Revenir à la rubrique : Faits divers

Les frères Malbrouck condamnés pour assassinat : « En 30 secondes, ils ont pu avoir eu le dessein de donner la mort à Brice Hibon »

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 18 novembre 2025 à 21H14

Ce soir, au terme des plaidoiries et du réquisitoire, la cour d’assises de La Réunion a respectivement condamné Patrick et Anthony Malbrouck à 23 et 18 ans de réclusion criminelle pour assassinat et complicité, assortis d’une période de sûreté correspondant à la moitié de la peine.

« C’est extrêmement difficile pour une famille dans le deuil d’entendre ensuite salir inlassablement la mémoire d’un fils, d’un frère ou d’un compagnon. De l’autre côté de la barre, on le fait passer pour ce qu’il n’est pas en disant qu’il marche avec des armes. » Me Marie Briot, pour la compagne de Brice Hibon Henriette, est la première à plaider en partie civile au troisième et dernier jour du procès des frères Malbrouck, poursuivis pour assassinat et complicité.

L’avocate en est certaine : « Brice a dû être terrorisé. Il a été piégé, il était à leur merci et il les a vus arriver avec un fusil à pompe pour achever de le tuer. » Elle estime qu’à « aucun moment ces deux-là n’ont perdu la tête. Ils avaient la maîtrise d’eux-mêmes ». Pour elle, le geste criminel des deux hommes n’est pas absolument pas justifié. « La terreur de midi n’aurait duré que deux minutes… C’est ça le cauchemar auquel il fallait mettre un terme ? », interroge-t-elle.

« L’altercation du matin ne peut pas expliquer cette folie meurtrière »

L’avocate réfute aussi « l’état de sidération » dans lequel ils auraient été ce jour-là « entre midi et le moment de l’assassinat ». Elle rappelle aux jurés que « la famille a vu un corps en lambeaux. C’est la dernière image qu’ils ont vue de leur fils, de leur frère et c’est inimaginable ». Et de conclure : « Sa maman ne demande pas vengeance mais la justice et que la mémoire de son fils soit respectée. »

Me Guillaume Motos, partie civile.

Pour Me Guillaume Motos, qui représente les enfants du couple, ceux-ci attendent que « la justice soit rendue à leur père ». L’avocat reconnaît qu’il « n’était pas un homme parfait. Il avait ses zones d’ombre. Mais il était aussi un bon père, un mari aimant, un fils présent pour ses parents et un ami dévoué ». Pour Me Motos, « l’altercation du matin ne peut pas expliquer cette folie meurtrière. Cette scène ne peut justifier cette chasse à l’homme dans les rues de Saint-André puis cette mise à mort. Ils ont mis un plan à exécution et ils ne pouvaient pas seulement être animés par la peur ».

« Ils ont décidé de le tuer »

Me Jean-Christophe Molière, partie civile.

A sa suite, Me Jean-Christophe Molière, qui représente le père de Brice Hibon Henriette, résume ainsi le crime. « A trois coups de poing, ils ont répondu par trois coups de fusil, tirés en le regardant droit dans les yeux. Nous sommes ici car ce 11 mars 2023, ils ont décidé de le tuer. »

Lui aussi est convaincu que « la peur n’est pas présente quand ils ont percuté Brice et que Patrick Malbrouck a tiré un, deux puis trois coups de feu. Comment croire avec un tel scénario qu’ils avaient peur ? ». Et de conclure : « Repensez à la vidéo et à la pitié, à l’humanité et à la compassion qu’ils ont refusé à Brice en le mettant à mort. Et vous n’en ferez pas preuve à leur égard car ils ne le méritent pas. »

« Les trois coups de feu résonnent encore dans la tête de la famille et du voisinage, témoin de la scène », illustre l’avocate générale en guise d’introduction à son réquisitoire. Léa Filippi décortique avec une précision de métronome les étapes qui ont mené au drame. Elle entend ainsi démontrer la préméditation du crime en prouvant qu’il a bien été préparé pendant l’heure et demie qui l’a précédé.

« Un cheminement implacable qui a conduit à cet assassinat »

Elle parle « d’un cheminement implacable qui a conduit à cet assassinat ». « Vous avez vu la fermeté dans l’ancrage de la volonté homicide et la préméditation est le dessein formé avant l’action de commettre le crime. Il n’y a peut-être pas de méticulosité mais une matérialité des gestes qui se succèdent. Or, vous savez que ce dessein n’a pas besoin de délai. Il faut qu’il précède l’action », expose-t-elle.

Concernant le complice, Antony Malbrouck, l’avocate générale est convaincue qu’il « a facilité la consommation du crime avec préméditation ». Elle bat en brèche l’idée qu’il pouvait être en état de sidération, à l’image des avocats des parties civiles, pour dire qu’il est « le complice de cet assassinat ». La représentante du ministère public égrène les traces de violence qui ont pu ternir la réputation de la victime et, par là-même, provoquer un climat de peur aux yeux des accusés.

Il faut tenir compte « de l’horreur du crime »

Casier judiciaire, témoignages à charge, consommation de cocaïne… elle ne fait pas l’économie de l’image écornée de la victime mais elle se pose la question : « Est-ce que cela justifie de se faire justice soi-même par peur de représailles ? » La magistrate ne valide pas même si « la victime est déjà passée à des actes violents ».

Au moment de se pencher sur le quantum des peines requises, l’avocate générale rappelle « le diagnostic de réinsertion positif et les perspectives d’évolution qu’il faut entendre » concernant les accusés. Elle indique aussi qu’il faut tenir compte « de l’horreur du crime » et qu’il y a donc « un seuil minimum même si vous vous éloignez du maximum légal », prévient-elle. Pour sa part, elle demande 25 ans de réclusion criminelle à l’encontre de Patrick Malbrouck et 20 ans pour son frère Antony. Le tout automatiquement assorti d’une période de sûreté correspondant à la moitié de la peine.

« Leur histoire n’est pas la même »

En défense, Me Julien Barraco est le premier à intervenir dans l’intérêt de Antony Malbrouck, le frère présumé complice. D’emblée, l’avocat annonce : « Vous devez séparer ces deux personnes car leur histoire n’est pas la même. » Lui « ne conduit pas, ne prend pas l’arme et il ne tire pas. Il a seulement vécu l’agression du matin ».

Me Barraco ne fait pas l’économie de rappeler qu’il connaît Brice Hibon Henriette. « Ce n’est pas un ange », enchaîne-t-il. Il le sait d’autant plus qu’il a fait acquitter un de ses clients pour tentative de meurtre alors qu’il avait ouvert le feu sur lui. L’homme était alors victime d’une expédition punitive, menée par 15 à 20 personnes dont Brice Hibon Henriette.

« Il n’a pas participé activement aux faits »

L’avocat rappelle que son client était en état de fragilité quand il a été agressé vers midi, ce 11 mars 2023. « C’était sa première sortie après une crise cardiaque. » Il parle d’Antony Malbrouck comme d’un homme « fragilisé et traumatisé ». « Il n’a pas participé activement aux faits. Il a suivi sans comprendre ce qui va se passer. Il s’en est remis à son frère sans savoir comment il allait réagir », déroule Me Barraco.

Pour lui, son client « est pétrifié quand il constate la scène de crime ». « Il ne peut donc pas endosser la responsabilité du comportement de son frère. Il n’est ni coupable de préméditation ou de complicité de meurtre », poursuit-il. Et de conclure : « Je suis contraint de vous dire que vous devez l’acquitter. »

« Le fait de prendre une arme n’est pas constitutif d’une préméditation »

Pour la défense de Patrick Malbrouck, Me Normane Omarjee débute le récit de cette journée du 11 mars 2023 au petit matin. Quand son client est parti travailler vers 6 heures « pour gagner son pain quotidien ». « Jusqu’à midi, rien ne pouvait laisser présager qu’il serait là aujourd’hui », note l’avocat. Il précise d’ailleurs que sans l’agression de son frère à midi, il n’y aurait « pas davantage débat aujourd’hui ».

Lire aussi: Brice Hibon, victime aux deux visages

Il estime que Patrick Malbrouck a emporté un fusil « pour l’équilibre des forces », sachant le risque que la victime soit armée mais aussi en raison de son passé et de sa réputation de caïd. « Mais le fait de prendre une arme n’est pas constitutif d’une préméditation », rappelle Me Omarjee. Pour lui, son client ignorait qu’il commettrait un crime. « Sinon, il n’aurait pas emmené son frère fragile et malade avec lui. » Il en veut encore pour preuve qu’il a prévenu ses proches d’un risque de représailles a posteriori.

« Le meurtre ne fait pas débat, il y suffit »

« Le meurtre ne fait pas débat. Il y suffit », tranche Me Normane Omarjee. Il souhaite que les jurés fassent « preuve d’humanité » en prononçant « une peine inférieure à 20 ans », soulignant qu’il est « en capacité de se réinsérer socialement ». A sa suite, Me Jean-Jacques Morel estime lui aussi que « la peine réclamée est hors de propos ». Il brosse le portrait d’un homme « pacifique », impliqué dans la vie sociale. « Il faisait tout pour sortir les personnes en difficulté de la délinquance à travers son association de réinsertion. Il avait rencontré la sagesse après des erreurs de jeunesse. C’est un bon père de famille au profil lisse et parfaitement intégré depuis plus d’une dizaine d’années », déroule l’avocat.

« Ses regrets s'inscrivent dans la durée »

A contrario, Me Morel détaille les témoignages de celles et ceux qui ont brossé un portrait peu flatteur de la victime à travers des actes de délinquance sur lesquels beaucoup semblaient fermer les yeux par crainte de représailles. Il conclut en soulignant « la faible dangerosité criminologique » de son client et en rappelant que « ses regrets s’inscrivent dans la durée ».

Après près de 4 heures de délibéré, les jurés de la cour d’assises ont finalement condamné Patrick Malbrouck à 23 ans de réclusion criminelle pour assassinat et son frère Antony à une peine de 18 ans pour complicité. Pour expliciter le fait que la préméditation du crime ait été retenue, le président a indiqué « qu’en 30 secondes, ils ont pu avoir eu le dessein de donner la mort à Brice Hibon et qu’il n’était donc pas nécessaire que le temps soit trop long pour cela ».

Etiquettes : Cour d'Assises

Dans la même rubrique

0💬
Tri :