
Après une guerre, le retour des soldats laisse une trace… dans le sexe des bébés.
Vous connaissez sans doute le baby boom, ce grand souffle de naissances qui suit les guerres. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il ne change pas seulement le nombre de bébés, il peut aussi changer… pic.twitter.com/36yZGErRvp
— L'Encyclopédie (@WorldKnownledge) December 14, 2025
D’autres études sur les collaborations scientifiques indiquent également qu’elles travaillent davantage dans des réseaux plus égalitaires.
Ces nuances intéressent les spécialistes des relations internationales.
Pour eux, ce n’est pas tant le genre du dirigeant qui compte que la diversité des points de vue autour de la table.
“Les sociétés qui incluent davantage de femmes dans la prise de décision ont souvent des institutions plus équilibrées”, résument plusieurs chercheurs en gouvernance.
Les femmes face à la guerre
Car les femmes ne sont pas seulement absentes du pouvoir. Elles sont aussi les premières victimes des conflits.
Dans de nombreuses guerres contemporaines, les violences sexuelles sont utilisées comme stratégie militaire. Des enquêtes historiques évoquent des millions de viols commis pendant certains conflits, notamment lors de la chute de Berlin en 1945, après la défaite de l’Allemagne nazie.
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Face à ces réalités, les mouvements féministes internationaux ont souvent fait de la paix un combat politique.
Dès les années 1930, la militante française Bernadette Cattanéo appelait à mobiliser “toutes les femmes, quelles que soient leurs opinions” contre la guerre et le fascisme.
Et si l’on posait la mauvaise question
Alors, les hommes aiment-ils plus la guerre que les femmes ? La plupart des chercheurs répondent aujourd’hui par la prudence.
La guerre n’est pas seulement une affaire de tempérament. Elle dépend d’intérêts économiques, d’idéologies, de rapports de force et d’institutions politiques.
La vraie question serait peut-être ailleurs. Non pas savoir si les femmes feraient la paix, mais pourquoi elles sont encore si peu nombreuses à participer aux décisions qui engagent l’avenir du monde.
À l’approche du 8 mars, la réponse ressemble à un paradoxe. Si les femmes ne sont pas forcément plus pacifiques que les hommes, leur absence des lieux de pouvoir reste, elle, une anomalie politique.
Et peut-être aussi une occasion manquée pour la paix.


